Jardin

Riau Graubon / 18 heures

Les traces que Robert Walser a laissées de son passage étaient si légères qu’elles ont failli s’effacer. […]

Depuis, j’ai lentement compris que tout est lié par-delà les époques et l’espace, la vie de l’écrivain prussien Kleist et celle du prosateur suisse qui dit avoir été l’employé d’une société de brasserie par actions à Thoune, l’écho d’un coup de pistolet sur le Wannsee et le regard par une fenêtre de l’asile d’Hérisau, les promenades de Walser et mes propres excursions, les dates de naissance et les dates de décès, le bonheur et le malheur, l’histoire naturelle et celle de notre industrie, celle de notre pays et celle de l’exil.

W.G. Sebald, Séjours à la campagne

Cuisine

Riau Graubon / 12 heures

Comment peut-on seulement voir dans un autre homme soi-même ou, à tout le moins, un devancier de soi-même?

– L’avant et l’après tracent une ligne sur laquelle nos langues reposent – force et faiblesse –, sans laquelle celles-ci n’auraient pas gagné leur indépendance, nous auraient condamnés à tout recommencer à zéro et à chercher à nous libérer autrement des pinces inflexibles du réel.
Inutile d’approfondir cette question sinon par en-haut, en laissant l’avant se replier sur l’après : j’accélère, outillé ou mains nues, tu abrèges, ils prolongent ; tu mets le feu, je l’éteins, avec des étincelles qui nous éblouissent et qui sont comme des mondes sur lesquels on agit; certains souhaiteraient en empêcher le retour, d’autres les immortaliser. On opère sur de la durée, on s’accroche, on plonge, on sort la tête.

Jardin

Riau Graubon / 15 heures

Si l’infatigable narrateur des Anneaux de Saturne s’étonne – chaque fois qu’il prend connaissance d’une brève dans un journal local ou relève une observation dans un livre de bord – qu’une trace depuis longtemps effacée dans l’air ou dans l’eau puisse encore exister, inaltérée là sur le papier, je m’étonne de mon côté que W.G. Sebald omette de lui faire dire ce qu’il sait lui-même. Car si le narrateur prend dès le matin quelques notes sur ce qu’il a vécu la veille, je le soupçonne également de prendre quelques notes sur ce qu’ils se promet de vivre ou d’écrire le lendemain, espérant ainsi se soustraire au vide qui le menace dès le début : une rivière a besoin d’un lit quand bien même elle serait à sec.