Et au printemps: « Et, dessous, la vie reprenait et la vie continuait, avec ces toits posés non loin les uns des autres comme des petits livres sur un tapis vert, tous ces toits reliés en gris; avec deux ou trois petits ruisseaux qui brillaient par place comme quand on lève un sabre; avec des points ronds et des points ovales qui bougeaient un peu partout, les points ronds étaent les hommes, les points ovales étant les vaches. »
(Ramuz, Derborence)
La maison des bois de Maurice Pialat: une merveille!Eau sur asphalte
Le père…
… et le fils
« Je crois pouvoir dire que tout ce qui existe dans le monde y coexiste comme dans un livre, comme dans un nom, mais aussi certainement comme dans bien d’autres choses. »
Printemps
« … mais entier dans la parole, j’ai aussi été proche du dehors, un instant. »
Ici et là en un
Serrer les coudes
Brouillon« La barre fixe, le saut périlleux, les anneaux, le travail au sol, le trampoline, les plongeons valent pour des exercices de métaphysique expérimentale, (…) où le corps part à la recherche de son âme, où l’un et l’autre jouent, comme des amoureux, à se perdre et à se reprendre, à se quitter parfois, puis à se retrouver, dans le risque et le plaisir. »
Michel Serres, Les cinq sens, Paris: Bernard Grasset, 1985, p.27.
Moille MargotVivre caché | Moille CucuzLa Corbassière, en amont de la Moille-aux-FrênesSous Bullet
En 1937, l’Allemagne nazie présente, lors de l’Exposition universelle de Paris, les plans et la maquette du camp de vacances géant que l’architecte Clemenz Klotz a conçu et qui sera réalisé sur l’île de Rügen. Inauguré avant la guerre, ce camp n’accueillera pourtant jamais les citoyens méritants du IIIe Reich. Viendra s’y entraîner la police d’un bataillon d’exterminations; les blessés de la guerre trouveront bientôt un lit dans quelque-unes des chambres doubles de cette prison balnéaire, caserne ensuite, camp d’entraînement enfin. On projette d’y aménager aujourd’hui des hôtels de luxe.
Muriel Pic saisit en un long poème et d’anciennes cartes postales ce qui ne passe pas dans cette histoire, résiste, affleure: les poisons fades et inodores de l’horreur qui se prépare, les fruits amers du mariage de la force et de la joie, du travail et des loisirs, les ombres noires laissées par l’encamaradement forcé des hommes. Entre la cité philosophique et la cité totalitaire, il n’y a qu’un pas, un pas encore.
Il y a pourtant en deçà et au-delà, là, rappelle Muriel Pic, l’île de Rügen de Caspar David Friedrich et, aujourd’hui encore, le secret de la mer, de l’herbe, du mouton des marais et le rythme élémentaire.
Contre le travail mort des appareils. Contre les vacances mortes du tourisme à la chaîne. Contre l’ordre mort des normes. Il y a une voix un geste une hypothèse lyrique – et des larmes.
PS Lorsqu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme rédigent l’article 24 : Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques, les hommes auraient dû une fois encore se méfier.
On ne peut en effet s’empêcher de penser aujourd’hui que cette mesure permettait d’abord de mettre à la disposition de ceux qui n’ont jamais manqué de rien, des employés en bonne santé, pleins de de cette santé joyeuse et de ces forces vives dont ils pourraient tirer profit. Cinquante ans auront suffi pour que le monde entier souscrive à ce programme.
… je rêve que partout où fera halte un étranger, partout où naîtra un enfant, à la campagne, en ville ou dans la banlieue, il existe un «nous» qui l’accueille et l’emmène, là tout près, aux lisières ou au fond du ravin, dans le parc ou sur la place, au fond du parking ou derrière la remise. Y vivent de mystérieux locataires et de très anciens dieux…