Atelier d’Hesselbarth

Grignan / 16 heures

Ne pas te laisser trop ébranler lorsque celui à qui tu confies ce que ton enquête t’a enfin livré, ne veut entendre que le récit convenu qui te l’avait précisément dissimulé. Te taire et continuer.

Je commençais le dessin par des plantes, des feuilles, des tiges, des rameaux. La ressemblance n’était pas très grande au début et la perfection du dessin faisait à désirer, ainsi que je le mesurai plus tard. Mais il ne cessait de s’améliorer car j’étais assidu et m’y essayais sans désemparer. Les plantes, serrées jadis dans mes herbiers, en dépit du soin que j’avais porté à leur préparation, perdaient peu à peu non seulement leurs couleurs mais leurs formes, et ne rappelaient plus que de très loin leur organisation primitive. En revanche, les plantes dessinées conservaient au moins leur forme, et puis il est des plantes qui, en raison de leur organisation, voire parfois de leur taille ne se peuvent placer dans un herbier, comme les champignons, et les arbres, par exemple.

Adalbert Stifter, L’Arrière-saison (1857)
traduction Martine Keyser, Paris, Gallimard, 2000

Chacun savait que sa phrase, à mesure qu’elle avançait, en pente douce la plupart du temps, irait jusqu’à son terme, emmenant derrière elle le strict minimum qui, élément par élément, se détacherait d’elle au moment voulu, sans provoquer de remous, la laissant allégée prendre les devants, jusqu’au dernier mot que le lecteur devinerait silencieusement avant de tourner la page ; et le frisson allègre se prolongerait comme un point d’orgue, réinvestissant sans effet les phrases suivantes, pleines on ne sait trop comment, qui iraient sans faire ni noeud ni boucle, sans non plus ruser avec la syntaxe, autant de phrases dont le lecteur saurait sitôt commencées qu’elles danseraient encore comme des vagues jusqu’au rivage et qu’il serait au rendez-vous.

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