Le feu dans le poêle ne durera pas

Le feu dans le poêle ne durera pas, le soleil occupe déjà la véranda. Descends au bus Arthur et Dylan qui s’est fracturé l’annulaire. Sandra suit avec Louise, je termine avec Lili. La maison sera déserte jusqu’à midi. Michel viendra faire à manger aux enfants, seul, puisque les médecins, qui lui ont posé un plâtre, gardent Lucette à l’hôpital pour la semaine. La bande de neige à l’orée du bois a presque disparu.
J’écoute la radio en descendant au Mont, la voix des journalistes, leur suffisance, leur arrogance, leur bonne humeur m’exaspèrent. Ne regarde rien de la route, m’en veux.
Des camions versent du gros gravier sur les toiles de bidime étendues à l’ouest, à même la terre. Des barrières de sécurité ont été placées tout autour des palplanches pour sécuriser le chantier.
Corrige les travaux que j’ai préparés et que je donnerai à faire ces prochains jours aux élèves. Les mets en page pendant une heure de surveillance dans la petite salle de sciences, au pied du premier bâtiment dont la construction a bien avancé. En levant la tête, on aperçoit les armatures des grandes ouvertures vitrées fixées contre la coque de béton. Les standards ont bien changé, les économies d’énergie y sont pour quelque chose.
Le soleil annonce le printemps depuis plusieurs semaines. On n’y croit pas encore vraiment, et quand il sera là, on sera déjà en été, quelques beaux jours, une paire de mois, trop court. Un temps où l’esprit succombe pourtant à l’école buissonnière, qu’on le veuille ou non. On croit moins aux choses de l’intérieur, aux bibliothèques, on se détache de la raison.
Est-ce une libellule ? un oiseau inconnu ? un hélicoptère ? Non, c’est un drone dont j’aperçois le pilote caché derrière une butte. Les brebis et leurs petits sont dehors en face de la Marjolate. Dans le jardin au Riau, le nid des corneilles fait une tache noire, un noeud sombre dans les branches du foyard. On ne le verra bientôt plus mais on entendra les cris de leurs propriétaires, étouffés derrière leur lourde frondaison.

Jean

Grandes traînées de tulle ce matin

Grandes traînées de tulle ce matin, qui se plissent du nord au sud et qui bordent le ciel à l’est et à l’ouest comme des rideaux. Le bleu au centre ne parvient pas à les écarter, les rideaux retombent et tout est à recommencer. Deux degrés au dessus de zéro, je fais du feu.
La maison somnole lorsque je m’en vais, les filles sont au lit. N’entends pas l’oiseau de la veille. Arthur a congé il descendra plus tard à Ouchy faire de le trottinette pendant que Sandra fera des courses. A Sainte-Catherine, une bergeronnette bat la queue sur les glissières de sécurité. Le soleil réapparaît. Me demande où sont les chardonnerets qui donnaient à nos campagnes, il y a quelques années encore, un air si exotique.
Les travaux au collège n’ont pas beaucoup avancé depuis lundi. Je demande au contre-maître la raison du béton maigre sur le chemin de ronde. Ça ne sert à rien, me dit-il, mais on doit le faire. La grande grue devrait arriver dans la troisième semaine d’avril, l’excavation est loin d’être terminée. Il faudra encore recouvrir le fond de la creuse, de bidime, de gros gravier et de 10 centimètres de béton maigre avant d’entamer les opérations d’étanchéité.
Mets à la disposition des élèves certains de mes fichiers pour leurs travaux de fin d’année. Réitère mes avertissements pour qu’aucun d’eux ne tombe dans le piège de Wikipédia. Posent les bouées qui devraient les obliger à se mettre à l’eau sans trop de crainte. Me surprends chaque fois de leur faculté de passer à côté des problèmes et des difficultés. J’étais la même chose.
Les Préalpes sont à nouveau, là-bas, recouvertes de neige jusqu’à leur collet. Ici les buses prennent du bon temps, les haies un peu de couleur. Les muscaris sont en fleur.
Sandra et les filles mangent dans le jardin, sous le parasol sorti pour l’occasion, c’est la première fois. Je jette un coup d’oeil aux rosiers avant de me mettre à table, il semble qu’aucun d’eux n’ait été définitivement victime du gel.  
À Curtilles, une dizaine de cavaliers s’éloignent pour une balade, je lis sur un banc.

Jean