Rêve à l'aube

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Mauvais rêve à l’aube, je passe un examen en même temps que certains de mes élèves et sur le même sujet. A l’inverse d’eux j’ai tout oublié, autant les livres sur lesquels on va m’interroger que ce que je croyais savoir. J’essaie sans succès d’éviter cette épreuve vers laquelle je suis inexorablement conduit. J’entre les mains vides dans un local qui a l’allure d’une salle de tortures, l’examinateur m’attend très loin au fond de la salle, il a l’allure d’un prêtre, c’est Daniel Christoff, ce prof de philo qui avait tenu à me remettre le prix Nessler au terme de mes études universitaires avec les mots suivants  : pour l’indépendance de sa réflexion philosophique. Savait-il que l’indépendance qu’il croyait déceler dans mes travaux était d’abord liée à mon incompréhension, voire mon incompétence. Voilà donc où cette affaire m’a mené, à en savoir aujourd’hui moins que hier. Lorsque j’aperçois des philosophes je passe au large, bien au large, évitant de m’expliquer sur tout cela. Je me réveille avant que l’étrange individu ne m’interroge. Libre enfin, les mains dans les poches mais les poches vides, condamné à recommencer.
Fais un grand tour sous le soleil, puis très vite à l’ombre. Trouve un foyard pour remplacer les épicéas dont la résine a laissé des traces sur une grande partie de ma garde-robe devenue irrécupérable. Lis la suite de L’Ardent Royaume, attentif à cette topique des voix – des perspectives et des tonalités – qu’articule une voix muette, la voix narrative qui les conduit en un tiers lieu, en une simultanéité jamais atteinte, imaginée, qui n’appartient peut-être qu’à la musique et au réel.
Je constate qu’Oscar a trouvé son bonheur ailleurs, une voisine lui donne des biscuits par poignée. Faudra trouver une solution pour éviter qu’Oscar fasse une crise d’identité ou un conflit de loyauté devant la double orientation de son éducation.
Etude cet après-midi, les enfants font leurs devoirs de la semaine prochaine accoudés à la même table, ils vaquent à leurs occupations ensuite, je fais une tarte, Arthur réveille son blogue qui dormait depuis deux mois, lui trouve un nouvel identifiant et lui joint un beau slogan Le petit campagnard | Coupons du bois et passons l’hiver. Louise, elle, baigne Oscar. On décide de préparer un apéro pour le retour de Sandra prise dans les bouchons de la vallée du Rhône. En attendant son retour on va faire un grand tour en forêt, on tente une éducation collective d’Oscar, il y a à faire encore, pas sûr qu’il comprenne l’essentiel. Sandra rentre enchantée de Saint-Luc, à neuf heures les enfants sont au lit.

Jean Prod’hom

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