C’est une impression

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C’est une impression, j’entends des voix, je n’y puis rien ; nos établissements de formation ressemblent toujours davantage à des associations de malfaiteurs chargés de faire tenir la baraque, qu’importe le prix et les sacrifices. Insaisissables comme les pieuvres, comme la bêtise, je le dis, c’est mon devoir, mes réserves. J’avertis de dedans, depuis 30 ans, colère, argumente, invente, propose, vitupère.

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Les chiens aboient, mordent, rabattent le sens dans le caniveau des eaux usées, tandis que nos enfants allument les langues de bois. Vous comprenez ? Nos gamins ne sont ni brebis ni porte-greffe.
Je ne peux m’empêcher de penser au jour où un inconnu déposera plainte, au prétexte que nos institutions de formation mettent en danger certains de ceux qu’elle prétend émanciper. J’irai en prison, vous m’apporterez des oranges.
Aucun refuge, inutile de pousser nos enfants vers le grec, la cuisine ou le latin, la théologie ou la photo argentique, aucun n’est plus à l’abri.
Ce soir, je pleure ; j’entends pourtant, dans la débâcle, la voix de nos gamins qui disent, se taisent, pensent, vont, jouent, crient, lisent. A tort et à travers. Ceci n’est que littérature.

Jean Prod’hom

Vivre un peu coupables

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Ce qu’il gagne, un autre le perd. Si bien qu’en acceptant le legs de ceux qui l’ont précédé, l’homme est amené à faire une petite place à la culpabilité. Difficile de se débarrasser de cette invisible pièce du droit successoral, tant mieux.

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Car si elle recèle l’inconvénient de disqualifier certains événements de nos vies, de faire tousser et de nous condamner à réparer l’irréparable, elle a l’incontestable privilège de nous laisser entendre qu’il aurait pu en aller autrement, de doubler notre existence et de mettre à notre disposition une autre rive, d’où interroger et resserrer la succession de nos jours.
Elle pourrait, à certaines conditions, enrayer la marche triomphale de la machine libérale, suspendre le pas de l’oie au rythme duquel se met en place, à ciel découvert, un système concentrationnaire en stabulation libre, sur le pont d’un vaisseau à la dérive, sans nom, sans armateur déclaré, ni capitaine ni pilote.
A défaut d’une double vue, il nous reste à penduler entre innocence et culpabilité, à vivre un peu coupables. Redevenir responsables de nos actes, là où on travaille ; renouer avec le bon sens, là où on agit ; désobéir, un peu naïvement, à ce qui nous éloigne de cet Eden dont nous avons été chassés il y a très longtemps, et dont le progrès chanté par les Lumières aurait dû nous rapprocher.

Jean Prod’hom