Mont Blanc depuis Champ Colomb

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Senarclens / 17 heures

Dans la cour de la ferme des restes de verglas, de la boue et du gasoil mélangé au bleu du ciel, à l’angle de l’écurie pêle-mêle le tas des délaissés: un arrosoir rouge, sans sa pomme, un tuyau d’arrosage, un tonneau à petits fruits, bleu, une brouette, pneu crevé, des manches à outil orphelins, de la ferraille, quelques tuiles, un églantier. Bientôt des orties. Un volet claque, le pot de bruyère sur le rebord de la fenêtre vacille, les moineaux s’envolent. La maison est vide.

La molasse a pris au soleil le grain et la couleur du miel; quant à l’eau de la fontaine, elle n’a pas cessé de couler, la margelle est détrempée, je connais la musique.

Cette ferme et cette cour, la vieille les avaient habitées sur la pointe des pieds, si bien que tout continue aujourd’hui comme avant, comme si elle y avait toujours été. Ou jamais.

La Râpe

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Ropraz / 18 heures

Je ne sais pas, tu n’y es pas. La lutte est inégale, je passe mon tour.

Je n’attends rien, je crois, sinon l’attente. Elle aura son heure. Y demeurer quoi qu’il advienne. Alors, ma Pépita, on ira à Porz Even et on mangera des moules.

Dehors un carrousel et des milliers de bouteilles à la mer.

Mont Lambert

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Grancy | 14 heures

Vent d’ouest et crachin, trois corneilles noircissent un coin du ciel; je lève dans la friche deux chardonnerets qui filent ventre à terre, décollent avant d’onduler dans le ciel comme des méduses. Ils rejoindront ceux que j’ai aperçus hier, plus méfiants que la colonie de l’hiver passé, moins nombreux peut-être, établis une fois encore dans le grenier à ciel ouvert des Boutisses, sur le flanc oriental d’une butte qu’ils partagent avec d’autres bêtes: samedi un chevreuil, dimanche un renard.

Camper là où on a planté sa maison, près des terres incultes.