Véranda (Célestin Freinet LXI)

Riau Graubon / 19 heures

C’est pourquoi je voudrais offrir un ensemble – matériel et technique – si parfait qu’il se suffise à lui-même, sans mode d’emploi, par la seule vertu des sollicitations impératives qu’il ferait aux besoins primordiaux et aux tendances naturelles de tous les enfants. Il y a des outils qui ne sont qu’accessoires, et dont on ne voit pas, d’emblée, la place logique dans le processus vital. Alors, des explications sont nécessaires, et impuissantes d’ailleurs, comme vous l’avez si bien montré. C’est comme ces potions et ces liqueurs devant lesquelles on hésite, perplexe : seront-elles bonnes pour notre santé comme on nous l’affirme ? Mais qui nous le prouve ? Et quelle quantité ingérer ? A quels moments de la journée ? […]

Si je parviens à permettre aux enfants l’usage de ce travail, les instituteurs auront beaucoup moins à pousser, à animer, à expliquer. Ils sont aujourd’hui comme à l’origine de tout, puisqu’eux seuls détiennent les secrets qu’on n’a pas encore su demander à l’action intelligente. Votre besogne est si profondément ingrate et rebutante aujourd’hui parce que vous êtes engagés sur une machine qui fonctionne étrangement mal, avec des pannes incessantes qui vous obligent à graisser exagérément, à donner de l’essence en excès et en pure perte, à exciter l’allumage au dépens de la résistance de votre batterie, et à descendre parfois même de votre machine pour la pousser jusqu’au haut de la côte.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
L’éducation du travail

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