Riau Graubon (Célestin Freinet LXIV)

Riau Graubon / 9 heures

– Nul n’ignore, dit Monsieur Long, que les enfants aiment scier, couper, clouer, raboter, jardiner, et qu’ils sont accommodants et calmes lorsqu’ils peuvent se donner à ces activités familières. L’école, vous le pensez bien, n’aurait pas manqué d’exploiter des tendances aussi bénéfiques si elle ne s’était pas cru liée par une tâche plus noble : celle d’arracher justement ses élèves à l’emprise facile de ces occupations primitives pour les élever graduellement à la vie de l’esprit qui est notre permanente noblesse.
– Comme si nous ne devions pas tous être dominés par cette si humaine préoccupation ! Reste à savoir quel est le chemin le plus sûr pour y parvenir : le vôtre qui, dédaignant les marches naturelles qui y mènent, considère prématurément l’esprit comme une entité qui peut se cultiver séparément, qu’on peut animer, développer, exalter par des moyens spécifiquement intellectuels – ou le mien, qui attend patiemment que se dégage de l’activité naturelle une pensée originale et féconde.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
L’enfant veut travailler comme il veut se nourrir

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