Vivre de l’écriture

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Que beaucoup de ceux qui écrivent souhaitent vivre de l’écriture, personne n’y voit, au fond, d’inconvénient majeur. Beaucoup d’ailleurs y sont parvenus : les employés de bureau, les enseignants, les agents d’assurance, les journalistes. Il suffit, somme tout, que les nouveaux candidats obéissent aux lois du marché et acceptent la fluctuation des valeurs et des prix, se syndiquent, exigent au besoin des paiements directs, usent de leur droit de grève. Ce mouvement de bon aloi, pourtant, ne devrait pas trop nous réjouir ; il pourrait en effet réduire, un peu plus encore, ces territoires de l’écriture qui se sont construits contre, en marge de la société du travail et du spectacle ; il pourrait enclaver, toujours plus à l’écart, cette littérature qui s’est mise hors jeu pour maintenir à l’air libre les questions qui demeurent sans réponse. Demander une ristourne pour ces services contribuerait à nous asphyxier davantage encore et à lever toujours plus haut les murs de nos prisons. Jusqu’à la cécité.

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