Monika Langhans | Widblumen

Beaucoup de gens de ma génération ont jeté la boîte à trésors de leur enfance au prétexte qu’elle pèserait trop lourd lorsque viendrait le Grand Soir. Ce geste un peu fou – de couper les ponts et jeter par-dessus bord le gros de ce qui nous a fait – aura eu le mérite, le moment venu, de nous obliger à recueillir avec le plus grand soin ce qu’on avait laissé échapper sans le vouloir : un matin gris, un parfum de cannelle, une petite luge, ce qui reste lorsqu’on n’a plus rien. On s’avise alors que le jour ne se lève qu’avec le jour qui se couche ; certains bonheurs tiennent tout entier, en hiver, en la résurrection du printemps. Tout ne serait donc pas perdu, il serait temps encore de rassembler les minutes égarées qui sont parvenues jusqu’à nous.
Voilà ce à quoi m’ont fait penser ces Wildblumenlues ce matin avant d’aller me promener du côté des Censières. Un petit livre dans lequel Monika Langhans se promène dans le Jorat une valise à la main, entre bois et clairières, fleurs et poèmes. On se souvient avec elle de ce qui n’est plus : cultes, pintes, épiceries, jardinets, dentelles, soie et taffetas – mais aussi peines et fléau. Et onseréjouit de ce qui demeure : le cerisier en fleurs dans le miroir de la fontaine, les nuages dans celui d’une flaque, les balsamines et les petits fruits, le noyer dans le pré. On y respire, le long de poèmes à pente douce, l’odeur du foin, de la terre et des sous-bois, on y goûte la simplicité des jours aigres-doux.

 

Monika Langhans, Widblumen
Fleurs sauvages and a little bit of prose
La Brodeuse de mots, 2018

Gif | 12 juin 2018

Cher Jean,

Ton tour est donc venu d’être « rayé des cadres », selon la formule un peu brutale qui est d’usage, ici. Ce peut être un moment difficile. On perd soudain l’assise, l’occupation, la justification que procure un métier. Heureux, alors, les illuminés qui sacrifiaient, en marge, à temps perdu, à diverses lubies, récoltaient des débris, gribouillaient, niaisaient  et fantastiquaient. La transition entre l’avant et l’après s’en trouve facilitée.

La France est en proie à un orage ininterrompu depuis un mois. On ne compte plus les appareils électriques foudroyés, les arbres abattus, les chaussées coupées, les zones inondées. Il y a même eu des morts.

Bonne retraite. Amitié.

Pierre

 

Riau 7.3.1

Riau Graubon / 14 heures

Mêlée d’humains
ruelles étroites
voix des oiseaux
les enfants s’emparaient des rues
tous les sons et toutes les couleurs se fondaient
toutes choses semblaient éparses

Françoise M

Des voix et des couleurs
étroitement apparentées,
le divers dans une boîte,
Intrigue et amour pour une revue littéraire.