La Marjolatte

Mont-sur-Lausanne / 15 heures

Qu’il soit d’histoire ou d’allemand, de géographie ou de mathématiques, chaque cours a son relief et son flux, son tempo et sa pente, ses eaux mortes, son écume, ses rapides, ses berges et ses digues.
Les plus obéissants de nos élèves se jettent à l’eau quel que soit le temps ; ils ont tellement à faire avec les obstacles qui se présentent qu’ils s’interdisent de regarder le paysage ; certains sont même si polis qu’ils seraient, s’ils n’étaient si trempés et si fatigués, prêts à recommencer.
Les plus sceptiques – ou les boiteux – ne se mouillent pas, ils somnolent en marge ; souvent en couple ils cancanent.
Ceux qui sont bien décidés à suivre le cours jusqu’à la fin plongent comme pour de bon, jusqu’au moment où quelque chose, oh ! presque rien, les en écarte et les invite à rejoindre une de ces îles où il fait soleil, qui ne manquent pas où qu’on soit.
Il y a enfin ceux qui suivent l’affaire de tout près et de plus loin, en saisissent le profil avant de prendre la tangente du côté des talus, là où règne une force qui les intrigue, celle du contre-courant, qui leur permet de s’attarder en remontant sans effort à ce qui coule de source, à tourner autour du sujet sans perdre une miette et de rattraper en deux coups d’ailes le temps égaré. On les retrouve secs et dispos là où on n’imaginait pas, toujours à côté, en avant ou en arrière, avec l’intelligence qui ruisselle sur le visage comme l’eau sur les plumes du canard.
Des cours pourquoi pas ! Mais il convient, on ne le dira jamais assez, d’initier nos gamins à l’usage de leurs ailes et du contre-courant.