Forge


Photo | Arthur Prod’hom

Ropraz / 15 heures

Quoi comprendre à cette révélation d’une gratuité totale? Cela ressemblait à ce désarroi d’un écolier qui en classe de math, aperçoit soudain accrochée au mur une carte de géographie et se prend de passion pour le Gulf-Stream.

André Dhôtel, Retour

Bois Vuacoz


Photo | Arthur Prod’hom

Corcelles-le-Jorat / 20 heures

Certes on ne peut pas toujours rien faire. On n’évite ni de lire ni de se livrer à d’accidentelles occupations, mais il est possible de s’enfoncer assez profondément dans l’inaction. Non pas se détendre, ce qui suppose une tension antérieure ou future, non plus se perdre en des rêveries. C’est plutôt même le contraire de la rêverie: une obstination à affirmer une sorte de vacuité. S’accorder enfin avec l’étymologie du mot vacances et lui conférer sa réelle signification.

André Dhôtel, Retour

Potager de Louise

Riau Graubon / 19 heures

J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même et qu’elle doit lutter sans cesse contre l’amnésie et contre l’oubli. À cause de cette couche, de cette masse d’oubli qui recouvre tout, on ne parvient à capter que des fragments du passé, des traces interrompues, des destinées humaines fuyantes et presque insaisissables.

Patrick Modiano,  Discours de Stockholm

On ne revient jamais au pont de départ.

C’est idiot de faire des pèlerinages dans les lieux où l’on a vécu.

Visiter les ruines et tenter d’y découvrir une trace de soi. Essayer de résoudre toutes les questions qui sont demeurées en suspens.

Pourquoi n’y aurait-il pas, à travers les péripéties en apparence les plus diverses d’une vie, une unité secrète, un parfum dominant?

… comme quelque chose qui remonterait doucement – odeur de menthe ou feuilles de nénuphars – à la surface des eaux tranquilles d’un étang.

… comme quelqu’un qui se serait attaqué aux grandes dunes des Landes avec une pelle de plage.

Patrick Modiano, Quartier libre