Hagiographies d'Albert Einstein

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Une découverte récente dans la vie d’Albert Einstein a conduit ses hagiographes à revoir leur copie. Jusque-là, ils avaient fait apparaître au coeur du bonhomme un cancre bon-enfant s’ennuyant sur les bancs de la maternelle, incompris, collectionnant les 1, mais habité par des forces vives prêtes à éclore. On s’avise aujourd’hui que l’échelle de notation était inversée dans son école et que les 1 qui avaient parsemé ses agendas scolaires étaient, comme nos 6, les signes de l’excellence. Les hagiographes ont retroussé leurs manches mais n’ont guère eu de peine à démontrer que le génie était compatible avec le chemin de croix que la société place sur le curriculum de ses ouailles.
La nullité ou la perfection ça joue, mais la médiocrité n’a jamais ouvert à personne les portes de la Légende dorée si bien que je me réjouis de voir comment l’hagiographie s’y prendra pour sauver son entreprise lorsqu’on rendra public ce que la succession d’Einstein a toujours voulu escamoter, la présence d’un 3,5 et d’un 4,5 dans le curriculum d’Albert, alors qu’il était élève au Luitpold gymnasium de Munich en 1889.

Jean Prod’hom

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Ne rien écrire sous surveillance, c’est-à-dire par-dessus sa propre épaule.

Ce n’étaient en définitive que des phrases mystérieuses qu’il avait cru entendre en réponse à ce qu’il aurait voulu dire s’il en avait été capable, et qu’il avait, en toute liberté, transcrits fidèlement.

Faire parler les morts et flotter les enclumes, recueillir sur la page ce qui ne tient pas dans le creux de nos mains, faire de l’ondulatoire avec du corpusculaire. Bref, transsubstantier.

Jean Prod’hom

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L’accès à l’étang est devenu impossible, les herbes et les ronces barrent le passage, je remonte par le chemin des copeaux avant de m’asseoir une demi-heure au pied d’un épicéa. Oscar fouine dans tous les coins, je ne fais rien et m’en satisfais. Cela fait quelques mois que je parviens – quelquefois – à ne rien désirer de plus que de rester là où je suis, sans lire, sans regarder vraiment, sans penser même, mais dans une espèce de stupéfaction molle. Ces endroits sont quelconques, ni bords ni centre susceptibles de les identifier clairement, des lieux sans nom où personne ne s’agite et dont le rien est le seul hôte fidèle. C’est ici ou ailleurs, et chaque fois un petit regret me pince de devoir me lever et rentrer.

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Je continue l’éducation d’Oscar sur le chemin du retour, lui demande de rester assis tandis que je m’éloigne, de ne me rattraper que lorsque je lui en intime l’ordre et d’accepter sa récompense. Ça marche.
Sandra fait du ménage, passe l’aspirateur dans toute la maison, Arthur ramasse les dépouilles de la haie que j’ai taillée hier. J’en fais un grand feu dans lequel je jette les branches sèches des chênes qui se dressent devant le poulailler, charge dans la Yaris des morceaux d’érable que j’entrepose dans l’aire de pique-nique de la Moille-au-Blanc, ça pourrait servir. Tonds le haut du jardin, vide l’aile droite du hangar et brûle le bois qui y traînait. Je termine ces travaux au milieu de l’après-midi avec mon coude qui grince, Arthur fait du yoyo devant la véranda – un yoyo de nouvelle génération – et Sandra rédige à son bureau l’article qu’on lui a demandé sur les Jeux internationaux de Poitiers.
On part pour Curtilles en fin d’après-midi, Louise et Lili sont satisfaites de leur camp, heureuses de nous voir, elles se sont ennuyées chaque jour, un peu. Elles ont monté leur poney préféré dans le lit de la Broye, ont fait de la voltige.
En ouvrant le sac de Lili, Sandra découvre les trois livres qu’elle y a glissés avant de partir : Clara et les poneys, Le Fils de l’étalon noir et Lili a la passion du cheval. Voilà une fille qui a de la suite dans les idées. Elle nous dira aussi plus tard qu’elle n’a presque rien lu, il y avait tant de choses à faire. Voilà une fille qui a des priorités.
Un hérisson qui vit dans les hortensias à côté de l’entrée montre ce soir le bout de son nez.

Jean Prod’hom

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