Trouville

Cudrefin / 14 heures

Je dépose mon sac au motel de Portalban un peu avant midi, glisse dans mes poches deux oranges, une pomme et des cacahuètes. Marche bras ballants sous le soleil jusqu’à Trouville, la où les premiers colons bâtirent leurs chalets. Dans les années vingt, me dit une vieille du haut de son balcon. Les Egger auxquels ses parents ont acheté le chalet et les Sandoz ont été les primo-arrivants de ce qui fut d’abord une île. Ses enfants ne s’y intéressent plus, ils préfèrent le bord de mer, elle s’en débarrassera peut-être l’automne prochain.
Ça lui demande beaucoup de travail, trop. Moins pourtant qu’il a cinquante ans, mais elle était plus jeune, il n’y avait alors ni eau ni électricité et l’accès en voiture était impossible. J’ai plus de septante ans, vous comprenez, c’est plus que mon âge, je vous le donne mon chalet, ou je laisse tout en plan, la commune se débrouillera.
On se quitte, je fais quelques photos des chalet avant de poursuivre jusqu’à Cudrefin.
Il est 15 heures, les bus sont rares, je lève le pouce, je ne l’avais plus fait depuis quelque décennies, ça marche, un jeune Neuchatelois qui va travailler à Avenches me dépose à Chabrey, d’où je rejoins le motel en une demi-heure ; je reprends la Nissan que je laisse au port de Cudrefin.
Le chemin va tout droit jusqu’à la Sauge, le long d’un quarter de villas d’abord, à travers le camping municipal ensuite, dans un tunnel de verdure enfin. Il offre une variante à mi-parcours, un sentier qui longe Les Grèves jusqu’à la Broye, mais il est barré par une banderole rouge et blanc. Je m’y aventure pourtant avec les conséquences que je devine et qui se précisent bientôt, les pluies l’ont noyé et le marais l’a effacé par endroits. Je continue jusqu’à la digue, pantalons, souliers et chaussettes trempés. Pas le temps d’essorer, j’arrive pile poil lorsque le bus franchit le pont de la Sauge, il me ramène à Cudrefin.
J’ai froid, fais un saut au centre commercial d’Avenches où je fais l’acquisition de galoches de jardin et une paire de chaussettes, refais le plein d’eau et d’oranges. Belle heure avec des inconnus au bar du Centre  où je récupère les journaux du jour pour éponger mes chaussures.

Retour dans la nuit. J’espérais que les cinq lettres du motel s’affichent en rouge. Dommage.

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