Juillet 2022

Merci à Florence Grivel de s’être penchée un instant encore sur quelques-uns des restes de la vaisselle du monde.


Retour là où ça a commencé : août 1988, Kerity, Finistère.
Nouvelle pêche ce soir, mais aussi, certainement, dernière pêche. Plus personne n’a confiance en l’océan ; on ne le nourrit plus. On lui préfère les déchèteries. Et c’est effroyablement triste.


Audierne


Si familière et si incertaine, l’île de Sein.
Sur laquelle je termine La Déménagerie (Jean-Loup Trassard), celle de la tribu des Fourboué de la Mayenne à la Sarthe, terres toutes proches et pourtant, elles aussi, si lointaines.
Avec l’impression très nette que certaines îles et les mondes paysans emmènent notre avenir, intact. Rien ne serait donc perdu ?


Ombre à Porz Even


La Loire en amont de Nevers. Près de Decize. Encore inconnue.


Une merveille !
« C’est point qu’il était savant, le grand père Alexandre, il n’avait sûrement pas le certificat, je ne lui ai pas demandé, je ne sais même pas s’il en était question dans ce temps-là, mais il savait faire attention.
Oui, observateur, on peut dire comme ça. Alors je croirais bien qu’il voyait des choses que les autres, même mon père qui était son gars, ne voyaient pas, ils ne s’intéressaient pas. Il me disait : « Regarde ! » La différence entre des feuilles de bourrier qui se ressemblent et pourtant ne sont pas la même plante, la couleur des œufs dans les nids, un poil de lièvre accroché à une ronce, ou que j’seu t’i.
Il m’a appris à regarder. Après, bien sûr, avec le travail qui presse, on n’a pas toujours le temps, mais maintenant je reviens à faire attention, j’ai le temps. Oui, enfin… faut que je me dépêche quand même ! Mais, c’est vrai, maintenant que je suis arrivé dans ses âges je pense à mon grand-père, plus qu’avant. »


Parenthèse

Daniel Maggetti
La Veuve à l’enfant
Éditions ZOE
2015

Dès la première page, on fait la connaissance d’Anna Maria, une veuve qui maraude pour nourrir Pierino, son petit-fils – tous deux relégués au fond d’une vallée sans âge, au sein d’une communauté prise dans un roncier de passions, embarrassée par d’anciennes dettes et un passé qui ne passe pas. 
Mais on fait aussi la connaissance, dès cette première page, de don Tommaso Barbisio, un cavalier dont le visage nous est dérobé, un lettré d’Italie mis au ban du monde civilisé, un habile théologien réduit par sa hiérarchie, en raison d’amitiés suspectes, au rôle subalterne de curé dans un renfoncement des Alpes. 

*

Une page a suffi pour que ces deux mondes entrent en contact ; ils se frôleront jusqu’à la fin, sans jamais pourtant échanger leurs attributs. Car la montagne que don Tommaso Barbisio découvre dans ce coin des Alpes n’est pas celle à laquelle il a été initié, celle des psaumes et des verts pâturages dévalés avec ses amis séminaristes ; elle n’a pas non plus la saveur du lait que d’aimables paysans leur servaient dans leur petit palais où ils se retiraient parfois. 
La montagne de La Veuve à l’enfant n’a en effet pas la transparence de l’air, du ciel et des torrents ; ce n’est pas la montagne des romantiques mais celle de novembre et de la Toussaint, des pierres grises, des ravins et des eaux limoneuses ; c’est la montagne des chicanes et des infortunes, des arriérés, des coups durs et des vengeances ; c’est une montagne noire et muette qui fait taire l’éloquent théologien, l’enfant chéri de Rome, le commentateur émérite des Pères de l’Église promis aux plus hautes fonctions, un peu artiste un peu poète, amateur de littérature, de musique et de soutanes bien taillées, qui sera condamné, pendant l’année que durera son exil, à manger des châtaignes et des noix, à dormir sur une housse de chanvre grossier, remplie de feuilles sèches, dans une cure glaciale que le soleil ne réchauffe pas.
Si le théologien survit, c’est parce que, curieux, il devine les événements qui structurent et cimentent la vie de cette communauté paysanne, les noeuds qui tout à la fois la divisent et la rassemblent. Il usera de tout son temps pour éclairer l’histoire de ce collectif d’un autre âge, fouiller les registres de la paroisse et recopier les informations qui y dorment depuis plus de deux cents ans. Il en esquissera le contour et en lèvera les secrets, comblera ses silences. Il s’informera auprès d’Anna Maria, de son petit-fils et de leurs ennemis pour documenter l’histoire locale, à laquelle se mêle la grande histoire, celle de l’essor industriel du XIXe siècle, de l’exode rural et de l’émigration.
La Veuve à l’enfant c’est, entre histoire, récit documentaire et roman, le compte-rendu d’une parenthèse, au milieu de laquelle un lettré, en réalité analphabète, réapprend à lire en faisant un détour dans un monde qui n’est pas le sien mais auquel il s’attache. Chemin faisant, il se dévoue à sa tâche – messes, baptêmes, fêtes votives, enterrements, mariages – et, lorsque le printemps puis l’été s’installent, il célèbre avec empressement et ferveur la fête de la Madone du Carmel. 
Le lecteur songe alors qu’un nouveau roman va naître, que les ennemis de toujours vont se réconcilier, que la communauté va s’apaiser et le curé se convertir ; il se prend à espérer que cette parenthèse ne se refermera pas, que don Tommaso Barbisio prolongera son séjour et acceptera ce monde où l’horizon disparaît derrière les montagnes mais où l’existence s’ouvre à une verticalité insoupçonnée, sans fard, pleine de beautés et d’aspérités, d’amour, de rudesse et de violence, que le théologien lettré s’était contenté de lire dans les tragédies grecques. 
Don Tommaso Barbisio comprend alors qu’il existe là, dans ces communautés oubliées, une autre spiritualité où on ne s’ingénie pas à déguiser les choses sous des sentiments avouables, une spiritualité plus ouverte et moins prévisible que celle des rites étroits auxquels il ne croit plus, une spiritualité qui réconcilie bêtes, hommes, livres et musique, sur une terre faite de soleil d’or et de soleil noir, où la lumière croît et le relief s’adoucit au printemps.

*

Mais don Tommaso Barbisio reçoit au lendemain de la fête de la Madone du Carmel une lettre de libération ; son exil s’achève et il s’en réjouit. Déception du lecteur tandis que le curé prend congé d’Anna Maria. Le roman reprend pourtant ses droit lorsque celle-ci lui confie son petit-fils, pour le soustraire à la vie qui lui est promise et lui offrir la possibilité d’en écrire une autre. Le théologien accepte, réitérant ainsi le geste dont il fut autrefois le bénéficiaire et qui lui permit d’échapper à sa destinée en accédant à cette seconde famille que fut l’Église. 
Don Tommaso Barbisio et Pierino partent tous les deux le 16 octobre ; le premier laisse derrière lui les maisons de pierre, les clochers mal bâtis et les fondrières qui lui ont enfin donné l’occasion de prendre conscience de l’étendue de ses naïvetés et de ses ignorances. Quant à Pierino, il quitte les chaînes qui le liaient à son passé. 
Mais cet abandon obligera le petit homme à faire à son tour un pas de côté et à ouvrir demain une parenthèse, celle qui lui permettra de remettre la mains sur ce passé dont nous avons à nous affranchir pour accéder à la liberté, mais avec lequel nous avons rendez-vous, pour renouer avec notre provenance et les circonstances qui nous ont vu naître, pour nous en émerveiller et y consentir. Comme don Tommaso Barbisio et l’auteur lui-même dans son retour au pays natal. 

Juin 2022

Au milieu des oeuvres perdues, de la mémoire et du présent, Judith Schlanger continue à répondre à des questions réelles en même temps qu’improbables : Mon identité, demandait-elle en 2019, se confond-elle avec le cours de ma vie ? Comment comprendre que je suis et ne suis pas ma vie ?

« Maintenant ne se confond avec rien d’autre et pourtant j’y retrouve aussi le goût d’autres moments de conscience, de spectacle et de jugement. Comme tout présent, maintenant se tient au bord de l’inconnu, mais ce n’est pas en soi une expérience inconnue. Je ne sais pas où cette seconde me mène, mais je le reconnais et m’y reconnais. 
Et parfois la distance me découvre encore autre chose. Il m’arrive d’avoir accès à quelque chose qui est plus basique que le biographique ou le psychologique, quelque chose de secret et de discontinu qui est le pur mental, la conscience impersonnelle, le sujet au-delà du sujet. C’est une instance indifférente à mes intérêts et pourtant attachée à moi par une même pure et vive inertie d’être qui nous maintient… elle n’existe pourtant que tant que je vis » au milieu des oeuvres perdues, de la mémoire et de l’insaisissable présent au milieu des oeuvres perdues, de la mémoire et de l’insaisissable présent.

Fin de journée au Riau.

Fête de la poésie et de la musique à La Sarraz.

Ramasseur de graines solitaire, guetteur des bêtes, apprenant à connaître les règnes et le vent avec mes cinq sens dans un vaste jardin, quelques prairies, j’ai l’impression d’avoir commencé par être, petit, une sorte d’homme préhistorique.

À l’ouest du Riau.

Mit Yves Raeber in Schaffhausen

Le 30 juin 2022, nous sommes allés, Yves Raeber et moi, parler de Novembre et de traduction à des élèves du gymnase de Schaffhouse. Je n’avais pas parler allemand depuis des décennies. Je m’y suis risqué :

 

Liebe Schüler,  

Mein Name ist Jean Prod’hom, ich wohne in Le Riau Graubon, einem Weiler in der Nähe von Lausanne, in einer ländlichen Gegend. Wie Sie festellen werden, habe ich nur in der Schule Deutsch gelernt, es ist summarisch… was ich heute bedaure.
Die Schule ist mir jedoch nicht fremd, denn nach einer klassischen Schullaufbahn und einem Studium der Philosophie und Literaturwissenschaft an der Universität Lausanne, habe ich etwas mehr als 30 Jahre lang Französisch für fünfzehn – und sechszen-jährige Schüler unterrichtet. 
Ich war, so glaube ich, ein gewissenhafter, aber rebellischer Lehrer. Ich hatte die geheime und hartnäckige Hoffnung, die Waadtländer Schule zu verändern, sie lebendiger und aktiver zu machen. Und so, von einem zum anderen, die Welt zu verändern. Mit einem sehr sehr, sehr fragwürdigen Erfolg. 

*

Das wurde mir, im Jahre 2008, im Alter von 53 Jahren, bewusst. 
Damals ahnte ich, dass ich, wenn ich auf diesem Weg beharrte, von hypothetischen, tiefgreifenden sozialen Veränderungen träumte und mich ausschließlich der Schule und den Schulkindern widmete, nicht nur Gefahr lief, in Missgunst zu verfallen, sondern auch etwas Wichtiges zu verpassen : mein eigenes Leben.
Als Antwort auf diese sehr reale Gefahr habe ich begonnen, täglich in einem Blog zu schreiben, um mir einen Raum für Ausdruck, Reflexion und Entdeckung zu schaffen. 
Ich muss betonen, dass ich zu keinem Zeitpunkt meines Lebens das Lesen und das Schreiben verehrt habe, ich habe sie nie als Zweck betrachtet, sondern als Zugang zum Leben, das uns immer wieder entgleitet. Ich schreibe also heute nicht aus Berufung. Und wenn das Lesen und das Schreiben für mich wesentlich geworden sind, dann sind sie es wie ein Stock für einen hinkenden Menschen. 
Das Schreiben ermöglichte es mir, dem Arbeitsleben, dem ich den Großteil meiner Zeit widmete, zu entfliehen, um zu schauen und zu atmen, in die Fülle meines Lebens eine kleine Leere zu graben.
Ich lernte damals, auf diesem Weg, dass das Leben nicht nur ein harter Kampf gegen das Vergehen der Zeit und den Tod ist, sondern auch etwas Einzigartiges und Unbekanntes, von dem ich fast nichts wusste.

*

Zufällig schlug mir ein Verleger, der die täglichen Texte las, die ich in meinem Blog veröffentlichte, und insbesondere die Texte, die sich auf die Geschirrstücke bezogen, die ich seit 30 Jahren am Wasser sammelte, vor, ein Buch über diese Reste des Weltgeschirrs zu schreiben. Wird es Tessons sein, das 2015 erscheint.
Zwei Jahre später beschloss ich, in den Vorruhestand zu gehen, um noch mehr Zeit für das andere Leben zu haben, das sich neben meinem Berufsleben abspielte.
Ergebnis ? November ! geschrieben und veröffentlicht im Jahr 2018. 
November ist die Erzählung dieses ersten Jahres im Ruhestand, in dem ich mich von der Welt zurückziehe, ohne mich jedoch von ihr abzuwenden ; von der ich mich entferne, um sie zu beschreiben, um eine Existenz, eine Form, einen Sinn und eine Schönheit zu finden. Eine Welt, in der ich mich bewege, an die ich gebunden bin und von der ich abhänge, eine Welt, von der ich mich eines Tages lösen muss, die ich denen überlassen muss, die nach mir kommen : die Orbe-Ebene, seine Bewohner, das Seeland, seines Tiere, das Einzugsgebiet der Aare, ihre Vergangenheit, ihre Zukunft.

*

Aber auch wenn sich November um die Region Seeland dreht, dreht diese Erzählung sich auch um den Tod eines Freundes. Und es ist die Erwartung dieses Todes, die die Macht hat, den Realitäten, die sich präsentieren, eine weniger sichere, zerbrechlichere und geheimnisvollere Existenzweise zu verleihen. 
So sehr, dass mir bei mehreren Gelegenheiten die Zuckerrüben und Findlinge als voll von persönlichem Leben erschienen .
November ist also kein dokumentarisches Buch, das die Wahrheit über eine Region Sager würde, und auch kein Buch über Metaphysik, Philosophie oder Weisheit. Es ist vielmehr ein Buch, das es mir ermöglicht, die Welt, die mich umgibt, und die Menschen, die sie bewohnen, zu entdecken und entdecken zu lassen, ohne dabei zu dick aufzutragen, so dass dieses Buch keine Gewissheit gibt. 
Dieses Abendteuer und dieses Buch haben mir (und vielleicht dem Leser) Möglichkeit gegeben, meinen Blick auf Dinge zu erneuern, die mir zu vertraut geworden waren, ihnen ein Leben zurückzugeben, selbst den trivialsten Dingen, und ihnen so eine Zukunft zu bieten.

*

Über die Tätigkeit des Übersetzens, möchte auch ich zwei oder drei Wörter sagen.
Denn Schreiben in dem Sinne, wie ich es verstehe, ist bereits Übersetzen. Es bedeutet, die Empfindungen, die ich hatte, die Beobachtungen, die ich gemacht habe und die Ereignisse, an denen ich teilgenommen habe, mit Wörter und Sätze zum Ausdruck zu bringen. In diesem Sinne ist November eine Übersetzung.
Aber November ist nicht die Übersetzung einer zwölftägigen Reise durch das Seeland, Wort für Wort, Schritt für Schritt ; November ist nicht das Aufschreiben von Notizen, die ich mir täglich gemacht hätte, oder die rückblickende Niederschrift dessen, woran ich mich erinnert hätte.
Denn dass es zwei Dinge gibt, zwei Arten des Seins, die so verschieden sind : das, was man erlebt hat, das Unmittelbare, und das, was man später darüber sagt, den Text, den man daraus macht. Und der Übergang vom einen zum anderen, seine Übersetzung, zwingt oft zu Umwegen, die den Schreibenden von dem, was er vor Augen hat, wegführen, ihn aber am Ende wieder dorthin zurückbringen.

*

Ich möchte als Beispiel einen Moment erwähnen, den ich erlebt habe, und die Umwege, zu denen er mich gezwungen hat.  (150-154).

*

Es ist der 13. November 2017. Seit sechs Tagen bin ich unterwegs. Ich war am Morgen in Portalban und komme mittags in Salavaux, am Ende des Murtensees an. Ich bin etwas müde, sodass ich einige Minuten auf einer Brücke halte, von wo aus ich Folgendes beobachte :

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Ich dachte nicht viel nach. Bis ich den Fluss erkenne. Läuft mir ein unmerklicher Schauer über den Rücken : Oh, die Broye hier ? Wie wir uns wiedersehen ! Wo bist du hingegangen ? 
Nichts mehr. Also ich drehe mich um und erblicke eine Baustelle :

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Mammutarbeiten, die mich stutzig machen und von denen ich ein Foto mache. 
Ich atme tief durch, stehe auf und, entlang des Murtensees, gehe weiter. Bis Sugiez.
Am Abend, auf der Terrasse der Pizzeria Bella Italia mache ich mir ein paar Notizen auf meinem iPad, denke an die Minuten auf der Brücke, notiere, wie glücklich ich war, als ich die Broye erkannte, und lege das Foto von der Baustelle beiseite. 
Dann schaue ich auf einer Karte nach, suche die Broye und entdecke, dass die Petite Glâne in der Nähe der Brücke mündet ; ich hatte sie nicht gesehen, aber ihre Anwesenheit regt meinen Appetit an. Ich esse und gehe zu Bett. Meine Reise wird noch sechs Tage dauern.
Beachten Sie, dass ich das Datum des Brückenbaus (1897) nicht notiert habe, einfach nur weil ich es nicht bemerkt habe. Dieses Datum, die Brücke und der Stahl hätten mich interessieren und meine Reise neu ausrichten können, und mehrere Aspekte dieses Buches verändern können. So war es nicht. Weder Brücken noch Stahl werden im November erwähnt.

*

An alle diesen drei Punkten, Glück, Baustelle und Petite Glâne, werde ich in den nächsten Monaten, nach meiner Rückkehr, arbeiten. 
Zunächst, werde ich versuchen, das Glück, das ich auf dieser Brücke empfunden habe, in Worte zu fassen. Um diesem Augenblick eine Form zu geben, werde ich zu den Quellen des Flusses zurückkehren, der an meinem Haus vorbeifließt, und seinem Lauf bis zur Broye folgen. Nach Lucens werde ich auch den Ort wiederfinden, an dem sich die Broye meiner Kenntnis entzieht und ihr Leben, ohne mich, lebt.
Zweitens, werde ich mich mit dieser riesigen Revitalisierungsbaustelle beschäftigen. Ich werde nach Salavaux zurückkehren, um mit den Arbeitern sprechen, mich für die Budgets interessieren, die Anwohner befragen und weitere Revitalisierungsgebiete ausfindig machen, die ich an anderer Stelle im Buch erwähnen werde.
Drittens, werde ich den Fluss Petite Glâne hinaufgehen, von der Brücke bis zur ehemaligen landwirtschaftlichen Siedlung Payerne. Dort werde ich im alten Obstgarten eine Birne marodieren. Ich werde  auch über diese Kolonie lesen, über die Trockenlegung der Sümpfe und die ersten Rübenpflanzungen, die ich im vierten, fünften und neunten Kapitel des Buches erwähnen werde.

*

Sie werden es verstanden haben : ich habe all dies und noch viel mehr gesammelt. Ich habe auch viel weggeworfen. Einige Sachen habe ich an anderer Stelle in der Erzählung neu verteilt. Bis zu dem Punkt, an dem jedes einzelne Kapitel und die Gesamtheit der Kapitel für mich stimmig waren. Als alles seinen Platz hatte. 
Das bedeutet, dass dieser Bericht, der zwölf Tage dauert, in Wirklichkeit der Bericht einer Reise ist, die zwölf Monate dauerte. Zu Fuß, im Auto und im Zug. Er wurde durch Notizen, Lektüre, Fotografien, Begegnungen und Überlegungen genährt, die alle Umwege sind, um das wiederzugeben, was mir widerfahren ist, aber auch das, was ich entdeckt habe : das Einzugsgebiet der Aare, Rüben, Sümpfe, Zement, Gefängnisse, Stieglitze, Kalkstein… 
Von den zwei oder drei Minuten auf der Broye-Brücke und den Umwegen, zu denen sie mich gezwungen haben, sind mir vier Seiten geblieben, mit Einige Echos in anderen Kapiteln des Buches. Diese vier Seiten geben am besten wieder, was ich erlebt habe und sagen am genauesten, was ich schliesslich sagen wollte. Es ist zu viel und zu wenig, aber ich konnte es nicht besser machen.

Mai 2022

JEAN-LOUP TRASSARD sur l’herbe, au bord de mer ou dans les combles.
Deux petites poches à ma culotte courte. De l’une je sortais pour le regarder l’objet parfait et énigmatique. J’étais sur l’herbe de notre pré, celui qui touche le jardin, où sont quatre poiriers à cidre, et j’avais ce souvenir du lointain. Absolument mystérieux. Bleu assez pâle, ou surtout terni par l’usure. Un coté bombé, l’autre moins, c’était presque rond. Rencontré entre vagues et plage… je me souviens que je ne savais plus… pas une pierre ou alors très riche, pas un coquillage malgré formes, couleurs, nacres versés sur le sable par le bord agité de la mer où je n’entrais pas. Dans ma paume cette presque boule usée, c’était parcelle de l’inconnu sans contours que je tenais. (Tardifs instantanés)


La ferme, le balai, quelques jours dans l’Aubrac, le traquet, le joug, le travail des bœufs, le fumier, les chemins. Avant qu’on n’y comprenne plus rien.

Grignan -Sauzet : 2 – 1


Valréas


TRUINAS | sacristie : … ce que le soleil m’a laissé, la nuit


Au Riau / Grande Chélidoine


Pourquoi les traits d’un paysage finissent-ils par tant s’accorder ?


Au Riau / Sceaux de Salomon


Mélique / Avenue de l’Ancyse / Bagnols-sur-Cèze


Grillon


Vie du poème

Dans sa Vie du poème, Pierre Vinclair pointe du doigt les dangers qui menacent les hommes lorsqu’ils demeurent aveugles au double mouvement de leur existence. 

Car nous ne sommes en vérité pas un mais deux, jetés dès le commencement hors de nous-mêmes : dans le monde et dans la langue. Et ces deux modes d’existence ont des effets considérables sur nos vies, puisqu’ils donnent l’occasion à l’immédiat et au disparate, dont nous faisons continument l’expérience, de renaître et de reparaître dans une poignée de mots, capables de leur donner forme, tonalité et cadence.

Mais si la langue met ainsi à notre disposition un véhicule capable de nous faire toucher du bout du doigt le monde, en lui offrant un lieu où faire halte, une page où surgir, la langue peut aussi nous en éloigner et nous l’aliéner à jamais.

C’est dire que la tâche de l’homme est délicate, puisqu’il lui revient de dire le monde, non pas celui qui fut ou l’immuable, le monde perdu ou qui ne sera pas, mais le monde tout proche, celui qui vient à nous et auquel on s’ouvre ; le monde qui n’est pas encore et que nous balbutions, que nous cherchons à faire nôtre et à partager en l’offrant et en le soumettant à nos proches ; le monde qui sans cesse prend les devants et auquel nous mêlons nos pas ; le monde qui nous affecte, celui de nos attachements et de nos dépendances, mais aussi celui du tout-venant, celui sur les rives duquel nous accostons au réveil et dans lequel nous vivons aux aguets, jusqu’au soir, dans sa parution et sa nomination.

Monde-poème, à l’équilibre fragile et mesuré, créé pas à pas et mot à mot, sans cesse renouvelé, repris et relancé. Et nous au milieu. Ici en deux et à l’avant de soi.

En lisant « Vie du poème », j’ai plus d’une fois pensé à André du Bouchet.

Avril 2022

Forel-Lavaux


Bretonnières

Jaunes et en concertation :
primevères, ficaires, dorines et populages.
Qui dit mieux ?

Etienne Barilier revient dans un récit lumineux,
à bonne distance des croyants menacés par la crédulité
et des athées par les platitudes,
sur son héritage de fils de pasteur
et sa rencontre rédemptrice
avec une femme catholique.

Poulailler
à Croy

Au Riau


Quelque chose comme ça…

Détours
(élargir les seuils)

OUVERTURE
Au bois Vuacoz
Au café de l’Univers 
À l’atelier 

DÉCOUVERTE DU MONDE
Naissance à Riant-Mont
Extension du quartier
Alexis Muston à Lausanne

COLLECTIFS 
Dimanche aux Trois-Rois
John Nelson Darby
Retranchements
Alexis Muston et les collectifs

SOLITUDES
Nuit à Salanfe
Lectures et balades
Affranchis et pêcheurs
Alexis Muston et la solitude 

LA VIE LA MORT
À la table de douanier
Au diable les vocations
Alexis Muston, l’apologiste des détours

JOURNAL DE BOURDEAUX

ALBUM

DETTES

Mars 2012

L’homme aurait-il pris de réelles mesures
si ses activités avaient conduit à un refroidissement
plutôt qu’à un réchauffement climatique ?

Au Riau

Au Riau / l’étang / débâcle

Au Riau / l’étang / œufs pochés de têtards

Décembre 2021


Vœux de l’an neuf.
Rien ne s’additionne.
Nous recommençons toujours.



Au Riau

Il y a un seul plaisir,
celui d’être vivant,
tout le reste est misère.

Cesare Pavese
16 septembre 1946
Au Riau

La poésie naît […] des instants où nous levons la tête
et où nous découvrons la vie avec stupeur.
(La normalité, elle aussi, devient poésie quand elle […] devient prodige.)

Cesare Pavese
16 avril 1940
Au Riau

Les choses gratuites
sont celles qui coûtent le plus.
Comment cela ?

Elles coûtent l’effort
de comprendre
qu’elles sont gratuites.

Cesare Pavese
21 janvier 1940
Au Riau

On comprend par là
pourquoi l’adolescence
est grande matière à poésie.

Elle nous apparaît à nous – hommes –
comme un instant
où nous n’avions pas encore baissé la tête
sur nos occupations.

Cesare Pavese
16 avril 1940


Les Granges

Il faut se détacher de tout,
pour se rapprocher de tout.
Jouir de chaque chose de manière profane
mais avec un détachement sacré.
Avec un coeur pur.

Cesare Pavese
3 juillet 1948
Une mort qui n’est pas tout à fait une mort

Octobre 2021

Cueillette de Toulon arrivée par le train


Les Orgires


Traversée du Journal de Charles Juliet

Lorsque la pensée (celle de l’intellect) a découvert l’étendue de son impuissance, ne lui reste qu’une issue : s’annihiler, faire silence. Et c’est alors qu’il devient possible de prêter attention au murmure.



Traversée du Journal de Charles Juliet

Eh bien, disons que l’authentique, ce pourrait être en nous cette zone intacte qui semble n’avoir jamais été altérée, viciée, contaminée, qui semble avoir échappé à toutes les formes de conditionnements, d’influences, d’imprégnations. Ce lieu proche et impénétrable où rayonne l’origine. Ce lieu d’avant le temps où l’être se tient hors du temps, où la voix clame l’élémentaire, l’évidence, l’anonyme. Un visage, un corps, un paysage, des formes, un poème, un objet, des rapports de couleurs, des sons… peuvent donner la sensation de la beauté, mais la beauté, on la porte en soi, quand l’être est un, calme, clair, et que l’énergie déferle en refluant sur elle-même.


 
Impossible de ne pas s’émouvoir !
Sauvé pour 1 euro à La Paillette (Drôme)


Traversée du Journal de Charles Juliet
 
Si à cet instant, par impossible, on m’administrait la preuve que Dieu existe – ou n’existe pas – je n’en concevrais aucune joie – ou aucun désespoir – et ma vie ne changerait pas d’un iota.
 
(Voici des années que je cherche à comprendre, à articuler ce qui se présentait à moi en termes contradictoires : d’une part, la nécessité de toujours mieux se connaître, d’aller vers une lucidité toujours plus aiguë, et d’autre part, le fait que cet ineffable auquel on aspire ne peut éclore que lorsque l’être n’est plus scindé entre cet oeil et ce qu’il observe.)
 
Le plus souvent, nous répugnons à vivre ce que nous ne serons pas en mesure de convertir en savoir.
 
Nous franchissons un petit col et entamons une longue descente par une route étroite et sinueuse. De temps à autre, en contrebas ou sur l’autre versant, nous entrevoyons une ferme. (Dans cette contrée de la Drôme, je découvrirai le lendemain que, le plus souvent, elles sont abandonnées ou déjà en ruine.)
Région pauvre et austère. Tristesse, sentiment de solitude, tandis que la nuit tombe, qu’il souffle un vent assez violent, qu’il fait un froid vif.
Bram est de plus en plus inquiet, car nous nous sommes égarés. Et aucun panneau indicateur. Et personne à qui demander notre route. Après avoir erré et tourné dans des cours de fermes inhabitées, enfin nous arrivons.
Le repas et la soirée dans la cuisine de cette ancienne ferme, près de la cheminée où brûlent de lourdes bûches. Bram fatigué et silencieux. André du Bouchet, la parole rare et abrupte.

Peu de paroles furent échangées, mais il régnait une bonne atmosphère et je me sentais bien.
Va bientôt respirer à nouveau !



Traversée du Journal de Charles Juliet

Depuis l’adolescence, le besoin ne m’a pas quitté de partir en quête de ce que j’ai perdu sans avoir possédé.

… à force d’oublis, de refus, d’aveuglements, nous parvenons fort bien à nous ménager un havre où nous pensons être en sécurité, à l’abri de la menace. De longues années peuvent s’écouler ainsi sans que nous ayons aucunement conscience de nous être soustraits à ce qui est le lot de notre condition. Mais parfois, il arrive que le havre ne protège plus, et c’est le drame. Tout se passe alors comme si la vie avait à se venger d’avoir été initialement trahie.
 
Être. Vivre. Qe mettre en ces mots ? Quelle réalité recouvrent-ils ? Aller vers la vie, en premier lieu, c’est s’appliquer à détruire. Détruire ce qui a envahi l’être et le brouille, l’altère, l’obscurcit. Détruire ce qui entrave sa racine. Mais qu’est-ce que la racine de l’être ? Et quelle est cette part en lui, qui ne se laisse ni circonscrire ni atteindre, mais qu’il brûle de rejoindre, et où il pourra enfin déposer les armes et s’abandonner ? Car ce n’est qu’en elle qu’il trouvera la paix, deviendra capable de consentir à la vie.

Il suffit de bien peu pour que notre vie intérieure soit réduite au silence. Mais lorsqu’elle se fait entendre, pourquoi parle-t-elle d’une voix étouffée ? Et pourquoi poser des questions dont je sais qu’elles sont sans réponse.
 
Traversée du Journal de Charles Juliet
 
 
J’ai écrit ce poème il y a déjà plusieurs années après avoir lu une étude sur la physiologie du cerveau. Il était dit dans cette étude que pendant les derniers mois de la vie intra-utérine, le cerveau enregistre l’état de total bien-être dans lequel se trouve l’embryon. Par la suite, il semblerait que des adultes en gardent le souvenir, ce qui entretient en eux le désir de retrouver cet état en même temps qu’une insatisfaction profonde… Il pourrait se faire que la nostalgie de ce paradis perdu ait en nous une origine anatomo-physiologique.
 
Ce désir de pendre le large ne m’a jamais quitté, et les fantasmes qu’il n’a cessé d’engendrer ont bien sûr évolué avec les années. Ils naissent de mes désirs, mes blessures, mes avidités, mais quelques grands vivants rencontrés au hasard de mes lectures n’ont pas manqué de les vivifier d’un sang plus intrépide. Mus par des forces auxquelles ils ne pouvaient s’opposer, ils avaient rompus les amarres, étaient partis pour ces ailleurs dont ils espéraient qu’ils les délivreraient d’eux-mêmes.
 
L’ai-je déjà noté ? Je ne sais plus. Pour rien au monde je n’aurais voulu avoir une enfance protégée, et maintenant, avec ce que je sais, je me réjouis d’être passé par les enfants de troupe. Ce que j’ai vécu au cours de ces années m’a enrichi. m’a donné une bonne expérience de la vie. Parfois, je rencontre des êtres qui ne sont d’ailleurs pas sans avoir de solides qualités, mais je perçois en eux un manque. Il leur manque d’avoir souffert.
 
Je n’ai jamais lu Rimbaud.

Le plus souvent, nous sommes scindés – une part de nous-même observe l’autre, la surveille, la contrôle, la réprime – et pour cette raison, nous ne pouvons connaître le limpide et tranquille bonheur de l’innocence, de la spontanéité, de l’abandon.
 
Au début, dit-on dans le Zen, les montagnes sont encore des montagnes. Par la suite, les montagnes ne sont plus des montagnes. Dans un troisième temps – quand on s’est unifié, puis-je ajouter, qu’on adhère pleinement à soi-même – les montagnes sont à nouveau des montages. Au demeurant, lors de la deuxième phase, quand les montagnes ne vous apparaissent plus comme des montagnes, c’est alors que vous vous demandez si vous ne courez pas le risque de perdre la raison.


 
Traversée du Journal de Charles Juliet


Je est un autre. Cette formule de Rimbaud, elle a souvent occupé ma pensée, mais je n’arrive toujours pas à saisir ce qu’elle peut bien signifier. Dans la mesure où nous sommes souvent scindés, souvent deux – l’être social et l’être intérieur, le moi et le soi, celui qui observe et celui qui est observé, celui qui juge et celui qui est jugé… – , si l’une de ces parts s’exprime en disant je, l’autre ne se reconnaît pas dans ce qui est exprimé, et peut-être alors se trouve-t-elle fondée à penser : ce je qui parle est autre que ce que je suis.
Si souvent, si souvent, nous avons ce sentiment d’être en complet décalage par rapport à ce que nous énonçons.
Comment peuvent cohabiter en moi candeur et lucidité ? Timidité et accès d’audace ? Apparent conformisme et inapaisable révolte ? Vie distanciée et adhésion ? Inclination au retrait et spontanéité ?
J’observe souvent le fonctionnement de ces dispositions contraires, et non moins souvent, je demeure perplexe.
Ces pré-pensées, ténues, fragiles, inconsistantes, qui ne parviennent pas à coaguler, qui disparaissent sitôt apparues, elles manquent par trop de vigueur pour que la conscience les enregistre. Ce sont pourtant elles qu’il me faut chercher à capter.
J’ai été longuement rongé par la nostalgie des ailleurs. J’aurais voulu prendre le large, aller là-bas, aller au loin, là où j’aurais trouvé cette paix qui m’était refusée. Je ne songeais pas à gager tel pays particulier. En réalité, je n’avais d’autre désir que de fuir. Fuir la vie que je menais, fuir celui que j’étais. Comme s’il était possible d’échapper à soi-même. On court au bout du monde avec l’espoir que tout sera changé, que la vie pourra repartir sur de nouvelles bases. Mais rien n’est plus faux. On se retrouve inévitablement face aux problèmes qu’on avait cru laisser derrière soi. Avec en plus la déception de reconnaître qu’on s’était illusionné, que le changement escompté ne s’est pas produit.
J’aurais voulu partir mais je ne suis pas parti. Je n’ai d’ailleurs pas eu à en décider. J’ai dû simplement renoncer à m’évader, dû me résoudre à demeurer là où il fallait affronter celui que j’étais. Sans que je me sois rendu compte, j’ai été embarqué dans un voyage radicalement différent de celui auquel j’avais rêvé. Aussi ai-je été long à comprendre ce dont il s’agissait.


Traversée du Journal de Charles Juliet


« Ces grands brûlés de l’être » a écrit Thierry Metz. Ceux qui doivent affronter en permanence « une inépuisable, inexorable absence ». Il était l’un de ces brûlés et j’aimais ce qu’il écrivait. Il s’est donné la mort il y a trois jours.
C’est si vague. Cependant, ce fut toujours là, dès mon adolescence. Une insatisfaction. Une attente. Un fond, un besoin d’immensité, de complétude, d’absolu. D’où le désir de rejoindre cet ailleurs où je pensais trouver ce qui me manque. Tout cela informulable, mi-conscient mi-inconscient, mais qui est toujours à me titiller, ou me ronger, ou me harceler. A ce mini-magma s’ajoute une nostalgie. La nostalgie de cet état de prodigieux bien-être éprouvé pendant les trois derniers mois de la vie intra-utérine et dont mon corps garde sans doute l’obscure mémoire…
En raison de cette attente, de cette tension, je ne suis jamais totalement engagé dans ce que je vis. Je le vérifie surtout quand j’écris. Je me donne sans réserve à mon travail. Pourtant, une part de moi demeure à l’écart. Lorsque j’en prends conscience, cette désunion m’est douloureuse.
Le plus souvent, nous n’avons pas conscience que nous existons sur deux plans. Deux plans qui peuvent n’avoir rien en commun.
Il y a ce que nous faisons, ce que nous disons dans le monde visible. Et il y a dans le même temps ce que nous pensons, ce qui agite notre réalité interne, ce qui éventuellement nous obsède. Entre les deux, entre le visible et l’invisible s’étend parfois un abîme, et cet abîme nous le franchissons en un une fraction de seconde dans un sens comme dans l’autre. Lorsque nous retrouvons le visible après l’avoir oublié et nous être éloigner pour dériver fort loin, il arrive que nous ayons de la difficulté à y reprendre pied.
Il faut toute une vie pour apprendre à se connaître, apprendre à vivre, et quand nous pouvons tirer parti de cette connaissance, de ce savoir, il est trop tard. Mais la vie est ainsi faite. Elle s’achève par où elle devrait commencer.
Traversée du Journal de Charles Juliet


J’aime ces instants où la pensée triture ce qu’elle ne sait exprimer. Elle malaxe, le distend, le clarifie, cherche l’angle par lequel s’en saisir, accepte les mots qui se proposent tout en sachant qu’ils ne conviennent pas. Du moins sont-ils une première approximation, une première ébauche de cet informe qui commence à prendre forme. Après, il faut encore préciser, resserrer, affiner. Puis quand la forme recherchée a été trouvée, les phrases mises au point sont parlées mentalement. Si elles sont prises dans un bon rythme, alors le travail cesse.
Quand on écrit, les subtils réglages auxquels on doit se livrer pour bien positionner ce point de perception et être en mesure de produire un texte susceptible de s’adresser tant aux entrailles qu’à la tête du lecteur.
 
En schématisant, on pourrait écrire ceci : les êtres qui auraient profit à ce qu’on les éclaire sur les difficultés qu’ils se préparent, sont précisément ceux qui ne peuvent entendre ce qu’on aimerait leur dire. A l’inverse, ceux auxquels on peut parler librement de tout ce qui les concerne, sont en général suffisamment ouverts à leur intériorité pour qu’on n’ait rein de décisif à leur apprendre sur eux-mêmes.

 
 
Traversée du Journal de Charles Juliet

Une photo en couleur de Giacometti en train de peindre. […] Il était occupé à réaliser le portrait de Jacqus Dupin, celui qui a le mieux parlé de lui et de son oeuvre. Le poète relate la manière dont il procédait. « Il obtient que la forme naisse de son indécision. Comme si elle répondait à un appel plutôt qu’à une injonction […]. Le portrait se construit, se détruit, s’édifie par sa contestation incessante. »
D’une part, notre vie triviale, répétitive, ennuyeuse, bornée par la mort, d’autre part notre nostalgie de l’immense, de l’éternel – nous effectuons si souvent le voyage de l’une à l’autre.
 
Quand je sui présent à moi-même, je suis également présent à ce qui m’entoure, capable d’observer ce qui s’offre à ma vue. En fait, le regard intérieur et le regard qui se pose sur l’extérieur fusionnent, s’alimentent l’un l’autre. Souvent ils ne sont qu’un seul et même regard, lequel ne peut avoir qu’une seule et même vision.
 
J’avais la nostalgie des ailleurs, non le désir de voyager. Ce qui me tenait, c’était le besoin de m’enfouir en moi, de me ménager un recès, de m’y blottir, et là – silence, solitude, concentration – j’aurais joui pendant de longs moments d’une incomparable félicité.


 
Traversée du Journal de Charles Juliet


Tout me prouvait que je devais me montrer raisonnable et suivre la voie qui m’était tracée, mais il y avait en moi quelque chose d’essentiel qui allait mourir. Instant crucial, déchirant.
Pendant dix ans, alors qu’elle vivait dans un pays étranger, puis en France, elle s’est consacrée à ses trois enfants. Pris par son travail, son mari était toujours absent. Pour elle, dix années d’ennui, de solitude, de souffrance. Rien de spectaculaire, et bien des femmes ont dû connaître une même existence. Mais ces années ont failli la briser.
 
Mâcon. Une rue du centre-ville. Il est minuit. De l’autre côté de la rue, un homme ivre, appuyé de l’épaule contre l’angle du mur, essaie vainement d’introduire la clé dans la serrure de sa porte.
Un instant, j’ai été cet homme ivre qui ne pouvait entrer chez lui.
 
Peut-être puis-je rendre compte ici de ce qui, à l’époque, en dépit de tout et au rebours de toute vraisemblance, cohabitait dans mon réduit intérieur : d’une part, j’étais au plus bas, épuisé, incapable de surmonter la détresse dans laquelle j’étais enlisé. D’autre part, j’avais la farouche conviction que rien ni personne ne pourrait me faire dévier de ma voie.
Une journée vécue sous le signe du disparate.
Goethe : « A partir du moment où l’on s’engage vraiment, la providence se met en mouvement. Toutes sortes de choses viennent à l’aide qui ne se seraient pas produites en d’autres circonstances, tout un courant d’événements imprévus, de rencontres et une aide matérielle que personne n’aurait pu prévoir. Quoi que vous fassiez ou rêviez de faire, commencez-le. L’audace a son génie, son pouvoir, sa magie. »

Septembre 2021

Au chalet Caroline et Juste Olivier

Chez François Bertholet, où se sont retrouvés jadis Olivier, Lèbre, Monneron, Vinet…

Encore là !

Pas de Lestang et restes de l’étang (Drôme)

Temple de Bézaudun (Drôme)

Bonne pioche chez l’ancien maire : photo du temple de Francillon détruit en 1947 (Drôme)

La Fondoresse (Drôme)
La Fondoresse (Drôme)

Houblon chez André du Bouchet à Truinas (Drôme)

Sacristie de l’église de Truinas (Drôme)

Col de Lacroix (Hautes-Alpes)
Archives de la Tavola valdese à Torre Pellice (Piémont)

Bonne pioche !
Bonne pioche !
Entre Saint-Jean (Luserna) et La Tour (Torre Pellice)

la Conca del Prà (Piémont)

Monte-Viso depuis le Galibier

Août 2021

« Lesen hilft, wandern auch. Wer November liest, tut beides. » (Yves Raeber)

Arrière-été, mêlés, Balsamine et Silène blanc

Port d’Hergiswil / Nidwald / Lac des Quatre-Cantons

De retour du festival du Toûno. Merci à Michèle, Marlène, Nicole, Claude et les autres.
Echappée belle lundi à l’alpage de La Lé, en fleurs innombrables et solitaires, puis à la buvette du Petit Mountet face au Grand Cornier, à la Pointe de Zinal et à bientôt feu son glacier

Mont Durand depuis La Lé

St-Luc / Torrent des Moulin

Une Anémone des Alpes, belle, indifférente, en marge du Festival du Toûno.

Knautie et Grande Lysimaque

Juillet 2021

Joux et Brenet de La Dent de Vaulion
Lotier corniculé

Caille-lait jaune (Gaillet vrai) et Achillée millefeuille
après le passage du bétail
sous la Dent de Vaulion

Léman et Évian du col de Pierra Perchia
Apollon entre Saint-Luc et Chandolin
Illgraben
Grande Cariçaie
au-dessus de Cheyres : 430.62
Truinas, avril 1999

Juin 2021

Premières méditations

 

« Le paradis est dispersé sur toute la terre.
C’est pourquoi nous ne le reconnaissons plus.
Il faut réunir ses traits épars. »

« Das Paradies ist gleichsam über die ganze Erde verstreut
und daher so unkenntlich etc. geworden
– Seine zerstreuten Züge sollen vereinigt –
sein Skelett soll ausgefüllt werden.
Regeneration des Paradieses”

 

Entre Murist et Treytorrens

 

Combe des Amburnex

 

Au camping

 

Mai 2021

Pervenches

Samedi 22 mai à 11 heures et 15 heures | Morges
Espace 81 et Cellier de l’Hôtel-de-Ville à Morges
Quinzaine poétique organisée par Poésie en Mouvement

Buffet de la gare à Grandvaux

Campagne perdue – campagne retrouvée

Préalpes