Lectures d’été | Jean-Loup Trassard

Jean-Loup Trassard écrit ceci en 2017 :

– Pensez vous réellement ouvrir un procès ?
– Il me semble que c’est aujourd’hui nécessaire pour la santé de notre société. Et puisque les cultivateurs se veulent modernes, il sera intéressant de leur faire connaitre une nouveauté qui nous vient des Etats-Unis, ah oui, comme le si puissant bulldozer : un procès en responsabilité collective pour le massacre d’un petit territoire à la surface de la planète. Il est possible en effet d’intenter une action en justice au nom des générations à venir.
– Espérez-vous des peines de prison ?
– Bien sûr que non et même pas de dommages-intérêts, mais une condamnation morale affirmant aux yeux de tous non seulement qu’ils ont pollué l’air, la terre et l’eau, mais qu’ils continuent à le faire ! Chacun d’eux devra être nommément cité et condamné !
– Si le langage de l’argent est le seul qu’ils entendent, un procès sans conséquence ne va guère les inquiéter.
– Il n’y aura pas non plus de condamnation à réparer puisque une remise en l’état de la campagne est sans doute impossible. Mais les prévenus devront au moins payé leur avocat.
– L’avocat va plaider la nécessité pour ses clients de produire un maximum en quantité à cause des prix trop bas auxquels le lait, la viande, le blé leur sont achetés, qui entraînent un danger de faillite pour leur entreprise !
– Evidemment. Et la corde sensible sera celle avec quoi certains, quand le piège s’est refermé sur eux, ont pendu leur propre vie à une poutrelle de la stabul’ !
– La presse entière a fait connaître ces drames, que pourrez-vous leur opposer ?
– Je partage, bien sûr, la tristesse de telles réactions individuelles mais les inviter dans l’instance pour en tirer argument serait inapproprié, elles sont dues à la marche défectueuse de l’économie agricole et l’avocat qui oserait les invoquer plaiderait à côté ! Je répondrai, d’abord, que la pollution a beau être généralisée il est évident qu’elle ne remédie pas aux difficultés actuelles des éleveurs et cultivateurs, ensuite et surtout, que l’argument économique n’est pas, mais pas du tout, à la hauteur du problème soulevé !
Il est certainement regrettable que des éleveurs qui ont été mal conseillés, ou qui ont choisi de prendre un risque et qui ont perdu, soient financièrement acculés au désespoir, mais il n’en est pas moins inadmissible qu’une catégorie d’habitants de la campagne, sous prétexte qu’ils se sont endettés auprès d’une banque, se croient autorisés à supprimer de la surface de la terre toutes les plantes et les bêtes qu’ils considèrent inutiles ou nuisibles à leur propre intérêt… 
-…

(Verdure, Le Temps qu’il fait, 2019)

Je me demandais de mon côté en 2013 pourquoi les parents et les avocats dont ils s’entourent désormais ne se sont pas mis à l’ouvrage et n’ont pas déposé une plainte devant la Cour pénale internationale de La Haye contre l’école qui met trop souvent leurs enfants en danger, en les faisant inutilement et dangereusement échouer. En guise de réponse on a inventé un concept qui a bon dos, le concept de résilience.

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