Les ornières des chemins sont remplies d'eau

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Cher Pierre,
Les ornières des chemins sont remplies d'eau et les clairières détrempées, mais le soleil troue les nuages de temps en temps, il aura tôt fait d'éponger la pluie de cette nuit. Je monte au triage jeter un coup d'oeil à mes protégés : la femelle couve, je fais quelques photos ; le mâle passe en coup de vent et, caché dans la sapinière, lance des avertissements. J'essaie de m'approcher encore un peu, trop, la future mère s'éclipse et laisse cinq oeufs au fond du nid. Attends à quelques pas que l'un ou l'autre reviennent ; ils semblent bien organisés, la femelle réapparaît après un long détour, s'allonge discrètement sur ses oeufs et reprend sa couvaison là où elle l'a laissée.

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Pouillot véloce

Louise me demande de l'aider à travailler sur la naissance du christianisme ; on passe une bonne demi-heure à traverser l'un des quatre chapitres qu'elle doit réviser ; pause ensuite. J'en profite pour terminer le compte-rendu de la course de trial de Savièse, en ajoutant quelques mots sur l'église de Saint-Germain et les noces, en fin de journée, de la pluie et du soleil. Sûr que le journaliste sportif de la Broye s'empressera de les supprimer ; je rouvre enfin le dossier de la Campanie et m'en vais d'Alphonse d'Aragon aux Quatre journées de Naples.
Je retrouve Louise après les quatre-heures, je n'ose dire ici ce que l'école attend d'une gamine de treize ans, c'est tout simplement une vilaine farce ; on décide donc d'aller terminer notre chemin de croix sur le plan de travail de la cuisine ; et pendant que je pèle des pommes de terre, émince des poireaux, des carottes, des tomates et les reste d'une courge, coupe des pommes, des poires, des oranges et des bananes, elle lit les dizaines de pages photocopiées d'un manuel d'histoire dont l'enseignant a fait souligner de longs extraits. Au terme de cette étude, précise l'habituelle page d'objectifs, l'élève sera capable de
- donner les raisons internes et externes qui plongent l'empire dans l'insécurité durant le IIIème siècle,
- citer l'essentiel de l'oeuvre de Constantin,
- énumérer les raisons du partage de l'Empire romain,
- citer quelques apports que la civilisation romaine nous a légués.
Mais aussi
- comprendre et utiliser le vocabulaire religieux (abbaye, abbé, baptême, cathédrale, clerc, clergé, diocèse, ecclésiastique, clergé, laïc, moine, monastère, pape),
- rendre compte de l'organisation ecclésiastique du haut Moyen âge ainsi que la distinction entre clergé et les laïcs.
- expliquer le développement du mouvement monastique,
- expliquer la toute puissance de l'Eglise sur la société au Moyen Age,
- mentionner quelques règles et principes de vie que l'Eglise imposait à ses fidèles,
- différencier l'architecture romane de l'architecture gothique,
- fournir les raisons qui ont poussé les chrétiens de l'époque à exclure certaines catégories d'individus de la société.
Ce n'est pas tout, mais je ne prendrai pas la peine de transcrire la seconde série d'objectifs, ce serait indécent. Pauvres enfants ! pauvre histoire ! pauvre école !
La lecture de deux textes qu'Eric a écrits et dont il m'a parlé l'autre jour à l'occasion de notre balade au bord du lac de Neuchâtel m'apaisent : lire ce qu'un ami a pris la peine d'écrire, pour dire au plus près ce qu'il pense, m'a toujours fait du bien.

Jean Prod’hom

Ouverture de la saison en fanfare à Savièse

Belle brochette de sportifs vaudois samedi passé à Savièse! Dix-sept pilotes formés au TCPM de Moudon ont en effet participé à la première manche de la Coupe suisse de trial, organisée à la perfection par l'auto-moto-club du Sanetsch et le trial club du Chablais.

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Concurrents et copains, Théo (2ème) et Jules (1er), ont dominé leur catégorie (Photo | Philippe Benosmane)

Si le soleil n'a pas été au rendez-vous, la pluie est restée si discrète que les parapluies sont restés fermés. Belle journée donc.
Il a fallu que les pilotes s'habituent d'abord aux modifications du règlement, et tout particulièrement aux deux minutes qui leur sont désormais imparties pour boucler chacune des zones. Pas le temps donc de regarder, de l'autre côté du Rhône, les restes de neige sur les hauts de la piste de l'Ours, ni les vergers en fleurs.
Les pilotes du TCPM ont fait fort, très fort ; voyez plutôt.
Dans la catégorie des Poussins, Jules Morard et Théo Benosmane ont terminé ex-aequo avec huit points de pénalité seulement ; c'est donc le nombre des sans faute qui les a départagés. A ce jeu, Jules est le vainqueur. Trois autres pilotes du TCPM participaient dans cette catégorie pour la première fois à une compétition : Maël Simon de Moudon termine à une belle 10ème place ; les deux frères Maxime et Bastien Perrin de Puidoux obtiennent respectivement les 7ème et la 5ème places.
Kelian Crausaz (11ème) et Thomas Girardin (10ème) ont réalisé, eux aussi, leur première course à Savièse, mais chez les Benjamins ; quant à Jeremy Bolomey et Matthieu Habegger, ils continuent leur apprentissage. Il faut féliciter haut et fort Kouzma Rehacek qui, vainqueur la saison passée chez les Poussins, monte sur la seconde marche du podium pour sa premier course dans cette nouvelle catégorie, à un point seulement de la première marche. Théo Grin termine à la 9ème place chez les Minimes.
Bravo à Arthur Prod'hom qui obtient une belle 2ème place chez les Cadets, mais il a choisi de rejoindre, dès la prochaine course, les Juniors. Loïc obtient dans cette catégorie une remarquable 3ème place.
Quatre pilotes du club de Moudon sont engagés chez les Elites. Il faudra les surveiller tout au long de la saison : Steve Jordan (12ème), Romain Bellanger (11ème), Brian Allaman (8ème) et Tom Blaser (5ème) pourraient réaliser de belles choses.
Impossible de quitter Savièse sans faire un saut à l'église Saint-Germain dont le clocher a veillé sur la journée. Il y a bien sûr Ernest Biéler, ses vitraux et les mosaïques du chemin de croix qui, à certains endroits, ne font pas tant penser à Byzance qu'à Cordoue, mais il y a surtout les hautes colonnes de tuf dont les nervures se déploient, sans chapiteau, jusqu'aux clés de voûte, et les voutains recouverts de chaux, qui font penser aux ailes ouvertes des piérides de l'aubépine.
Au retour, la pluie qui nous avait épargnés toute la journée se met à tomber, elle mêle ses traits aux rayons du soleil ; tous deux déposent sur le bitume et dans le ciel deux immenses feuilles d'or.
Rendez-vous à Ropraz dimanche prochain pour la seconde manche de la Coupe suisse de trial, il y aura du spectacle. Mais il y aura aussi à boire et à manger, pensez donc, c'est la trentième édition de cette épreuve d'envergure nationale... internationale cette année, puisque vous pourrez y voir à l'oeuvre Gilles Coustellier, une figure extraordinaire du trial, champion du monde à plusieurs reprises. Venez nombreux !

Jean Prod’hom

Échos avant l'aube d'une fête techno

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Échos avant l'aube d'une fête techno qui secoue notre cage thoracique ; craquements d'os dans les combles, Fleur se fait les dents ; sonnerie du téléphone enfin, c'est l'heure. Le billet de la veille étant resté en plan, je commence par là, il est 7 heures lorsqu'on quitte le Riau plongé dans la grisaille. Pas de circulation sur l'autoroute, ni sur la route qui monte à Savièse. On fait une halte au centre de Saint-Germain, Arthur achète des boissons à la COOP, je sors de la boulangerie avec des pains au chocolat.

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Arthur se rend au bureau des inscriptions ; trop tard pour rouler dans la catégorie des juniors, il restera donc avec les cadets pour cette première course de la saison. On se donne rendez-vous à dix heures, j'en profite pour entrer dans l'église paroissiale de Saint-Germain.
Alors bien sûr, il y a Ernest Biéler, ses vitraux et les mosaïques du chemin de croix qui, à certains endroits, ne m'ont pas tant fait penser à Byzance qu'à Cordoue, mais il y a surtout les hautes colonnes de tuf dont les nervures se déploient, sans chapiteau, jusqu'aux clés de voûte, et les voutains recouverts de chaux, qui font penser aux ailes ouvertes des piérides de l'aubépine.
Arthur réalise une belle moitié de course, il est surtout moins fébrile que l'année passée. Une main par terre, lors de son dernier passage, lui rapporte 5 points de pénalité, ce qui ne l'empêche pas de terminer à une belle seconde place.
Départ de Savièse à un peu plus de 17 heures, arrivée dans la cuisine du Riau à 19 heures 30 ; je cuis des pâtes, lave de la salade, Sandra prépare une sauce, je plonge une poudre à la vanille dans un demi-litre de lait, le tour est joué.
Et pendant que Sandra et les enfants regardent Pirates des Caraïbes 4 ou 5, je travaille au compte-rendu de la course de Savièse, sans en venir à bout. La pluie qui nous a épargnés toute la journée se met à tomber, elle mêle ses traits aux rayons du soleil ; tous deux déposent déposent sur le bitume et dans le ciel deux immenses feuilles d'or.

Jean Prod’hom

Un troisième oeuf est né

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Cher Pierre,
Un troisième oeuf est né, je suis allé le voir ce matin à vélo ; sans Oscar qui fait trop de bruit. J'ai taillé au sécateur quelques rameaux du saule qui a poussé entre eux et moi, la femelle s'est envolée. La femelle est revenue, le mâle ne s'est pas montré. Me réjouis des jours prochains.

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En roulant sur le chemin du retour, sous le soleil, avec les chants à la fois pointus et liquides des oiseaux, le vert de l'herbe nouvelle, avec le ruisselet et les chevreuils dans le pré de la Mussilly, les ruches et tout ce qui autour ne demande rien, avec la campagne et les bois qui bougent à peine, je songe une fois encore aux récits d'André Dhôtel, avec la conviction que la féerie et le délicat tremblement qui traversent ses récits sont bien réelles.
Je lis au retour, sur un forum d'oiseleurs – Au paradis des canaris –, la notice concernant Pyrrhula pyrrhula europoea. J'y apprends que les bouvreuils s'élèvent en volière, avec des chardonnerets et des verdiers par exemple, qu'ils demandent en captivité autant de soin que des nourrissons de notre espèce.

- Le bouvreuil présente comme caractéristique une allure trapue, accentuée par son bec court et massif qui lui a valu son nom de « petit bœuf ».
- Le bouvreuil est un oiseau relativement discret. Il aime fréquenter les bois assez denses, les buissons touffus à la végétation broussailleuse, les parcs, les jardins ainsi que les vergers. En montagne, il se retrouve dans les forêts de conifères où il monte très haut.
- Le bouvreuil pivoine est, lui, sédentaire, où il erre en petite bande à la recherche de nourriture.
- Dans la nature, le bouvreuil aime construire son nid dans un buisson épineux, un thuyas, un petit résineux, etc… à une hauteur relativement faible au dessus du sol (généralement à moins de 2 mètres du sol). Pendant la construction du nid, le mâle, qui a choisit l’emplacement, accompagne fidèlement sa femelle qui bâtit le nid avec des brindilles sèches de bois, d’herbes, de poils, de plumes, de lichens, etc… Pendant toute cette période, le couple se dissimule avec soin.
- Pendant la période nuptiale, le mâle chante de plus en plus. Il va prendre une brindille dans son bec et sautiller autour de la femelle en gonflant son plumage. La femelle va pousser des petits cris et entamer également des petits sauts, allant et revenant vers le mâle. Les rectrices de leur queue sont également écartées. Les deux oiseaux donnent ainsi l’impression de danser. De plus, la becquetée avec la femelle est un autre signe de pré accouplement.
- Deux couvées peuvent être réalisées chaque année, d’avril jusqu’en août. La femelle pond quatre à six œufs au fond bleu pâle tacheté de roux, de dimensions moyennes de 21,4 |14,8 mm pour le ponceau et de 19,3 |14,4 mm pour le pivoine, que la femelle couve seule 13 à 14 jours, tandis que le mâle la nourrit au nid. La femelle ne réchauffe plus ces jeunes vers le 11ème jour après la naissance. Les jeunes quittent le nid entre le 15ème et 17ème jour. L’élevage des petits est assuré par les deux parents. Néanmoins, il est conseillé de laisser la femelle élever seule ses jeunes, le mâle étant placé dans une cage concours, car il a la fâcheuse habitude de tuer les jeunes. Ce problème est dû notamment à une nourriture très riche en captivité, surtout avec les vers de farine qui l’incite à se reproduire.
- Le bouvreuil est un végétarien, se nourrissant principalement de graines, semences végétales, baies, bourgeons. Lorsque l’occasion se présente, quelques insectes complètent son menu, surtout en période de reproduction.

Une jeune femme, tout droit sortie d'une bande dessinée, passe une partie de la matinée dans la maison à repérer les traces d'amiante. J'en profite pour terminer notre déclaration d'impôts et réunir les éléments qui devraient figurer sur le carton d'invitation pour Terres d'écritures, que j'envoie à Romain.
Les plus hautes instances de la Direction générale de l'enseignement obligatoire (Direction organisation et planification) remercient, par courrier électronique, les enseignants pour leur compréhension et leur patience dans un contexte délicat ; depuis le 20 mars dernier en effet, la navigation Internet est extrêmement difficile, voire impossible sur certaines pages et à certains moments de la journée. Cela a pour conséquence un impact négatif considérable sur le travail des uns et des autres avec les outils informatiques. On s'en est effectivement rendu compte.
L'extraordinaire n'est pas tellement dans l'incident lui-même (qui révèle, une fois encore, la fragilité des réseaux actuels de communications à "très haut débit"), mais dans la coïncidence relevée dans l'historique : les premiers signes de lenteurs sur le réseau des réseaux ont été repérés lors de l'éclipse solaire, le 20 mars 2015 ; nous laisserons aux épistémologues le soin de tirer routes les conséquences de cette fabuleuse coïncidence.
Il y a des adultes qui mériteraient une fessée, interdite de nos jours ; leurs coquetteries, les méchants chemins qu'ils empruntent, les calculs qui les rongent pour ne rien perdre de ce à quoi ils ont droit, leur suffisance, leur arrogance, la bêtise, tout de leur vie les assèche, comme ces écorces qu'on répand dans les plates-bandes pour bâillonner les mauvaises herbes. Ils parasitent la société qui les nourrit, sans l'élégance du gui, accablent leurs voisins ; ils ne méritent pas même qu'on leur donne des noms d'oiseau. Un courrier reçu par la poste ce matin m'en donne à nouveau une nouvelle preuve. L'écrire m'aura fait du bien.

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C'est aujourd'hui l'anniversaire de Sandra. Françoise et Edouard nous ont invités à Vevey, tôt, puisque nous allons Arthur et moi à Savièse demain pour la première manche de la Swisscup trial. Lili reste au Riau, c'est l'anniversaire de Mylène. Edouard nous a à nouveau gâtés.

Jean Prod’hom

Les bêtises nées de l'impatience

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Les bêtises nées de l'impatience menacent de faire fuir ce qui nous est cher et qu'il nous aurait suffi d'attendre ; ainsi ce matin : en dépit de ma promesse de ne pas m'y rendre avant la fin de la semaine, je retourne au-dessus du triage m'assurer que les deux bouvreuils n'ont pas déserté les lieux en abandonnant leur nid. Je m'assieds dix minutes sur une souche, à bonne distance ; aucun rameau ne balance, pas un bruit.
M'approche pour en avoir le cœur net, lève une branche, s'envole l'oiseau rose. Restent deux œufs dans une pelote d'herbes sèches, dont je m'empresse de faire une photographie avant de déguerpir en me rongeant les ongles. Attends à trente pas le retour de mes protégés que j'ai chassés, ils tardent. J'aperçois finalement, à la cime du haut sapin qui surplombe leur domaine, une tache rouge immobile. Ni une ni deux, je m'en vais et m'en veux de ma précipitation, en priant les dieux que les oiseaux sachent distinguer les maladroits des voleurs. 

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Au Mont, la vie continue, plus d'insectes sociaux mais moins de couleurs, beaucoup de dedans et peu de dehors, à nous d'ouvrir les fenêtres, j'essaie de le faire tout au long de la matinée. 
On mange, Celsa et moi, les dernières dents-de-lion sur la terrasse du Central ; Naples se rapproche, on avance, une sieste serait la bienvenue. 
Je passe l'après-midi avec les petits du premier, entre médiathèque et salle de classe, à tout faire pour qu'ils se détournent un moment du groupe qui les aliène et trouvent un peu de repos dans un livre. Ils finissent par y parvenir, presque tous, sans hâte, quand bien même l'un d'eux se montre si récalcitrant qu'il me condamne à le tenir en laisse. Elle me suffit l'idée que les enseignants auraient à offrir à chacun des élèves qui leur sont confiés un lieu et un moment pour leur permettre, sans jamais les occuper, de rassembler leurs désirs mis en pièces par les vendeurs de loisirs.
Ramasse Arthur à l'arrêt de bus du Riau, le dépose à Ropraz pour l'entraînement, file à Thierrens où j'embarque les filles, comme tous les jeudis. Ce qui change aujourd'hui c'est qu'il me faut encore aller donner un coup de main au Mélèze, la course a lieu dans un peu plus de semaine. Il est près de 23 heures lorsque je rentre, Arthur me montre la coque vide de son natel ; je regarde admiratif la tas de pièces qu'il en a retirées, en couvant l'espoir qu'il soit capable de replace l'un dans l'autre.

Jean Prod’hom

Le réservoir d'essence

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Cher Pierre,
Le réservoir d'essence de la Yaris goutte depuis deux jours, je la dépose à 7 heures au garage. Lance ensuite dans les trois classes, à partir de trois textes différents, la même activité à visée technique : identification du degré de solidité des différentes régions de la langue, utilisation des moyens de référence, extension du doute. Je mange un bircher à la salle des maîtres.

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Le garagiste m'apprend à 13 heures, en grimaçant, que le réservoir est vraisemblablement troué, sur le haut, mais que ce n'est pas très grave ; il parie qu'il cessera de goutter lorsqu'il sera à moitié vide. Il vaut mieux toutefois prendre un rendez-vous ; on le fixe pour la semaine prochaine. Il m'indique avant qu'on se quitte qu'il a eu le temps de poser les pneus d'été.
Éric m'attend devant la gare d'Yverdon, on va sous le soleil jusqu'à Champ-Pittet, il me raconte les années difficiles qu'il a vécues depuis la fin de notre mandat au Burofco, pleines trop pleines : la surcharge de travail, la famille, ses dernières années à la HEP. Les foulques, les colverts, les grèbes font un bruit d'enfer, on boit un coup sur la terrasse de la buvette du Centre. Il y a deux ans qu'il est à la retraite, j'y serai dans deux ans et demi, je tends l'oreille.
Céline et Sylviane nous accueillent à la librairie de l'Etage, Aude est déjà là, Karim nous rejoint. Puis des visages connus, Marc, Isabelle et leur enfant, Lucie et Annette : une bonne douzaine de personnes en tout.
Nos hôtes ont de l'énergie et des sourires à revendre, Céline lit des extraits des Neiges de Damas et Karim de Tessons. Table ronde ensuite, impressions de lecture et d'écriture, bribes de récits. C'est la première fois que je participe à ce genre de réunion, on finit autour d'un verre, nous dédicaçons quelques livres. Agnès me confie être une fidèle des marges dont elle lit les billets le soir avant de s'endormir ; mes petites histoires, ce que je dis de l'école, ma rencontre avec le bouvreuil l'autre jour ne la laissent pas indifférente. C'est le plus beau des compliments.
C'est à la pizzeria du tennis que nous finissons la soirée, nous sommes six ; on raccompagne Aude et Lucie qui rentrent à Genève en train, nous sommes quatre ; on laisse Céline et Eric devant le1400 où l'on a bu un café, nous sommes deux ; Karim me dépose à l'hippodrome, je suis seul, guigne sous la Yaris : pas d'essence. Je rentre dans la nuit qui s'allonge par Valeyres, Ursins, Orzens, Oppens, Rueyres et Fey. Personne sur la route mais un chevreuil.
La maison est silencieuse, je ferme la porte à clé ; il y a de la lumière dans la bibliothèque, je monte embrasser Sandra. Dehors, la nuit s'épaissit.

Jean Prod’hom

L'utilisation du langage

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Cher Pierre,
L'utilisation du langage assure, à lui tout seul, le maintien de la paix parmi les hommes et nous autorise à l'imaginer perpétuelle ; on aurait pu aisément se passer de la monnaie. Mais ni le premier ni la seconde ne sont capables de faire autre chose que d'établir des relations d'équivalence entre des réalités aveugles. Qui peut en effet  imaginer que l'autre perçoit, éprouve, pense ce que je pense, éprouve et perçois ? C'est pourtant cette supposition reconduite dans nos échanges qui nous fait croire en retour que ce que nous pensons, éprouvons et percevons confusément pourrait être dit.

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C'est  à Oron, que j'écris ces propos pour le moins décousus, en attendant Lili qui court, saute et lance. Au café de l'Union, devant une verveine ; la porte de l'établissement est ouverte, mais le dehors ne se mêle pas au dedans, un seuil large comme la main l'en empêche. Nous sommes 4 clients à deux pas les uns des autres : un ouvrier qui mange, un retraité devant un verre de rouge, un quadragénaire qui tapote sur son portable. Cette mise en scène qui assure la paix de l'espèce est d'une complexité qui donne le vertige. Nous sommes parvenus à nous désolidariser des processus physiologiques pour n'abriter qu'un esprit. C'est de très loin qu'on entend désormais battre nos coeurs, sans y croire vraiment, ou dans l'effroi.
Retour par Ropraz où les jeunes cygnes se sont mis à déployer quelques-unes de leurs 24 vertèbres cervicales, l'air a fraîchi ; Sandra a préparé un gratin de choux-fleurs et une tarte aux framboises.

Il est peu de personnes qui ne se soient amusées, à un moment quelconque de leur vie, à remonter le cours de leurs idées et à rechercher par quels chemins leur esprit était arrivé à de certaines conclusions. Souvent cette occupation est pleine d’intérêt, et celui qui l’essaye pour la première fois est étonné de l’incohérence et de la distance, immense en apparence, entre le point de départ et le point d’arrivée. (Edgar Allan Poe)

L'harmonie universelle a toujours fait l'économie des substances.

Jean Prod’hom

Debout un peu avant 6 heures

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Cher Pierre,
Debout un peu avant 6 heures, tandis que le jour se lève à peine ; la bise est tombée. Traverse le jardin pour vider les cendres du poêle sous le marronnier, fais tintinnabuler la vaisselle de la machine à laver : poignées d'assiettes, de fourchettes, poignées de couteaux ; fais du feu.

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Ça m'est devenu toujours plus difficile de reprendre le travail après les vacances, de me refaire une assurance. Mais sitôt arrivé à la mine, le plaisir grandit lorsque les mômes se penchent sur leur ignorance ; les choses se remettent en place et soudain tout s'éclaire. Belle matinée à la bibliothèque avec la moitié des petits, à Baulmes avec l'autre ; belle après-midi à Naples avec les grands, à la salle des maîtres avec des collègues ; belle soirée à Ropraz avec les membres du comité du TCPM : le certificat est en boîte, la course de Ropraz bientôt du passé.
Toutes ces activités m'auront toutefois coupé les jambes, sans que je sois parvenu une seule fois à me retrouver autrement qu'en avance ou en retard, à chaque coup précédé ou suivi par des leurres.
Oh! si, chez Jean-Daniel, lorsque les deux cygnes noirs et leurs trois petits m'ont ramené du côté des vivants vivants, de ce qui n'était déterminé ni par le temps ni par le lieu. Parfois il faut tenir, à peine, le moins possible ; permettre ainsi à ce qui sommeille de rompre la loi des fatalités, au soir d'aller et de revenir, sans hâte, jusqu'à la nuit.

Jean Prod’hom

Il fallait en avoir le coeur net

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Cher Pierre,
Il fallait en avoir le coeur net ; je suis donc allé à 7 heures au-dessus du triage, assis une demi-heure dans la sapinière, inquiet que ma présence trop insistante des jours passés près de leur nid ne les ait eux inquiétés. Soulagement lorsque le bouvreuil me fait une visite, sa compagne le rejoint. Ni les motards ni moi ne les auront dissuadés, je m'en réjouis ; ils ne restent pourtant pas longtemps, comme s'ils se méfiaient. C'est décidé, je n'y retournerai pas avant vendredi prochain.

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Bruand jaune mâle

Sandra et les filles se rendent chez Marinette, Arthur dort, je monte à la bibliothèque. Après-midi studieuse à écouter su Youtube les entretiens de Felix Guattari et à regarder des images sur Naples ; écoute à la radio Schifano très en colère contre l'unification de l'Italie et l'exploitation du sud qui s'en est suivie. Fais une mayonnaise et cuire des artichauts, râpe des carottes rouges, prépare un bircher pour demain. Après le repas, Louise me pose quelques questions sur le récit d'aventures, mais renonce aux questions d'orthographe qu'elle voulait me soumettre, on renvoie à mardi. Retourne à Naples jusqu'à 21 heures.

Jean Prod’hom

Comment y voir clair dans le brouillard

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Cher Pierre,
Comment y voir clair dans le brouillard ? et les bêtes sauvages, s'en réjouissent-elles  ? Les changements climatiques, secondaires, infléchissent-ils leurs habitudes ? Connaissent-elles l'hésitation ? Et leur semaine est-elle rythmée par ce qui correspond à nos weekends ? lèvent-elles la tête le dimanche quand sonnent les cloches de l'église ? Leur arrive-t-il de prolonger, comme les hommes, leur sommeil, ou leurs rêveries ? Vivons-nous dans le même monde ? ou chaque espèce a-t-elle son ciel et des manières toutes à elle de s'interroger au coeur d'une énigme qu'incontestablement nous partageons. Elles sont à coup sûr notre chance et notre avenir, en ce sens qu'elles ont choisi de ne rien nous dire.

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On finit par se lever et je dresse la liste des courses du weekend. Sandra et les filles se rendent elles aussi à Oron, pour acheter des cartons utiles au stockage de nos affaires pendant les travaux et des fleurs que Louise veut placer dans la plate-bande.
C'est un constat sur lequel tous les observateurs avisés s'accordent, l'agressivité des automobilistes, insupportable au premier étage des parkings, se réduit à mesure que l'on descend dans les étages inférieurs pour totalement disparaître au dernier. Par un paradoxe que les sciences de l'homme connaissent bien, ce constat ne peut être fait que par ceux du dernier étage, qui ont compris que s'éloigner de leur but les en approchait parfois considérablement. Alors que ceux qui auraient tant besoin d'un peu de paix et de recul s'agitent, tournent, vitupèrent à deux pas du leur.
C'est ce à quoi je pensais assis dans la Yaris au parking de la COOP d'Oron, ce matin, rempli de véhicules jusqu'à la gueule, en raison du comptoir qui a ouvert ses portes, mais qui offrait en périphérie d'innombrables places, avec le vent qui agitait l'herbe déjà haute, le ciel et le piaillement des moineaux. Je m'y suis trouvé si bien que je me suis demandé pourquoi je ne resterais pas jusqu'à la nuit, comme cela m'arrive parfois lorsque je m'étends sur les herbes sèches en-dessus du triage. Et c'est dans ces instants, je crois, que l'envie d'écrire ou de ne pas écrire est la plus forte, parce qu'il n'y a presque rien tout autour. 
Et si je suis malgré tout de retour à la maison, c'est bien parce qu'il a bien fallu que je me décide à glisser dans un caddie des cornflakes, du lait entier de Gruyère, des fruits, des légumes et du riz. Mais je l'ai fait de très loin, avec dans les yeux les herbes hautes et le ciel, à distance des états d'âme des gens, et en même temps très près de leur cœur. Cette aventure m'a fait penser à l'écriture de Walser, à cette ligne mélodique qui fait entendre l'harmonie des mondes disjoints, qui concourent soudain, miraculeusement, à ce qui pourrait être et qui est. Oui, la vie est très belle, pleine de surprises et de noirceur, d'agitation et de sourires.
Au parking, les oiseaux se sont réjouis de mon retour, heureux, je crois, que je leur demande comment ça allait pour eux, et les herbes hautes ont applaudi.


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Mésange nonette

Olivier entreprend de nouveaux travaux à Ferlens, un peu obligé par les circonstances ; le jardinet au sud des écuries est charmant. On ne s'était pas revus depuis plusieurs années, si bien qu'on a beaucoup parlé ; les moineaux se sont succédé au goulot de la fontaine, visible de la table de la cuisine autour de laquelle on était assis.
Le brouillard s'est levé, les pommes-de-terre sont pelées et coupées, la courge et les poireaux lavés et émincés, la tarte au four, les pointes d'asperge blanchies. Je confie le tout à Sandra et vais rejoindre au-dessus du triage le couple le bouvreuils et leur nid. Invisibles! Ai-je été trop présent ces derniers jours ou les motards qui vont et viennent sur leurs engins trafiqués les dissuadent de se montrer ?
Sandra et les enfants jouent aux dés lorsque je suis de retour, je fais cuire du riz et râpe du fromage. La rentrée c'est pour après-demain, Lili nous confie pendant le repas sa position sur la question : elle n'en veut pas à Charlemagne qui a inventé l'école, mais elle en veut sérieusement à celui qui l'a rendue obligatoire. Je ne suis pas loin de penser comme elle.

Jean Prod’hom

C'était donc ça

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Cher Pierre
C'était donc ça : si la femelle que j'ai aperçue hier, et deux fois ce matin, se cache dans les branches du sapin nain, c'est pour y construire un nid, tandis que le mâle, bien visible, fait le guet. J'aurais pu le deviner le premier jour ; mais c'est tout autre chose d'avancer dans l'ignorance et de se réjouir de ses découvertes.

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Cette histoire est d'autant plus curieuse que Sandra me fait voir le premier exercice de la première partie du manuel de physique dont elle est responsable, rédigé il y plusieurs mois déjà.

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J'ai rendez-vous à 15 heures au Musée de Vidy où je salue Laurent qui travaille dans son bureau à sa prochaine exposition ; je récupère le carton contenant les tessons. Le lac, qui est à son niveau le plus bas, m'invite à aller jeter un coup d'oeil, jusqu'au pont de la Chamberonne au pied duquel je trouve une fleur bleue.
L'autoroute est bien dégagée si bien que j'arrive à l'heure à Baulmes ; l'hôtel de ville ressemble à un château, sa construction a été financée par les ventes de bois, m'explique Joël, le garde-forestier, des bois qui occupent la grande partie de la commune. La baisse des prix et le gui dont les graines sont rejetées et dispersées à la cime des sapins par les grives sont les principaux responsables de la baisse des revenus de cette petite ville de 1000 habitants, située au pied du col de l'Aiguillon.
Ce n'est pas loin de ce col que Joël m'emmène, à Grangeneuve où la classe des petits passera trois jours. Il se propose de nous accompagner un peu plus haut, dans la forêt de Limasses, et de nous raconter l'histoire de sapins trois fois centenaires, dont les deux plus imposants portent les noms de président et de vice-président ; de pique-niquer avec nous – ce Joël mérite d'être connu.
De nous retrouver également le lendemain dans un petit refuge, à deux pas de la carrière des Rochettes dont l'exploitation du calcaire marneux, souterraine d'abord, transformé dans l'usine de Chaux et ciments à Baulmes, a connu ses heures de gloire dans la première moitié du XXème siècle. Elle s'est poursuivie à ciel ouvert après la seconde guerre, jusqu'en 1962. Il faut noter encore que le dénommé Joseph Bon a établi en 1953 une champignonnière dans les galeries inférieures désaffectées ; le Joseph en question n'a visiblement pas fait fortune puisque l'Office des poursuites d'Orbe a procédé en 1957 à la vente aux enchères d'un aérochauffeur, de plusieurs centaines de m3 de fumier et des grillages.

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J'espérais que Pierre-Alain R pourrait nous faire voir les oiseaux de sa région et tout particulièrement ceux qui ont élu domicile dans la carrière, il m'apprend au téléphone qu'il sera en voyage.
Je rentre en m'arrêtant en vitesse à Epalinges où j'achète du pain, à Corcelles où j'achète du fromage. On appelle fondue le mélange de ces deux produits.

Jean Prod’hom

La littérature érotique en Suisse romande

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Cher Pierre,
Le ciel s'est couvert à l'aube ; ce qui ne nous empêche pas, Sandra, Oscar et moi de faire la boucle des 4 kilomètres ; on évoque sans les exagérer les désagréments que les travaux dans la maison vont amener, on en rit ; on ajoute pour prolonger notre plaisir une seconde boucle, autour du grand étang qui n'existera bientôt plus : les graminées, les carex, les mousses et diverses variétés d'arbrisseaux ont colonisé les lieux ; des bouleaux, des aulnes prennent racine.

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Je me sépare de Sandra au triage, rejoins le sous-bois où j'ai aperçu hier un bouvreuil. Il n'est pas seul : la femelle est cachée dans les branches d'un sapin nain. Ils filent en trois coups d'aile, je m'installe. Ils reviennent après un quart d'heure, se posent un instant, lui sur une branche qu'il semble affectionner, elle à la cime d'un arbuste. J'aurais voulu faire une photographie de la femelle, plus claire ; ils sont loin, je ne les reverrai plus aujourd'hui.
Les chants puissants des oiseaux donnent l'impression que les bois en sont peuplés jusque dans leurs moindres recoins. Il faut pourtant du temps pour les apercevoir, beaucoup d'entre eux sont perchés trop haut dans le ciel.


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Rougegorge familier

Sandra et les enfants sont allés pique-niquer avec les K au-dessus de l'Escarogotière, je monte à la bibliothèque pour travailler, mais Après beaucoup d'années, recueil de petites proses que Jaccottet a publié en 1994, me distrait ; je l'ai déposé hier sur la table ronde dans l'intention de relire les quelques lignes qu'il consacre aux eaux du Lez. La présence de deux point-virgules naturellement me réjouit, mais c'est la manière dont Jaccottet parvient à éloigner les métaphores et les comparaisons qui me ravit, dont il s'est servi comme d'un véhicule pour approcher ce qu'il tente d'épingler ; la méthode avec laquelle il réussit à se débarrasser de la rhétorique : certes oui! mais..., mais ce n'est pas cela..., dirait-on mais en réalité, si l'on veut..., pour libérer à la fin, par son nom, ce qu'il n'est parvenu à énoncer qu'en le manquant :

Ce sont les eaux de Lez, en avril, au gué dit de Bramarel.

Le menuisier et l'architecte font un saut à 16 heures pour qu'on décide ensemble des fenêtres et des portes d'en-bas ; le menuisier c'est Guillaume et on est bien contents de travailler avec un ami. Je les quitte un peu après 16 heures 30 pour aller récupérer au Musée de Vidy la centaine de tessons qui ont passé l'hiver dans le vestibule de cette auguste maison, que je ne parviendrai jamais à rejoindre, à cause de Monsieur François Hollande dont le discours à l'EPFL et le bain de foule à Ouchy ont bloqué tout le sud de la ville. Il m'aura donc fallu 1 heure et demie pour rejoindre la Grange de Dorigny où se rencontrent universitaires et auteurs autour d'une table ronde sur la littérature érotique en Suisse romande.
On reconnaît les universitaires à leur physique – ce sont des sportifs ; les écrivains à leur gentillesse et leur prévenance – ils ont toujours quelque chose de gentil à vous dire ; jolie soirée donc. J'y apprends également une ou deux choses ; une étude quantitative des textes relevant de ce genre a listé 600 synonymes pour le mot vagin, 600 (différents j'imagine) pour celui de pénis et 1300 pour coït : ce qui prouve une fois encore que le tout est supérieur à la somme des parties.
Je ne suis pas intervenu parce que je n'avais rien à dire; mais si on me l'avait demandé, j'aurais osé le poncif suivant, sans citer mes sources : L'écriture et la lecture, lorsqu'elles se font caresses, relèvent de la littérature érotique. Ç'aurait fait un flop.
Si on avait insisté pour que j'en dise plus, j'aurais raconté Madeleine qui, avant d'être un de ces gâteaux courts et dodus... qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques... , fut celle sur laquelle je portai mes lèvres pour la première fois... je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,... en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
Je quitte ce beau monde pour le Riau où je retrouve Sandra et Arthur qui reviennent du cinéma, Louise et Lili dorment à Servion. Je rédige ces notes.

Jean Prod’hom

Je m'y étais engagé

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Cher Pierre,
Je m'y étais engagé, c'est fait ; les tâches qui m'attendent jusqu'à l'été sont à nouveau listées, réparties cette fois sur trois colonnes ; cette opération aura eu le mérite de dégonfler, une fois encore, ce que je m'évertue à dramatiser ; ça durera le temps que ça durera.

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Bouvreuil pivoine

Sandra et Louise sont allées à Nyon commander le carrelage de la salle de bains, Arthur et Lili dorment. Le voyage d'étude à Naples est devenu depuis tout à l'heure une priorité, je rédige les premières informations que je remettrai aux élèves et à leurs parents, elles auront eu la vertu de me faire entrevoir ce qui me reste à faire : inscrire les bagages des élèves, mettre un point final à la réservation sur easyJet, vérifier les numéros des passeports, réserver le train jusqu'à Genève et retour, faire travailler les élèves sur l'activité qu'ils ont à préparer avant de nous y rendre.
Il est 10 heures lorsque je sors. Les chevreuils sont très actifs, ma présence et celle d'Oscar les inquiètent, ils aboient. Près de la clairière où j'ai fait halte hier et où je retourne ce matin, j'aperçois le miroir blanc d'un arrière-train de l'un d'eux qui s'enfuit.
Une tache rouge passe en coup de vent dessus le tracé d'un chemin qu'envahissent les bartasses. A gauche une futaie dans laquelle s'engouffre l'oiseau, et d'où il ressort un peu plus tard pour disparaître à droite dans les taillis. Je remonte dans le couloir qu'il a emprunté et m'y fixe. Il finit par sortir du taillis et se poser sur une branche. Distingue derrière lui une autre forme qui bouge. Oscar ne peut s'empêcher de signaler notre présence, le bouvreuil nous fausse compagnie. Je reviendrai demain matin.
M et E rejoignent Louise et Lili pour le goûter, puis je descends au cinéma à Lausanne avec les deux grandes: Divergente 2 : l'insurrection. M'informe avant sur Allociné.

Dans un monde post-apocalyptique où la société a été réorganisée autour de 5 factions (Audacieux, Érudits, Altruistes, Sincères et Fraternels), Tris a mis au jour un complot mené par la faction dominante, les Érudits, dirigés par Jeanine. Abandonnant une ville à feu et à sang, à la recherche d’alliés, Tris et Quatre sont désormais traqués par les autorités. Jeanine décrète la loi martiale pour anéantir les Divergents, tandis que la guerre entre les factions prend de l’ampleur. Pourquoi les Divergents sont-ils une menace pour la société ? La découverte d’un objet mystérieux, hérité du passé, pourrait bien bouleverser l’équilibre des forces…

J'apprends en outre, par Wikipédia, qu'il existe un sixième groupe, celui des Sans Faction. Ça ne va pas être simple pour un esprit aussi lent que le mien, d'autant plus que je n'ai pas vu le premier volet de cette saga, et qu'un troisième est annoncé, en deux parties. Cette situation délicate me décide, on fera une halte avant de rentrer à la crêperie de la Chandeleur.

Jean Prod’hom

Rendez-vous de chantier

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Cher Pierre,
Rendez-vous de chantier ce matin avec l'architecte, l'électricien, le cuisiniste et le chauffagiste ; manquaient le charpentier, le maçon et le menuisier. Ce qui étonne chez ces gens-là, c'est d'abord leur confiance ; non pas celle de l'infatué qui croit savoir, mais celle qui se nourrit de l'assurance que les choses ne se passent jamais exactement comme on le veut, mais qu'elles n'ont jamais eu l'intention de mettre en défaut qui que ce soit et qu'il y a toujours une solution pour contourner ou même prendre appui sur l'obstacle qu'elles représentent tôt ou tard.
C'est ensuite la faculté que chacun d'entre eux a de collaborer sans déborder sur les compétences des représentants des autres corps de métier, sans en douter non plus, en maintenant la distance qu'il convient, sachant que leur actes ne sont pas indépendants, qu'ils concourent aux mêmes fins : ensemble et chacun séparément. Tout cela paraît évident,
Lorsque je compare leur travail, la façon dont ils l'abordent et les principes qui les animent, je me plais à imaginer que quelque chose de pareil pourrait animer le corps des enseignants, qui pâliraient de jalousie s'ils se penchaient sur l'efficacité des échanges de ces gens qu'ils disqualifient si souvent, sur leur bon sens aussi, non pas tant celui auquel on recourt idéologiquement pour recouvrir d'un voile nos ignorances, mais celui qui donne assez de jeu pour que la logique de nos actions puisse s'ouvrir à l'imprévisible.
Il faudrait exiger des candidats à l'enseignement qu'ils fassent un stage d'une année au moins dans le secteur de la construction, ne serait-ce que pour les garder de l'idée simpliste qu'ils se font de la connaissance comme empilement de briques, colportée depuis des lustres par les responsables de l'école obligatoire.

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Je retrouve pour la première fois cette année le sol des sous-bois, assez sec pour s'y asseoir, Oscar les explore. Et le calme revenant, je m'avise du rôle de l'appétit, de la soif, de la digestion, de l'oxygénation, de la marche, des saisons dans le fonctionnement de l'intellect, de tout ce que celui-ci aurait bien voulu se passer.
Reviens en pensant à cette phrase du prologue qui ouvre Les Neiges de Damas d'Aude Seigne que j'aurais la chance de rencontrer le mercredi 22 avril à Yverdon (Libraire l'étage) :

C'est un livre contre la dictature du sens et de la cohérence, contre l'obligation de conclure.

Propos décidé, qui semble répondre à une fringale et à un insatiable désir de totalité, provocation aussi à laquelle les plus solides d'entre nous pourraient souscrire, mais aussi les plus faibles ; mot d'ordre en forme de paradoxe, écrit par une jeune femme dans les premières années du XXIème siècle, mais qui aurait pu l'être également par un jeune Nietzschéen du troisième quart du XXème. Car enfin, cet énoncé, en vertu même du principe de réflexivité, ne permet pas de conclure, ni sur son sens ni sur sa cohérence.
En réalité, ce paradoxe est une épreuve. Faut-il tenir jusqu'au bout à cette logique qui n'en est pas une en s'y accrochant par souci de loyauté et renvoyer l'explication finale, la clé de voûte et la conclusion à plus tard ? Ou y renoncer séance tenante ?
La littérature, comme la philosophie, est tout à la fois un poison et un remède : poison pour les êtres faibles qui inventent des fables pour se convaincre eux-mêmes de l'impensable et obliger ceux sans lesquels ils seraient seuls à les suivre ; remède pour ceux qui sont en pleine santé, assez forts pour expérimenter une voie singulière au risque d'aller de ce pas vers l'insensé et l'incohérent. Sans conclure.
Dictature du sens soit, mais en quel sens, en sacrifiant les principes d'identité et de non-contradiction ? Ne pas conclure pourquoi pas, mais en différant le dernier mot de telle manière qu'on pourrait croire s'être débarrassé des fins une fois pour tout ? Voilà où j'en suis. Pas sûr que tout cela soit très sensé et cohérent.

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Je monte à la bibliothèque et réunis les éléments qui devraient constituer ce qu'on appelle pompeusement un dossier de presse en vue de l'événement qui aura lieu à Grignan en septembre. Là encore, je suis tenaillé par la crainte de faire faux.
Jardin en fin d'après-midi, je déplace les trois dernières lavandes, taille un lilas. Arthur rentre de ses deux jours de camping, Louise et Lili reviennent de chez Marinette. Ils ont faim, je fais bouillir des pâtes, râpe des carottes rouges et réchauffe les restes du gigot de dimanche. On parle des chamboulements que les prochains travaux vont amener dans la maison ; Sandra sourit, elle est un ange.

Jean Prod’hom

Grand beau

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Cher Pierre,
Grand beau ! C'est à plus de 9 heures que Mylène et Lili sortent le bout du nez de la tente où elles ont dormi la nuit passée ; pas de nouvelles d'Arthur, Louise fait un peu de guitare et Sandra se rend chez l'ostéopathe.

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Rougequeue à front blanc

Je télécharge VaudTax 2014 et le miracle a lieu : je récupère les données de la déclaration d'impôts 2013 et complète vite fait celle de 2014 avec la paperasse mise en tas dans un coin de la bibliothèque : tout trouvé! deux heures auront suffi. Si fier que je renvoie la vérification à demain.
Je déplace des lavandes en martyrisant quelques tulipes, termine Les Neiges de Damas au soleil dans le jardin, taille le pommier en espalier, dérive l'eau de la fontaine dans l'étang, suis les manoeuvres des oiseaux dans le chêne.
Louise et Lili dorment ce soir chez Marinette, on va manger au Chalet des Enfants ; confiants, on parle du chantier dans lequel il va nous falloir vivre cet été.
Il est 21 heures lorsqu'on rentre, Arthur nous envoie un message du fond des bois avec la photo d'un feu et celle d'un hamburger.

Jean Prod’hom

Sandra lit

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Cher Pierre,
Sandra lit, je parcours les dernières pages de L'Oeil de la terre quand Olivier téléphone. Je m'arrête à Chailly pour acheter de quoi accompagner le café qu'on boira sur la terrasse qu'il a aménagée en un lieu improbable : on aperçoit trois jeunes saules qui font leurs feuilles, la Vuachère, deux geais qui bataillent, un chêne qui tarde à mi-pente et les squelettes de feuilles que je ne reconnais pas. On fait un tour d'horizon. 

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Il y a foule au bord du lac, le niveau est bas, on espère trouver des trésors, ce n'est pas le cas ; ou d'une autre espèce, car Daniel Dunkel a passé par là, ou plutôt est revenu ; j'apprends en effet qu'il a déjà dressé une foule de cairns, il y exactement une année. C'est encore une foule qu'il fait voir, de la même famille que la précédente. Olivier me fait remarquer que pour chacun d'eux, c'est la dernière pierre qui importe, la tête donc, son équilibre, son inclinaison ; c'est elle qui fait comprendre les pierres qui la soutiennent. Simple mais pas facile.
Foule encore à Lutry : grillades, jeux de ballons, amoureux, bière, enfants. Monsieur Hulot a passé par là mais n'a laissé aucune trace, personne ne semble tenir son rôle jusqu'au bout. Tati décidément nous manque.
On s'assied sur un banc sans bien savoir s'il convient de rester ou de nous en aller. On finit par s'en aller, jusqu'au terrain de foot où l'équipe de Lutry, 5ème au classement de deuxième ligue affronte Echichens, 1ère. La violence qui affleure ne va pas jusqu'au bout. Tant mieux. On les quitte à la mi-temps. Je pensote sur le chemin du retour, il y a dans le mot épagomène un trésor qu'il faudrait filer comme les carriers le font du filon de calcaire argileux dans les sous-sols du désert des Chartreux, je vais peut-être m'en charger. Par en-haut ou par en-bas, comme eux,
Je mets au four un gigot, avec des carottes, des tomates et des pommes-de-terre, les enfants jouent dehors. Je passe une heure à la bibliothèque, je le soupçonnais, Echichens a battu Lutry un à zéro.
Après le repas, Sandra bosse au corrigé des exercices de physique du bouquin qui est chez l'imprimeur. Arthur a rejoint un copain à Ropraz. Louise et Mylène vont se coucher dans la tente que Sandra et les enfants ont montée cette après-midi dans le jardin. Je regarde le 2ème des 18 épisodes de la 5ème des 8 séries de Heartland avec Louise. A moi la nuit.

Jean Prod’hom


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Passepartout à Saillon

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Il n'y a pas que les oeufs de Pâques qui roulent au printemps. Sachez en effet que 17 coureurs du TCPM de Moudon se sont retrouvés à Saillon, la semaine passée, pour préparer la nouvelle saison de trial.
Les pilotes, âgés de 9 à 17 ans, ont roulé du mardi 7 au vendredi 10 avril, 6 heures chaque jour, sur le terrain mis à leur disposition par le Moto-Club de Fully. Le soleil valaisan était au rendez-vous.
René Meyer et Jean-Daniel Savary ont entraîné tout au long de la semaine les jeunes pilotes, Martine Rogivue s'est chargée de soigner les bobos et de réconforter les petits. Cette semaine aura été la meilleure façon de peaufiner l'entraînement hivernal à 15 jours de la première compétition de l'année. Malgré les différences d'âge et de niveau, l'esprit d'équipe a été excellent, plusieurs coureurs se sont même dits prêts à prolonger le séjour.
Les coureurs et leurs entraineurs remercient le Moto-Club de Fully qui a mis à leur disposition son site naturel, ils remercient également la commune de Moudon et les sponsors pour leur aide financière.
Si les coureurs ont travaillé dur, c’est parce que le début des compétitions approchent ; le samedi 25 avril, la commune de Savièse accueillera les trialistes pour la première manche de la Trial Swiss Cup. Quant à Ropraz, les bénévoles sont à pied d'oeuvre, c'est en effet le dimanche 3 mai que le TCPM organisera, pour la 30ème fois, sa traditionnelle course. A cette occasion, la compétition sera internationale ; on peut d'ores et déjà le confirmer, vous aurez la chance de voir à l'oeuvre Gilles Coustelier, coureur français multiple champion du monde. Venez nombreux!

Retrouvez les informations sur le site www.trial-moudon.ch

Jean Prod’hom

Je ne le dirai pas épagomène

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Je ne le dirai pas épagomène à strictement parlé, même si je sais que chacun de nos jours l'est, si on n'y prend garde, bien plus qu'on ne l'imagine.

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On a déjeuné à la véranda, Sandra et les enfants sont descendus au marché, j'ai rattrapé le temps perdu : rédaction du billet de la veille, envoi des photographies d'arrosoirs à Dominique, demande à Christine d'un modèle de dossier de presse. Je suis allé ensuite chercher mes deux paires de lunettes à Oron, j'ai acheté un gigot d'agneau ; puis coupe de cheveux chez Gremaud. J'ai fait quelques achats à la Coop pour ce soir, demain et après-demain, j'ai lu le journal au café de Châtillens.
Il est près de 16 heures lorsque je mets le feu aux dépouilles des tailles faites avant Pâques et que les enfants ont mis en tas à côté du hangar. A 18 heures tout est en cendres. Me reste à préparer le repas, à cocher ce qui n'est plus à faire et à ordonner ce qui l'est encore: rien de bien neuf.
N'étaient des soirées, des moments et des rencontres qui ne riment à rien, on serait, c'est sûr et sans le savoir, bien malheureux.

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Jean Prod’hom

C'est un livre...

Tessons Temps Prod'hom

Dominique Aussenac
Le Matricules des Anges 161 (mars 2015)

Lisbeth Koutchoumoff :
Le Temps Samedi Culturel ici et (15 novembre 2014)

Critiques littéraires du « Temps » (23 décembre 2014)
Palmarès ici ou

Michel Audétat (30 novembre 2014)
Le Matin Dimanche

Jean-Louis Kuffer (5 et 12 novembre 2014)
Mémoire vive (51)
Ceux qui ramassent des éclats de beauté


Philippe Dubath et Odile Meylan (29 novembre 2014)
24heures 1
24heures 2


Jean-Blaise Besençon
L’Illustré (7 janvier 2015)
Tête-à-tête

Littérature romande (6 avril 2015)
Entretien
Tessons

Pierre Bergounioux (12 février 2015)
Cher Jean

Nicolas Verdan (27 novembre 2014)
Terre et Nature

Etienne Dumont (11 décembre 2014)
Bilan

Alinda Dufey (5 décembre 2014)
Vigousse

Thierry Raboud (6 décembre 2014)
La Liberté (Fribourg)

Carine Delfin sur La 1ère (12 novembre 2014)
RTS

Geneviève Bridel
Le Journal du samedi (27 décembre 2014)
Quartier livres
3.35 - 5.30
La Puce à l’oreille (27 novembre 2011)

Elsa Duperray
La Puce à l’oreille (27 novembre 2011)

Denis Montebello (2 décembre 2014)
Le blog de Denis Montebello

Karim Karkeni (17 décembre 2014)
Sur Katchdabratch

Alain Bagnoud (21 novembre 2014)

Blog


Thomas Vinau (8 décembre 2014)
Facebook
Éclats de rien qui bout à bout forment le temps. Récolte insignifiante des petits morceaux de couleur dont plus personne ne veut. On ne répare pas les pots cassés mais on peut en faire des bouquets, des enfants, des questions.

Sylvie Durbec (22 novembre 2014)
Facebook
Lire Tessons de Jean Prod'hom, c'est marcher d'un pays à l'autre, d'une plage à l'autre, d'un Portugal aimé à une Bretagne retrouvée. Et les tessons s'entassent un peu partout dans la mémoire. Et ravivent le désir de poursuivre.

Claire Krähenbühl (17 novembre 2014)
Facebook
Tesson(s) s'ouvre comme une huître et la chair s'annonce savoureuse: "les belles histoires n'ont pas de fin". Pour vérifier, je cours à la dernière page et ça finit bien mais par une promesse. Ouverte. Rien ne finit jamais. On se penche, on ramasse, on touche, on écrit. "Les restes de la vaisselles du monde!" Reliefs. Bris qu'on empoche comme un marron. Brisures qu'on achetait gamines, les morceaux cassés des pièces à quinze (qui se souvient?) un cornet pour 10 centimes. Chutes de tissus, échantillons, lambeaux, brindilles, restes de restes, mots. Motifs.

Dany Schaer (20 novembre 2014)
Journal de Moudon
Echo du Gros de Vaud

Agathe Gumy
Aux 4 coins du Mont (février 2015)
Tête-à-tête

Alain Schafer (6 novembre 2014)
La Broye



PS
Mon rêve, moins ambitieux: que ce petit livre parvienne aux rivages bretons: Douarnenez, Paimpol, Saint-Guénolé, Roscoff,... Si vous en apercevez un dans une vitrine, avec la mer et le sable pour décor, faites une photo et envoyez-la-moi.

Jean Prod’hom

Réveil à 8 heures

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Réveil à 8 heures, je réunis mes affaires et pousse Édouard jusqu'à Viviers ; un café en ville, à deux pas du Grand Séminaire, avant de le déposer devant l'Office de tourisme, à l'extrémité du pont qui franchit le Rhône. J'apprends par le journal que le double de la grotte Chauvet sera inauguré aujourd'hui, une belle histoire qui se termine. J'emprunte l'autoroute jusqu'à Grenoble où je bifurque pour la Chartreuse ; aperçois les premières vaches de la saison dans un pré au-dessus de Saint-Laurent-du-Pont. 

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Je fais une première halte à l'entrée de la forêt domaniale de la Grande Chartreuse et du tunnel de Fouvroirie. J'y apprends que la porte de Jarjatte a été démolie en 1856, autorisant l'accès au couvent. Quant à la route qui longeait le Guiers mort elle a été abandonnée au profit d'un tunnel inauguré en 1995. Trois ponts franchissent la rivière en aval du barrage en bois qui fournissait, dès 1333, la force motrice aux martinets et aux soufflets des maîtres de forges du couvent des Chartreux. Le plus vieux des trois date de 1203.
Du patrimoine industriel dont les bâtiments ont abrité tout au long de l'histoire des scieurs et des travailleurs du fer, il ne reste que des ruines. On y fabriquait encore, il y a moins d'un siècle, des limes et des baleines de soutien-gorge, m'indiquent, en salivant, deux ouvriers qui fument des cigarettes dans un container. Ils travaillent pour une entreprise qui a loué l'une des immenses halles de ce complexe qui menace de s'écrouler.

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Quelques centaines de mètres en amont, la pierre est blanche ; j'entre dans une cour traversée par une double voie ferrée, étroite, propriété de la société Vincat, sise Tour Manhattan, Paris la Défense ; ça fait drôle de lire ces mots ici. Cette société exploite, sous les anciennes terres des Chartreux, la carrière souterraine de la Perelle. Un carrier, douché, frais rasé, m'apprend que les 30 ouvriers qui travaillent sur ce site sortent du fond d'une galerie de plus d'un kilomètre du calcaire argileux (70% / 30%), dont ils attaquent le filon depuis en-haut. Ils l'emmènent dans des wagonnets dans une usine située de l'autre côté de la rivière et en tirent du ciment prompt. Le carrier, qui n'est pas un mineur – régime des retraites oblige –, a terminé sa journée, il a commencé à 6 heures. 
Discute encore avec un passionné de chemin de fer industriel et son amie, il vient de Lyon, elle vient du coin. C'est sa passion, sait tout des mines et des chemins de fer, écrit dans des revues. Impossible de le retenir, inutile aussi, j'ai trop de questions, il me donne l'adresse de son site, j'irai voir. Nous ne pourrons pas entrer dans la galerie, mais le miracle à lieu, les portes d'acier s'ouvrent et deux locomotives miniatures sortent de la montagne, toute blanches, sans les 19 wagons chargés de ciment qu'elle tire parfois, mais avec un container jaune d'où sortent trois hommes souriants. 
Je fais une halte devant le grand Som pour manger un morceau. Reçois quelques messages de Sandra, je remonte désormais le Guiers vif. Me réjouis de tous les retrouver, elle, les enfants, Oscar. 
Col du Granier, Chambéry, Genève. La circulation me met à trois reprises de très méchante humeur; ça bouchonne à Aubonne, je passe par Lavigny et Bussigny ; ça bouchonne à Bussigny, je passe par Cheseaux ; ça bouchonne à Cheseaux, je passe par Morrens. Je retrouve en fin Sandra et les enfants, il est plus de 18 heures. Pas le courage de faire à manger, on va fêter nos retrouvailles au motel des Fleurs de Servion. Je reçois un mail de Françoise : Edouard est arrivé à Aiguebelle.

Jean Prod’hom