Nicole Gaillard | Edouard Manet | Dans la serre

In_the_Conservatory_-_edited
Edouard Manet (1832-1883)
Dans la serre, 1879, Alte Nationalgalerie (Berlin)

Que nous apprend en effet la peinture spécialisée. Qu’il s’agit du « portrait d’un couple, M. et Mme Jules Guillemet, propriétaires d’un magasin de mode réputé, au 19 rue du Faubourg Saint-Honoré, et amis du peintre ». Cette indication transforme radicalement, à première vue, la compréhension de l’oeuvre : nous avons à faire avec un couple officiel, les alliances ne dissimulent aucun mystère, ni tentation d’adultère, ni mariage de convenances entre un homme mûr et une femme aux sentiments réticents.
Nicole Gaillard, Couples peints, Antipodes, 2013, page 20

Gustave Roud | Philippe Jaccottet

Qui n’a pas entendu (mais vous l’avez tous entendu, n’est-ce pas ?) ce petit oiseau sur le bord de l’aube annoncer, ô dérision, le rêve d’un monde aussi pur que son chant ne peut guère imaginer notre univers capable d’être ou de redevenir ce monde-là.

Gustave Roud
Si ce qu’on appelle « un prix littéraire »…
in Gustave Roud, Lectures, Editions de l’Aire, 1988

roud_06

Philippe Jaccottet évoque, dans le Plan-fixe que lui a consacré la TSR en 1978, sa rencontre avec Gustave Roud et le rôle que celui-ci a joué dans sa vie. Il se souvient, parmi d’autres choses, de cette soirée du 27 juin 1941 à l’occasion de laquelle les étudiants de Zofingue ont décerné leur prix au poète de Carrouge.

Jean Prod’hom

L’Ignorant | Philippe Jaccottet

Capture d’écran 2013-10-19 à 12.26.57

Ai trouvé sur le WEB, chemin faisant, les premiers vers de L’Ignorant, lus par l’auteur, voix d’ailleurs et d’un autre temps. voix de revenant. Son poème se referme avant la fin, sur un silence dans lequel je glisse ma voix. C’est ici (https://www.lesmarges.net/jaccottet-l-ignorant.mp3)

11

Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
enneigé ou brillant, mais jamais habité.
Où est le donateur, le guide, le gardien ?
Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
(le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
que reste-t-il ? que reste-t-il à ce mourant
qui l’empêche si bien de mourir ?  Quelle force
le fait encor parler entre ses quatre murs ?
Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet ?
Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
pénètre avec le jour, encore que bien vague :
« Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
que sur la faute et la beauté des bois en cendres… »

Philippe Jaccottet, L’Ignorant, Gallimard, 1957