Dimanche 4 juillet 2010

On ne demeure pas sur le seuil par complaisance, mais par devoir, celui de laisser la possibilité à ce qui se présente de contenir autre chose que ce qu’on a déjà vu, de laisser à cette autre chose les coudées franches, quitte à la maintenir hors de notre portée et à la laisser s’enfuir par la fenêtre grand ouverte comme elle ne manque jamais de le faire.

Je pensais aller jusqu’à l’étang, j’y suis allé et puis la chaleur m’a arrêté à tout bout de champ. Le silence aussi, inaudible en marchant.

Efforts démesurés de l’homme, inouïs et sans fin, pour se libérer du Sisyphe qui l’habite.

N’écrire que ce qu’on peut relire, c’est-à-dire ce qu’on ne comprend pas.

Si l’on s’écarte, si l’on éprouve le besoin d’être seul, c’est peut-être un peu par misanthropie, mais c’est d’abord pour régler son compte à celui qu’on est pour être en mesure d’être tout entier aux autres. C’est ce que j’explique à Louise, bientôt huit ans, en laçant mes chaussures. Elle me sourit malicieuse avant de m’accorder cette liberté en me tournant le dos. Le faisant elle fait un grand pas vers la sienne.

On ne sait pas exactement ce qu’on espère, quel visage, quelle main viendront combler l’attente dont on est habité. Mais une chose est sûre. On attend quelque chose ou quelqu’un, d’emblée…

Pierre Bergounioux, La Ligne

Bonne nouvelle, quelques élèves ont fait l’école buissonnière. Mais j’apprends qu’ils sont allés se faire couper les cheveux dans le salon de coiffure de la mère de l’un d’eux, consentante par surcroît. Déception…. à moins que… et je les imagine alors la tête sous le foehn méditant à d’invraisemblables exploits.

La grande cure : pas de café aujourd’hui! Et demain?

Jean Prod’hom

Et pis

– La décision d’interrompre le compte des brins d’herbe d’une pelouse après le 807e brin ne relève pas du hasard mais d’une secrète nécessité – de quelque nature que soit cette pelouse – cachée dans la série infinie des décimales de pi. Voici.
3,14159265358979323846264338327950288419716939937510582097494459
230781640628620899862803482534211706798214808651328230664709384
460955058223172535940812848111745028410270193852110555964462294
895493038196442881097566593344612847564823378678316527120190914
564856692346034861045432664821339360726024914127372458700660631
558817488152092096282925409171536436789259036001133053054882046
652138414695194151160943305727036575959195309218611738193261179
310511854… 807 !
– Mon Dieu !

Jean Prod’hom
16 novembre 2009

LXX

Hier en fin d’après-midi, très haut dans le ciel, muet, un gros porteur filait en direction de Genève, tandis que là-bas, à quelques pas du chêne, deux corneilles bataillaient.
J’apprends à l’instant par la radio locale qu’un Piper J-3 de couleur noire est parti en vrille sous la Dent de Brenleire : deux disparus. Je lève alors les yeux : c’est le crépuscule, un jeune milan disparaît souple et raide derrière la Montagne du Château, il plonge en direction de l’étang.

Jean Prod’hom