Manloud

Le Mont-sur-Lausanne / 11 heures

Rabattre – ou plier – les images cristallisées du passé sur l’avenir en les verbalisant, les faire correspondre autant que faire se peut. On appelle présent le frémissement né de leur inadéquation, histoire la succession des efforts déployés pour en réduire les effets.
Ça se discute évidemment.

Plate-bande

Riau Graubon / 14 heures

Confiant et patient à certaines heures, acquis à l’idée que l’événement attendu surviendra tôt ou tard, impatient et sur le qui-vive à d’autres, persuadé que les cartes sont périodiquement rebattues et que ce qui semblait assuré pourrait ne pas avoir lieu, ou présenter un visage si peu avenant qu’il devient préférable de le rejoindre sur le champ, avant la bifurcation qui menace de le dénaturer, ou de nous en éloigner à tout jamais.

Mussilly

Riau Graubon / 17 heures

Un élève vient me saluer ce matin avec un large sourire; il m’informe avant d’entrer en classe qu’il a tenu dans ses mains, dimanche passé, un magazine dans lequel il a découvert un texte que j’ai signé. Il me le signale avec le ton de celui qui souhaite communiquer une bonne nouvelle à la seule personne qui l’ignorerait encore; il me confie enfin l’avoir lu. Je m’en réjouis et lui demande, pour éviter tout malentendu, s’il se souvient de son titre; il hésite quelques secondes avant de répondre: Vivre et mourir sans fin.
Cette approximation me séduit et je prends conscience que la proposition du gamin aurait pu, avec quelques aménagements, remplacer avantageusement le titre qui m’a alors semblé s’imposer: Vivre et mourir vivants. A la réflexion pas exactement, ou mieux: ce titre alternatif constitue en effet une invitation à écrire un texte qui reprendrait et prolongerait, en la bonifiant, la teneur de celui que j’ai commis.