Nos vies seraient-elles désormais sans lendemain ?

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Nos vies seraient-elles désormais sans lendemain ?
Oui, en un certain sens.
Et pour autant qu’on ne cède pas au pire.

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Jean Prod’hom

Quelque chose n’a pas cru bon se mettre en branle

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Les bois, leurs lisières, les chemins et les rivières, mais aussi les fontaines et les clairières ne cessent de me convaincre, chaque fois que je m’y abandonne, couché, assis contre une souche ou un talus, sur la terre ou les mauvaises herbes, que quelque chose du monde n’a pas cru bon se mettre en branle, demeure en l’état, en un lieu d’où une partie de moi se serait pourtant échappée un jour pour aller de l’avant – Dieu seul sait où ? – et permettre à celle qui est restée en arrière de continuer à être, aux aguets, immobile, en retrait de ce qui advient ; en un lieu qu’une rumeur et une brise incessantes font frémir, en un seuil où cicatrise la blessure par laquelle un peu de moi s’est échappé naguère, avec dans la main un fil qui s’est fait histoire, mais dont l’examen m’a permis, en rêvant consciencieusement, de goûter à nouveau, plus tard, sans le trahir, au paradis qu’il m’a fallu quitter un jour.

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Jean Prod’hom

L’homme s’était fait tatouer toutes sortes de choses

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L’homme s’était fait tatouer toutes sortes de choses sur le corps ; sachez qu’on s’est croisé dans les vestiaires des bains de Lavey.

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Sur le haut du dos, un code-barres, le nombre 1926 et le nom de Naples ; je ne peux m’empêcher de lui demander le sens de ce rébus. Il s’agit, me dit-il, de la date de fondation du club de foot de sa ville d’origine. Serais-je le seul ignorant ? Non ! Sans compter, ajoute-t-il, que ce nombre est également le numéro postal de la ville de Fully où il s’est établi depuis quelques mois, si bien qu’il n’en finit pas de s’expliquer.
J’en profite pour m’enquérir de l’identité de l’indien ornant le biceps que j’ai sous les yeux. Il s’agit en réalité de Padre Pio, un prêtre capucin canonisé par Jean-Paul II, né entre Naples et Bari ; ce détail géographique me laisse songeur. J’hésite une seconde, avant de renoncer à lui demander des précisons sur l’indienne qui s’agite sur son bras gauche. Je n’en saurai donc pas plus, rien non plus sur l’identité de la demoiselle qui cligne de l’oeil sur sa cuisse droite, rien sur le sens des deux messages en caractères chinois qui descendent le long de sa colonne vertébrale, ni sur tout le reste.
Je n’aurai en définitive qu’un seul regret : le code-barres. Son relevé m’aurait certainement permis d’accéder à l’ensemble des contenus du bonhomme.

Jean Prod’hom


Il est sept heures

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Cher Pierre
Il est sept heures, nous longeons silencieux la moraine du glacier d’Aletsch, sur un sentier que l'homme, afin de protéger les alentours de ses excès, nous a interdit de quitter.

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Mais quelque chose apparaît soudain, en contrebas, sur un écran que le soleil a peint en blanc. C'est une biche, sur une sente moins marquée que la nôtre, qui s'attarde et que suit un faon, un peu tête en l'air. Ils croquent au soleil un peu d'herbe et quelques-unes des repousses de la forêt primitive, avant de rejoindre les coulisses et l'ombre.
Une vingtaine de bêtes se succèdent ainsi, elles s'immobilisent dans ce morceau de lumière que semble tenir à l'abri le grondement lointain d'un torrent. Ils défilent dans le même ordre : une biche que suit un faon puis, – c’est comme cela, je crois, qu'on les nomme – , une bichette ou un hère, qui passent puis s'en vont, sans se retourner, dans les jardins labyrinthiques d'un palais sans toit dont on ne voit bientôt plus que les colonnes tordues d'arolle et de mélèze, accrochées à la terre et enroulées à la pierre. Les bêtes vont dans un silence semblable au nôtre et on aurait voulu que le cortège ne s'arrête pas; mais cela devait arriver, la dernière bichette sort de l'écran, la forêt immense se referme sur un secret, on ne les reverra pas.
Quant au cerf qui règne sur cette harde, on se demande bien ce qu'il fait de ses jours et de ses nuits, tout l'été, seul et invisible.
Pas loin, les pieds de chat et le gaillet se perpétuent, colonisent la moraine du vieux glacier qui a fait son temps. Inutile d'applaudir, on ne restaurera ni les bisses ni le passé, ils ne reviendront pas.

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Aletsch, lente poussée d'une masse sèche qu'il est à coup sûr déraisonnable de vouloir rapporter ou mesurer à notre temps – on ne l'a que trop fait –, à moins que nous disposions d'un de ces morbiers oubliés dans une fermette en ruine du côté de L'Auberson.
J'aurais voulu plutôt, si les moyens m'en avaient été donnés, noter la lourdeur de cette bête, large et résolue, sur une portée qui aurait été au diapason du grondement des torrents qui tressent leurs rubans en bordure de sa langue ; une lourdeur qui abrase la pierre et les ans, une langue qui avance sans bouger, nonchalante, sans parade, pousse et dort à la fois.
Je ne noterai en définitive que le vent froid qui la tient éveillée, l'eau qui rigole sur son miroir.
Et ceci : on comprend mieux en pratiquant la bête, de loin et de près, l'allure primesautière des ruisseaux qui déroulent leurs caprices au large de nos maisons, en tenant embrassés, tendus, leur commencement et leur fin. Et on se réjouit que nos enfants leur ressemblent.
Il est, je crois, très utile de faire une retraite sur Aletsch, de surfer sur ce radeau qui file la meilleure pente ; elle aura à coup sûr la vertu pédagogique de ramener chacune de nos agitations à une crispation et chacune de nos vanités à de l'écume.
Amitié.

Jean



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Aletsch

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Aletsch, lente poussée d'une masse sèche qu'il est à coup sûr déraisonnable de vouloir rapporter ou mesurer à notre temps - on ne l'a que trop fait -, à moins que nous disposions d'un de ces morbiers oubliés dans une fermette en ruine du côté de L'Auberson.

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J'aurais voulu plutôt, si les moyens m'en avaient été donnés, noter la lourdeur de cette bête, large et résolue, sur une portée qui aurait été au diapason du grondement des torrents qui tressent leurs rubans en bordure de sa langue ; une lourdeur qui abrase la pierre et les ans, une langue qui avance sans bouger, nonchalante, sans parade, pousse et dort à la fois.
Je ne noterai en définitive que le vent froid qui la tient éveillée, l'eau qui rigole sur son miroir.
Et ceci : on comprend mieux en pratiquant la bête, de loin et de près, l'allure primesautière des ruisseaux qui déroulent leurs caprices au large de nos maisons, en tenant embrassés, tendus, leur commencement et leur fin. Et on se réjouit que nos enfants leur ressemblent.
Il est, je crois, très utile de faire une retraite sur Aletsch, de surfer sur ce radeau qui file la meilleure pente ; elle aura à coup sûr la vertu pédagogique de ramener chacune de nos agitations à des crispations et chacune de nos vanités à de l'écume.

Jean Prod’hom

Dans les éboulis

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Dans les éboulis qui jouxtent la villa Cassel,
à côté des épervières et des silènes penchés,
dans le soleil touchant, l'achillée erba-rotta au parfum de musc.

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Jean Prod’hom

Brelan

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Faire le mur,
l’amour, le mort.
Pas mieux.

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Jean Prod’hom



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Photo | Arthur Prod’hom

Nous autres sédentaires

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Nous autres sédentaires, nous nous déplaçons tout autant que les chasseurs-cueilleurs du Magdalénien. Mais nous ne le faisons pas sur un fil, nous oeuvrons pour un collectif qui assure notre survie.
Nous n’éprouvons que de manière lointaine, le soir venu, le soulagement de trouver un abri. On va et vient dans le brouillard, dans une sorte de nuit brownienne sans queue ni tête.
Nous demeurons pourtant à l’affût d’un peu de cette lumière qui suffit aux poussières, avec derrière la tête, ce rêve qui ne cesse de nous travailler, celui de trouver un gîte, de l’eau et un peu de repos à l’ombre d’un merisier.

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Jean Prod’hom

Tu me conseillais de ne pas insister

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Tu me conseillais de ne pas insister,
et de me réjouir de ceux qui ont trouvé une place : faucons, galets, raiponces.
Je le concède aujourd’hui, ce n’est pas si mal.


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Jean Prod’hom

De la salamandre qu’on admirait sur son épaule

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De la salamandre qu’on admirait sur son épaule,
il ne resterait bientôt qu’un hématome,
un hématome chronique.

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Jean Prod’hom

Elle avait levé la tête hors du cambouis

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Elle n’avait levé la tête hors du cambouis qu’à la fin de sa vie, pour constater, en souriant, qu’elle était un peu perdue. Elle ne savait ni nager ni voler, ni détaler comme le lièvre, ni battre des ailes comme le papillon. Elle parlait peu, se tenait aux aguets, aussi bien de ce qu’elle avait sous les yeux que ce qui passait dans le lointain. Elle allait et venait, dedans et autour de chez elle, des pas lents qui étaient comme le pas d’une danse. Lorsque je lui rendais visite à la belle saison, elle cueillait des petits fruits ; lorsque le bol était vide, je m’en allais. Elle avait, hiver comme été, tant à faire avant la nuit : regarder, écouter, ranger, faire encore ce qu’elle avait toujours fait, s’endormir, puis se réveiller.

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Jean Prod’hom


Inutile de vouloir fixer le milieu

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Inutile de vouloir fixer le milieu
dans lequel les choses apparaissent et disparaissent.
Il est, suivant leur lenteur, ces choses qui vont, viennent et s’effacent.

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Jean Prod’hom


PS
«... on pourrait parler de la photo comme d’un nouement et d’un dénouement simultanés : nouement, parce que l’image se saisit en une seule fois de plusieurs temporalités : dans un simple portrait, par exemple, où le regard, photographié depuis son retrait à l’intérieur de l’ici/maintenant incontestable de la pose, suscite toujours la divergence d’un futur. Et dénouement, parce que l’image apparaît en même temps comme l’unique résultat possible de ce concours de temporalités, et comme l’apaisement des tensions mêmes qui l’habitent. »

Jean-Christophe Bailly, L’Instant et son ombre

En gardant un secret

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En gardant un secret, nous lui donnons
l’occasion d’aller plus loin ; en l’accompagnant d’une mélodie,
nous lui offrons une portée réelle.

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Jean Prod’hom

Averse de lumière

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Averse de lumière,
ombres portées.
Persiste l’écho immobile de ce qui passe.

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Jean Prod’hom



PS
«Ce que l’on devrait se demander devant l’immobilité ou le suspens de l’image, c’est : de combien de temps une photographie se souvient-elle ?

Jean-Christophe Bailly, L’Instant et son ombre

Un prénom et un nom

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Un prénom et un nom,
deux dates, tenues à distance
par un trait d’union. Juste assez.

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Jean Prod’hom

Battre les cartes de ce qu’on pressent

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Battre les cartes de ce qu’on pressent, lui donner forme,
et place et lumière. Faire feu de tout bois, de ce qui est, de ce qui n’est pas.
Pour le reste, se fier au principe des vases communicants.

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Jean Prod’hom

Campagne perdue

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Pour Stéphane Goël

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Campagne perdue.
On reverra néanmoins tout ce qu’on a vu ;
le poète aussi, qui reviendra comme un cheveu sur la soupe.

Jean Prod’hom

Le XIXe siècle a rapatrié la gourmandise

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Le XIXe siècle a rapatrié la gourmandise du côté des vertus, l’assassinat
du côté des beaux-arts, l’escroquerie du côté des sciences exactes.
Aux XXe et XXIe siècles le soin de terminer le travail.

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Jean Prod’hom

Le lecteur en sait tout autant que l’auteur

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Le lecteur en sait évidemment tout autant que l’auteur.
Mais s’ils veulent en être assurés un jour,
l’un d’eux se doit de prendre les devants : le plus impatient.

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Jean Prod’hom

Marges

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Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges 169 (janvier-février 2015)

Lisbeth Koutchoumoff :
Le Temps Samedi Culturel ici et (19 novembre 2015)

Critiques littéraires du « Temps »
L'année 2015 des livres: nos 10 coups de cœur (28 décembre
2015)
Rétrospectives

Michel Audetat
Le Matin Dimanche (6 septembre 2015)

Jean-Louis Kuffer (8 novembre 2015)
Le Matin Dimanche

Thierry Raboud
Quotidien de la Liberté (31 octobre 2015)

Philippe Dubath (18 novembre 2015)
24 heures

Karim Karkeni (24 novembre 2015)
Radio Vostok

Jean-Louis Kuffer
Ceux qui écrivent dans les marges (4 octobre 2015)
Ceux qui font attention (8 octobre 2015)
Tessons de rentrée (15 octobre 2015)
Mémoire vive (92) (9 novembre 2015)
Passion de lire (18 novembre 2015)

Alain Bagnoud (9 novembre 2015)
Blog d’Alain Bagnoud

Dany Schaer (10 décembre 2015)
Journal de Moudon
Echo du Gros-de-Vaud

Céline Prior (janvier 2016)
Terre et nature

Dimitri Pittet
La Broye (10 septembre 2015)

Collègues écrivains (16 décembre 2015)
La Gazette, média de la fonction publique n°266

Frédéric Rauss (18 décembre 2015)
Lesmarges.net (in Les joies du père)