Etang

Lausanne / 11 heures

Je longe le canal de Hagneck pour la seconde fois, une dizaine de kilomètres, dans l’autre sens; c’est l’occasion de revisiter mon séjour à Hauterive, de l’organiser pour le conduire au réfectoire et au Père Girard.

Adieu donc, vieilles écoles de nos pères, adieu… Vos moyens pouvaient être fort bons dans les temps où vous fûtes établies, mais les temps ont changé et vous n’êtes plus en mesure avec eux. Nous avons fait des progrès que vous n’avez pas suivis. (…) L’Etat social a reçu de profondes blessures et comme vous n’avez pas pu les prévenir, vous ne sauriez y porter remède. Puisque vous n’existez désormais ni pour notre bien, ni pour votre honneur, vous n’avez plus de raisons de vivre.

Georges Andrey, Grégoire Girard,
Apôtre de l’école pour tous,
Cabedita, 2015

Grande boucle avec Oscar qui m’échappe pendant un quart d’heure; on fait un détour par l’étang qui retrouve des couleurs; le vent d’ouest et la température du début du mois sont responsables des pluies record et de sa renaissance éphémère. Lorsqu’on rentre à midi, j’entends les gloussements d’une de nos trois poules qui a fait un oeuf; j’en ramène deux.

Jardin

Riau Graubon / 17 heures

Au terme de la finale de tennis à Melbourne, Roger Federer embrasse la coupe qui lui est remise; il n’embrasse pas qu’une seule fois ce corps inerte, comme d’autres l’ont fait avant lui, souhaitant ainsi toucher une fois des lèvres le visage glacé et clos des morts, mais il l’embrasse à plusieurs reprises, presque fougueusement; il la tient serrée contre son coeur, puis l’approche une nouvelle fois de son visage, l’embrasse encore, encore, jusqu’à ce qu’il s’avise de son égarement et s’interrompe en grimaçant. J’ai cru un instant qu’il allait la jeter par terre.
Un seul baiser sur la joue froide et cireuse d’un mort devrait suffire à ne jamais vouloir recommencer. Qui l’a fait une fois s’en souvient toute sa vie.

Je passe quelques heures dans l’enceinte de l’abbaye de Hauterive, il fait beau; Pierre-Yves bataille avec les taupes qui mettent en danger les jeunes fruitiers; plus loin des chèvres mâchouillent le foin glissé sous leur abri. Je détaille les poteaux, pannes, chevrons et voliges de l’appentis qui, recouvert de tuiles plates, offrira en été un peu d’ombre aux visiteurs. Sur le mur auquel l’appentis s’adossera demeure l’empreinte laissée par une vigne vierge et, sans corps, les pousses printanières s’accrochent au vieux crépi. Tout autour du bâtiment principal, les grands arbres ont été abattus et laissent la place à de jeunes pommiers, poiriers, cerisiers, griottiers, pruniers.

Pierre-Alain Meier, Adieu l’Afrique, 2017

Combles

Riau Graubon / 18 heures

Grand tour avec Oscar par le chemin des Pervenches, entre deux et quatre, et boue et flaques. Dans la tête une phrase de Rousseau, qui pourrait faire un titre.

Je ne pouvais m’arracher de là sans effort.