Remise

De retour bientôt – ou un peu plus tard – dans la nuit riche en trompe-l’oeil, happé par un système de dépendances datant des aïeux de mes aïeux, je m’abandonne aux tâches qui m’incombent, à l’espace attendu, au temps convenu, je plisse le front pour me protéger du jour et de ses chausse-trapes, non par prédilection mais repris simplement, comme il sied à celui qui veut rester vivant un moment encore, et ne pas être chassé comme un malpropre, un de ceux qui n’est pas des nôtres.
On rejoint alors le giron abandonné en laissant les autres, soulagés, se murer dans le leur, c’est la contrepartie. On reprend chacun sa tâche en espérant que bientôt on sera en mesure de concevoir plus distinctement cet autre lieu d’où l’on apercevrait enfin, ne serait-ce qu’un bref instant, le visage du manque qui nous enchaîne à nos entreprises sans fin. On sait ce lieu tout proche, plus proche encore, à croire qu’il se confond avec ce lieu, ici même.
On est passé tout près, encore une fois, comme toujours.

Jean Prod’hom

Ombre du progrès

Les généticiens nous promettent chaque jour un peu plus d’éternité. Soit ! Mais faudra-t-il aussi qu’à 105 ans je fasse un môme, que je l’appelle Enosh et que je me charge de son éducation jusqu’à 807 ans ?

Jean Prod’hom
31 mai 2009

XXVI

Des amis racontent à tour de rôle leurs lectures d’autrefois: ils se retrouvent sur Tolstoï et disent leur passion de Guerre et Paix, ils ne manquent pas de dire haut et fort leur mépris pour Napoléon, ils évoquent Bezoukhov, Bolkonsky, Rostov, Kouraguine, Droubetskoï.
A la table voisine, la conversation s’est infléchie, quelques clients visiblement influencés par mes amis évoquent une autre épopée, celles de Tretiak, Firsov, Maltsev, Michakov, Mikhailov, Fetisov…
Mon esprit vacille, les joueurs de l’Union soviétique de Viktor Vassilievitch Tikhonov de la fin du XXème siècle se confondent avec les héros de Tolstoï. Tous admirables.

Jean Prod’hom