Le parc de l’Elfenau

Bienne / 15 heures

L’hôtel de Macolin est bien visible depuis le Florida ; je vais rôder après avoir déjeuné au pied du Jensberg et dans Studen que traversent l’autoroude et la ligne de train Bienne-Berne. J’aperçois le nom de Petinesca à la sortie du bourg, j’imagine qu’on y expose des fibules de l’âge du bronze et des restes de la vaisselle romaine ; je fais demi-tour, c’est en réalité une pizzeria qui propose des cordons bleus et des fondues chinoises à volonté.
A l’extrémité de la clairière serrée entre deux bras du Häftli un cabanon pour les membres du club de Hornuss de Büren, plus loin une tour d’observation qui plonge sur la réserve, grandes eaux immobiles et grises sur lesquelles le ciel a mis du bleu, entourées de roseaux, d’aigrettes et de canards.
Café à Brügg. Je longe le canal Nidau-Büren – jardins ouvriers, industries, friches, villas – jusqu’à l’embouchure de l’ancienne Thielle que je suis jusqu’au centre de Nidau ; des employés de commune réalisent de gros travaux de stabilisation des berges rongées par l’eau.
Il fait froid, je traverse le joli parc de l’Elfenau avant de rejoindre la gare du funiculaire qui me mène à Macolin d’où l’on voit bien ce à quoi obéit le paysage : les Trois-Lacs, le Jensberg, le Schalterain, le Vully ; la vallée de l’Ancienne Aar de Büren à Meienried, Lyss et Aarberg ; l’entaille d’Hagneck. Le funiculaire et le train me ramènent à Brügg, la Nissan à Corcelles.

Seeteufel

Studen / 16 heures

Dans le petit lac du Florida, une ribambelle de canards d’espèces différentes, des flamands roses sur la rive opposée, le jour baisse. Les tractations qui occupent les premiers m’échappent : ils se poursuivent, tendent des pièges, disparaissent, se trahissent, plongent, réapparaissent, pincent leur voisin, filent, reviennent avec d’autres. Leur nombre diminue pourtant de ce côté-ci du lac, je les imagine tirer les rideaux à l’autre bout, où ils semblent avoir aménagé un dortoir, et glisser leur tête sous leurs plumes, si bien que lorsque l’obscurité est faite le lac est désert.
Pas longtemps, leurs yeux comme les miens s’habituent, les lumières provenant du restaurant éclairent les alentours d’une nuit de pleine lune, les voilà tous de retour sous les baies vitrées, une centaine glissant comme des ombres, ou taches blanches immobiles sur le lac immobile.

Dans le restaurant du Florida, du monde installé autour d’un jardin de palmiers et de plantes exotiques, musique d’ambiance. L’équipe offre à Madame et Monsieur une table avec nappage blanc décorée avec amour et illuminée aux bougies, et trois roses rouges qu’ils pourront emporter ; une coupe de champagne et des petits salés en attendant les plats qu’ils auront choisis sur une carte des mets en forme de baiser, servis sur une assiette en forme de cœur.
J’ai droit de mon côté à une serviette jaune canari et à un set de table sur lequel est représentée une petite île circulaire, 30 mètres de rayon peut-être, qui se dresse à une dizaine de mètres au-dessus de l’océan, couverte de palmiers au pied desquels rampent des arbustes quinteux et rouillent de grosses pierres ; le ciel est bleu, on aperçoit à l’horizon quelques lambeaux de nuages roses, difficile de savoir s’il s’agit du matin ou du soir, je pencherais pour le matin. La photographie est prise d’une plage dont on ne voit qu’une étroite bande de sable rose ; l’eau n’est guère profonde, on devrait pouvoir passer à pied de l’un à l’autre, si n’était entre eux un double texte, en allemand et en français, dont je transcris le second :
Le produit Florida Öko Power-Food est conçu pour les fleurs et le potager. De très haute qualité, il est issu des restes de nourriture de notre restaurant. D’un dispositif simple et de peu de frais en main d’œuvre, il est naturel, il peut être utilisé comme engrais organique. En l’achetant vous contribuez à la protection de la nature et redonnez de précieuses substances nutritives, vitamines, minéraux et oligo-éléments à la terre. Dans un emballage cadeau pratique.

Bibliothèque

Riau Graubon / 19 heures

La villa de Boscéaz s’étend sur une terrasse au centre d’un domaine de 400 mètres de côté, limité par un mur le long duquel s’élèvent des bâtiments : habitations, hangars, greniers, écuries, ateliers. Au centre de ce qui ressemble à un palais, une cour dallée entourée d’un portique à colonnade avec au milieu un jardin et une fontaine.
Suite à son abandon, les vestiges de la villa de Boscéaz ont servi de réserve de pierres, sont devenus la hantise des agriculteurs qui endommagent le soc de leur charrue ; en automne 1845, lorsque Albert Jahn dégage lors de fouilles privées deux mosaïques, l’une d’elles est attaquée à coups de pioches les mois suivants, celle du labyrinthe remblayée est oubliée ; on la redécouvre en 1930 en mauvais état, elle est aujourd’hui abritée dans un pavillon.
Des lignes noires parallèles et concentriques dessinent un labyrinthe entouré d’une muraille surmontée de créneaux stylisés, coupée par quatre portes et appuyée sur quatre tours d’angle. Le motif du labyrinthe est curieusement traité puisque nul n’a besoin de fil pour quitter l’antre du minotaure, il suffit de suivre le chemin, pour autant qu’il y ait une sortie.

 

Ch. Bétrix a réalisé en 1845 une lithographie d’ensemble du labyrinthe de Boscéaz. Les auteurs du petit guide consacré à la villa d’Orbe remarquent que, si un point de départ figure bel et bien sur la copie, on n’aperçoit curieusement aucune sortie ; le graveur l’a peut-être omise, mais elle aurait pu exister dans la partie détruite.
Je parie sans prendre de gros risques qu’elle existait bel et bien, je parie également que le point de départ ne se présentait pas comme Bétrix l’a représenté – l’original d’ailleurs le démontre. Il a suffit au mosaïste d’ajouter un rang à l’un des quartiers, de réduire ipso facto la longueur des parties, de ménager une entrée et une sortie. Merci Arthur !

Sources | Laurent Flutsch et compagnie,
La villa gallo-romaine d’Orbe-Boscéaz et ses mosaïques, Pro Urba, 1997

Moille-aux-Blanc

Riau Graubon / 13 heures

Le colonel Friedrich Schwab (1803-1869) a le temps, n’a du titre que le nom ; son père lui a remis une fortune amassée au Portugal grâce au commerce des indiennes ; il siège au conseil municipal, chasse et se passionne dès le milieu des années quarante pour l’Antiquité, pour son compte, sans trop se mêler à la communauté scientifique.
Mais Friedrich Schwab ne collecte pas seulement des objets préhistoriques, il entasse des tableaux, des vases de prix, des vitraux, des objets provenant du trésor de Bienne rachetés en 1798, des bahuts, des armoires, des vieilles armes entassées dans sa maison, dans un désordre qu’on n’imagine pas. Schwab achète la collection dont Emmanuel Müller veut se débarrasser en 1856 ; entrent alors dans son bric à brac plusieurs dizaines de récipients en terre cuite, une centaine d’épingles, des couteaux en bronze, des armes,…
Si l’homme est fier, refuse de collaborer avec Napoléon III et de lui vendre ses trouvailles, Schwab essaime : il offre certains de ses objets au Musée de Saint-Germain-en-Laye, au British Museum de Londres au Rheinische Landesmuseum de Trèves.
En 1865, il lègue à la Ville de Bienne sa collection d’armes préhistoriques, de parures et d’outils domestiques que lui et ses pêcheurs ont tirés des sites lacustres des Trois-Lacs. Plus de 4500 objets dont il a échangé les doublons avec d’autres passionnés européens. Avec pour condition que la Ville n’en cède aucun et la complète. Les âmes pieuses prétendent que, s’il s’en sépare, c’est pour qu’ils soient exposés et contribuent à l’édification de la population biennoise, et plus particulièrement à l’éducation de sa jeunesse. Schwab ne publiera jamais rien sur ses collections.
La Ville de Bienne accepte le cadeau mais peine à trouver un lieu où l’exposer, la population montre peu d’intérêt à s’engager financièrement pour l’édification d’un musée. Pour compléter la somme nécessaire à son financement, on pioche dans les 60 000 francs donnés par Schwab, destinés à l’acquisition de nouveaux objets et au salaire du concierge. Si l’on sait que la Société agricole de Witzwil dans laquelle une partie de cette somme fut engagée fit faillite en 1879, on comprend que le projet ait mis du temps à aboutir.
La Commission du futur musée, contrairement à la volonté de Schwab, projette de compléter ses trouvailles préhistoriques par des objets appartenant au patrimoine de la Ville de Bienne, des animaux naturalisés et des fossiles, la bibliothèque morale et philosophique de la ville, des monnaies, des tableaux si bien que, malgré l’interdiction qui figurait dans son testament, la Commission se trouve dans l’obligation de mettre aux enchères publiques les objets préhistoriques dont elle veut se débarrasser.
On pose la première pierre du musée en 1871 et on l’inaugure en 1873, il est plein à ras bord avant son ouverture ; bientôt viennent s’ajouter les portraits des Princes-Evêques, des mâchoires de requins, des vieilles horloges, des instruments de musique, des fossiles, le crâne d’un Indien Dakota, des squelettes d’animaux, un herbier, des dents de mammouth. Il faut agrandir, l’histoire du musée Schwab c’est l’histoire d’une extension qui n’aura jamais lieu.
Un débat démarre dans les années 30 autour ; l’idée d’un musée biennois du patrimoine est fustigée par Werner Bourquin au prétexte que l’amoncellement d’objets ne fait qu’encombrer les lieux et provoque un ennui sans borne. Au contraire, continue Bourquin, des musées spécialisés, centrés sur des domaines bien délimités, l’archéologie par exemple ou les Beaux-Arts, auront du succès.
Renoncer à certaines collections permit donc de remédier au manque de place, on utilisa des caves privées, des salles de l’Hôtel de Ville ou les combles des écoles pour les stocker, dans des conditions si précaires que certaines collections feront le délice des écoliers, des objets seront endommagés, empruntés, perdus. Ils seront réinventoriés en 1976, une nouvelle fois stockés, transférés, cédés lorsque cela se peut à titre de prêt permanent.
Depuis, toutes les collections ont fait l’objet d’une saisie informatique, elles sont désormais en lieu sûr dans les dépôt de biens culturels du Battenberg, une ancienne installation de protection civile, sous surveillance et dans des conditions climatiques optimum.
En 2012 le Musée Schwab intègre la Fondation Neuhaus ; les deux institutions fusionnent sous le nom de NMB. Cette nouvelle unité intègre la collection Robert, les collections historiques de la ville, la collection Karl et Robert Walser et celle du colonel Schwab confiée à la Fondation Neuhaus à titre de prêt permanent.
Je suis allé hier au NMB. Les quelques objets ramassés par Schwab et ses pêcheurs qu’on peut y voir ne se trouvent plus dans les deux étages du bâtiment construit pour ses collections, mais dans un espace réduit, au rez de la maison Neuhaus. Pas sûr que le colonel eût été très content.

PS
Victor Gross, un médecin de la Neuveville veut se débarrasser d’une collection de plus de 10’000 objets préhistoriques ramassés après la correction des eaux du Jura. L’homme qui se consacre exclusivement au commerce en vend à tort et à travers, à des privés et à des musées français, britanniques, allemands. L’université de Princeton au New Jersey lui achète un lot de 2000 pièces. La Confédération ne veut pas demeurer en reste, en 1884 elle lui achète 8277 objets qui finiront au Musée national suisse à Zurich.

Les fouilles à titre privé ont été interdites en 1873, mais pour financer les fouilles, les ventes d’objets se poursuivent, il y a décidément de la réserve.

Sources | Musée Schwab, Albert Hafner, Nicole Jan, Antonia Jordi, Margrit Wick-Werder, NMB, 2013

*    *
*

Un député raconte en 1835 avoir entendu répondre à un maître d’école ayant demandé à un élève où Jésus-Christ avait été crucifié : à Bethléem dans une étable.

Quai du Bas 45

Bienne / 15 heures

La prière cette nuit
sera mon seul propos.
Car je l’ai accompli,
car je l’ai bien gardé,
ce jour ; je peux me reposer.


Robert Walser, Gedichte 1909
Au bureau, Zoé, 2009
traduction Marion Graf

Si les musées dédiés à l’histoire et aux civilisations permettent de réfléchir, comme l’écrit le directeur du NMB en 2012, à notre condition humaine et à notre positionnement au cours de l’histoire, ma visite de ce matin m’aura confirmé dans l’idée qu’on ne se presse pas au portillon : personne quand je suis arrivé à 11 heures, personne lorsque je suis parti à 15 heures, ni au musée Schwab ni au musée Neuhaus.
J’y apprends au passage que le père du colonel Friedrich Schwab, David a fait des affaires au Portugal avec des indiennes. Le fils n’a pas eu besoin de travailler. Il siège au Conseil municipal, chasse et étudie l’Antiquité ; il paie des ouvriers à la journée pour pêcher des objets lacustres, rachète la collection de l’antiquaire Müller de Nidau – récipients, épingles, couteaux… En 1861 il engage un cantonnier à l’année pour extraire les objets du fond du lac. L’homme a sa fierté, il refuse en 1863 de travailler pour Napoléons III, ou de lui vendre sa collection ; mais l’homme est généreux, il met à disposition de l’empereur certaines armes pour que ses archéologues puissent en faire des moulages. Schwab et ses ouvriers collecteront plus de 4500 objets.

Retour à 17 heures par Studen qui ne ressemble décidément à rien, par Aarberg – les fours sont éteints –, par Salavaux où les digues de la Broye sont levées ; je fais quelques courses à Avenches, passe à la laiterie de Corcelles et prépare le repas.

Bibliothèque

Riau Graubon / 21 heures

Ils avait du monde à Oron, hier soir, à l’occasion de la projection en avant-première du beau film de Mélanie Pitteloud – Dans le lit du Rhône. Notamment un chef de service du Département de l’économie, de l’innovation et du sport et un chef de division du Département du territoire et de l’environnement. L’un et l’autre à qui j’ai expliqué brièvement ma petite affaire ont gentiment accepté qu’on se rencontre pour parler de la correction des eaux du Jura, des problématiques devant lesquelles notre canton se trouve, dans la plaine de l’Orbe et la Broye vaudoise, des travaux de renaturation à l’embouchure de cette rivière à Salavaux, de l’avenir de la culture de la betterave et des jachères. Je leur écris un mot pour fixer un rendez-vous.

Croisière sur les trois lacs, de Bienne à Morat. considérations sur l’abbaye de Saint-Jean et sur le domaine de Montmirail. Je prends le train à Morat en début d’après-midi, en descends à Châtillens. Passe à la Fontanelle la semaine suivante. Fin. Un nouveau travail commence, dans la masse, que je souhaiterais terminer fin mars. Commencera alors, je l’espère, le meilleur.

Le roman se distingue de toutes les autres formes de prose littéraire – des contes, des légendes et même des nouvelles – en ce qi’il ne provient pas de la tradition orale, et n’y conduit pas davantage. Mais, par ce trait, il se distingue au premier chef du récit. Le conteur emprunte la matière de son récit à l’expérience : la sienne ou celle qui lui a été rapportée par autrui. Et ce qu’il raconte, à son tour, devient expérience en ceux qui écoutent son histoire. Le romancier, lui, s’est isolé. Le lieu de naissance du roman, c’est l’individu dans sa solitude, qui ne peut plus traduire sous forme exemplaire ce qui lui tient le plus à coeur, parce qu’il ne reçoit plus de conseils et ne sait plus en donner. Ecrire un roman, c’est exacerber, dans la représentation de la vie humaine, tout ce qui est sans commune mesure. Au coeur même de la vie en sa plénitude, par la description de cette plénitude, le roman révèle le profond désarroi de l’individu vivant.

Walter Benjamin, « Le conteur in Oeuvres III », Gallimard, 2000

Bibliothèque

Récréation des Pensionnaires | Dessiné par G. Lory fils, Gravé par J. Hurlimann | Aquatinte, 1832, 196 x 283 mm

Riau Graubon / 16 heures

La maison qu’Abraham Tribolet fit construire sur le terrain qu’il reçut en 1618 en guise de récompense pour services rendus auprès de la principauté de Neuchâtel apparaît, avec les dépendances qui s’ajoutèrent au fil des ans, sur un coteau dont la vue dominait autrefois les marais.
Le domaine connut des vicissitudes et les propriétaires se succédèrent pendant plus d’un siècle et demi ; il finit par tomber aux mains de Rodolphe de Watteville, bailli à Saint-Jean ; le fils de celui-ci, Frédéric, fut élevé en 1753 au rang d’évêque de l’Eglise des Frères moraves qui saisirent l’occasion de s’y installer, ajoutèrent des corps aux logis existants pour développer leurs activités et accueillir les protestants chassés de France. On raconte qu’on pouvait même monter sur une barque et se laisser glisser sur un canal aménagé jusqu’à la Thièle.
L’Eglise des frères moraves trouve son origine en Bohême au XVe siècle et prêche avec Jean Hus l’égalité et la justice sociale ; soutenue par le roi de Bohême, elle est constituée de gens modestes qui se regroupèrent au sein de petites communautés vivant en marge du monde convenu, souvent persécutées par l’église catholique. L’Eglise des Frères moraves et la communauté d’Herrnhut – constituée des derniers témoins du mouvement réformateur initié par Jean Hus – appartient au mouvement piétiste des XVIIe et XVIIIe siècles.
Malgré l’acquisition du domaine, l’Eglise des Frères moraves n’obtient pas le droit de créer une communauté, Montmirail deviendra un pensionnat de jeunes filles au milieu du XVIIIe siècle, dirigé selon les principes des frères moraves : éducation pieuse, instruction par l’exemple, travaux du sexe, tricot, broderie, dentelle ; mais aussi lecture et écriture en français et en allemand, arithmétique, musique. Avec un beau succès puisque certains visiteurs rêvent que de tels lieux, avec la paix et le bon ordre qui y règnent, essaiment en pays protestants.
Le pensionnat accueillera des jeunes filles jusqu’en 1988, avant de céder la place à une communauté venue de Bâle, Don Camillo, fondée par six jeunes hommes habités par le désir évangélique de vivre en communauté  et de partager leur argent, leur temps et leurs idées. Montmirail se métamorphose une fois encore, elle se fait maison d’hôtes et accueille hommes, femmes et enfants pour des séminaires, des retraites et des camps.
La réorientation et les dimensions du projet – plus de cent lits sont à disposition – nécessitent de nouveaux travaux et une diversification des offres : une piscine et des terrains de sport sont à disposition en été, chaque jour trois prières liturgiques sont organisées dans la chapelle, les salles de séminaire sont équipées d’un retroprojecteur, d’un flip-chart, d’une installation audio et d’un lecteur DVD, les groupes aident après le dîner et le souper pour mettre la table et faire la vaisselle, les chiens ne sont pas autorisés dans l’enceinte et les bâtiments, un beamer peut également être loué… Depuis 1988, les leaders de cette entreprise ont accueilli toutes sortes de groupes, des groupes d’agriculteurs, de pasteurs, de cavaliers, de jeunes, d’handicapés, mais aussi des coachs, des enfants, des missionnaires, des malvoyants, des seniors, des randonneurs. On peut recourir à leur service dans les domaines de la bible, de la vie communautaire, de la spiritualité, de l’accompagnement des couples, des relations humaines et de confits.
En 2013, le domaine tout proche du Closel Bourbon, avec sa maison datant du XIXe siècle, est offert à la communauté Don Camillo par M. et Mme Knechtli, industriels dans le secteur de la fabrication et l’usinage de composants en matières ultra-dures mais aussi, plus tard, dans celui des opérations de perçage, tournage et grandissage des matériaux durs. Ces bienfaiteurs ont revendu leurs entreprises en 2014 et promeuvent le développement durable, la protection des animaux et celle des droits de l’homme.
La communauté de Don Camillo décide d’accueillir au Closel Bourbon des jeunes qui rencontrent des difficultés lors de la transition de l’école au monde professionnel, et de mettre ses compétences à leur disposition pour faciliter leur intégration dans des domaines spécifiques – cuisine, menuiserie, horticulture, agriculture… –  complétant ainsi les services des assurances d’invalidité et du chômage, et en offrant un soutien aux entreprises qui engagent des êtres qui n’ont pas joui des meilleurs conditions pour se faire une place dans la société.

Sources | Revue neuchâteloise | printemps 2002 | Florence Hippenmeyer, Claire Piguet,]ean-Baptiste Cotelli, Félix Dürr et Maurice Evard

Moille du Perey

Ropraz /17 heures

Termine la lecture de L’Homme sans postérité et reprends un instant les Récits de la Kolyma ; conduis ensuite Arthur à l’arrêt de bus, jour blanc, il neigeote et il fait froid.  Je travaille à la bibliothèque autour d’une visite au NMB qui m’a fait passer de l’exposition temporaire présentant les cueillettes du XIXe siècle, à l’époque de Schwab et lors des travaux récents de réaménagement de l’agglomération de Studen, à Robert Walser et son frère en passant par les indiennes de la famille Verdan-Neuhaus, ses appartements, la chambre dans les combles. Je pèle quelques carottes et coupe une pomme en quartiers, préchauffe le four pour Louise qui rentre à midi.

Grand tour avec Oscar qui prend les devants, avec une idée fixe, celle de ne pas passer à côté des restes de pique-nique derrière la Moille Baudin, au refuge de la Moille aux Frênes et au belvédère de la Moille aux Blanc où je le reprends en laisse. C’est dire qu’il me laisse aller tête baissée sans que j’aie besoin de m’occuper trop de lui, il semble savoir que je sais où le retrouver si je le perds de vue. Seule obligation, ne pas modifier l’itinéraire. De mon côté je fais un peu la même chose, mais dans la tête et à avec des allers, des retours et un IPhone dans la mémoire duquel je note une ou deux choses.

Courses à la COOP d’Oron. Je traverse les rayons sans précipitation, avec une équanimité qui me surprend ; passage à la boucherie et verveine au café de l’Union où je lis les nouvelles du jour : les budgets plombés par les frais de dentistes ; la suppression de la purée de pommes de terre au réfectoire d’une garderie d’Yverdon ; la réduction annoncée par Nestlé de son aide à la culture veveysanne en réaction, avancent certains, au refus de son projet immobilier par la ville ; les chiffres de la bonne récolte de betteraves dans la Broye vaudoise ; les mauvais résultats des équipes de hockey et de foot de Lausanne ; les propos de Marc Bonnant sur l’affaire Tarik Ramadan ; l’accueil temporaire de 200´000 Salvadoriens risquant l’expulsion des Etats-Unis au Qatar qui recherche une main d’œuvre pour préparer la Coupe du monde de football en 2022, la retraite enfin de Michel Zendali.

Jardin

Riau Graubon / 17 heures

Tour du Häftli au réveil. Je poursuis par le chemin qui longe le canal de Nidau-Büren jusqu’à Brugg. Halte près des jardins-ouvriers avant Port. Le niveau du lac de Bienne est de 428.87 mètres aujourd’hui, contre 430,88 en été 2007, un été qui avait vu, comme en 2005, l’inversion des eaux de la Thièle. Je continue jusqu’au NMB où je parcours les expositions permanentes, avec le regret de ne pas retrouver l’exposition temporaire consacrée à Petinesca visible l’année dernière.

  • L’appartement 1800 de Dora Neuhaus, la donatrice du musée, descendante des Verdan-Neuhaus : salon et salon de musique, salle à manger, cuisine. Mais aussi pièces dans les combles, buanderie et chambres de domestiques.
  • Quelques aspects de Bienne ville horlogère, mais aussi ville de fabrication d’indiennes, celles de l’entreprise Verdan-Neuhaus par exemple fondée en 1747 est active jusqu’en 1842. 
  • – Des aquarelles de Paul-André Robert peintre naturaliste du XXème siècle qui, depuis qu’il a treize ans, peint des larves de libellules et leurs métamorphoses.
  • – Des illustrations de Karl Walser pour les textes de son frère Robert.
  • – Une collection d’objets en lien avec l’histoire du cinéma.
  • – Des objets témoins des anciennes civilisations de la région des Trois-Lacs.

Je rumine, hésite à décaler mon affaire en offrant une place à un nouveau venu, en métamorphosant le je initial en un il, c’est-à-dire en allégeant, de moitié au moins, la charge qui pesait sur ses épaules et en la faisant porter – au moins sa responsabilité – par un je nouveau venu. Dont il est évidemment impossible de se débarrasser ; car si en la plupart des livres, écrit Thoreau dans la première page de Walden, il est fait omission du Je, ou première personne, nous oublions ordinairement qu’en somme c’est toujours la première personne qui parle.
Il conviendrait, au cas où l’opération a lieu, d’établir fermement les relations entre l’ancien je et le nouveau, de répartir leurs tâches, de fixer leur rôle et de dessiner ce qui leur est commun. Le il pourrait par exemple avoir fait et dire ce qu’il a fait, le je écouter et écrire ce qu’il a entendu, sachant que chacun peut s’être livré de son côté à différentes activités. Cette distribution aurait la vertu de déconnecter la marche d’avec l’écriture, mais également de faire coexister l’immédiat avec le médiat et faire circuler leur incessants échanges.

– Comment mes histoires pourraient-elles plaire à un monsieur aussi instruit et aussi jeune que vous ?
– Peut-être plus que vous ne l’imaginez, et plus en tout cas que celles qu’on peut lire dans les livres.

Adalbert Stifter, L’Homme sans postérité, 1844
traduction Georges-Arthur Goldschmidt, Libretto, 2011

Cuisine

Riau Graubon / 17 heures

Après-midi au Seeteufel de Studen, il fait beau ; les animaux semblent vivre par habitude derrière leurs barreaux ; comme les prisonniers ils ne renoncent pas. Je suis si fatigué que je m’endors sur un banc. De Studen à Meienried il y a une bonne heure de marche sur un chemin qui longe l’ancienne Aar ; j’arrive à Meienried avec la nuit.
Nuit aussi ici au Riau, ou presque, c’est le dernier moment ; je me maudis de ne pas être sorti plus tôt, quelques pas suffisent parfois pour que les noeuds se défassent, ou plutôt que se présente, sans l’avoir demandé, un peu de cette lumière qui vient éclairer du dehors ce qui s’obscurcissait au-dedans. On découvre alors qu’il n’y a plus aucune raison  de s’en débarrasser ou de le simplifier. Un pas de retrait, un pas de côté et tout se remet à danser.

Nos amis couraient plus qu’ils ne marchaient en descendant la pente du vallon. Ils atteignirent les jardins, menant grand bruit, traversèrent la première passerelle puis la seconde. Ils longèrent ensuite l’eau et pénétrèrent dans l’un de ces jardins, tout dévorant de lilas, de noyers et de tilleuls. C’était le jardin d’une auberge. Ils prirent place autour d’une de ces tables aux pieds plantés dans l’herbe, faites de planches clouées sur lesquelles d’autres, assis là avant eux, avaient gravé des coeurs et des noms. Ils commandèrent à déjeuner, chacun selon son goût. Après avoir mangé, ils jouèrent quelque temps avec un caniche qui se trouvait dans le jardin, payèrent et s’en allèrent. Par l’ouverture du vallon, on débouchait dans une autre vallée, plus large celle-là, où coulait un vrai fleuve. Parvenus à la rive, ils détachèrent une barque et traversèrent, ignorant que l’endroit était dangereux. Des femmes qui passaient par hasard furent très effrayées de les voir faire. Une fois de l’autre côté, ils donnèrent quelques pièces à un homme qui voulut bien ramener l’embarcation et l’amarrer là où ils l’avaient prise.

Adalbert Stifter, L’Homme sans postérité, 1844
traduction Georges-Arthur Goldschmidt, Libretto, 2011

 

Croisière
Bienne – Morat

Bienne : 9 heures 45
– canal Nidau-Büren
Tüscherz : 10 heures 00
Wingreis : 10 heures 05
Twann 10 heures 15
Ligerz : 10 heures 25
– Hagneck
– Lüscherz
– Schalterain
Saint-Pierre : 10 heures 35
– débarcadère nord de l’île
– chemin des Païens
La Neuveville : 10 heures 50
Erlach : 11 heures 00
Jolimont
Le Landeron : 11 heures 10
– débarcadère
– Saint-Jean
– pont de Saint-Jean
– Cressier
– Cornaux
– Thièle
– pont routier
– pont de chemin de fer
– campings
La Tène : 11 heures 40
– Chablais
– Fanel
– Vully
La Sauge : 12 heures 10
– débarcadère
– l’auberge
– le pont
– les campings

Sugiez : 12 heures 40
– débarcadère
– les campings
Morat : 13 heures 00

Domaine Bovy

Chexbres / 13 heures

Ciel bleu et prés blancs au Riau. J’écris une ou deux choses qui me sont arrivées un matin d’octobre au Florida de Studen. J’avance avec précautions, sans notes, en évitant de fermer les portes derrière moi et en maintenant le maximum de largeur possible. Une chose s’est jouée là, qui réoriente la suite de mon affaire, en lui donnant une autre vitesse et une autre pente, et sur laquelle il va m’être difficile de revenir.
Grand tour avec Oscar dans les bois, on remue la neige. Je fais un saut à la déchèterie avant de descendre à Vevey, par Chexbres où je fais une pause, dans les vignes, sur le banc d’un cabanon de vignerons. Rien ne presse.

Françoise lit, Edouard n’est pas là, il est dans les galeries d’art genevoises. On partage un café et des pâtisseries, je lui raconte mon affaire, elle écoute. On boit un second café avant de remonter à Chexbres où je la dépose. Les filles rentrent de l’école quand j’arrive au Riau. Départ pour Pampigny avec Lili qui profite du trajet pour cirer ses jambières et ses chaussures. Verveine à l’auberge du Chêne.

Johann Rudolf Schneider est né à Meienried en 1804, à la confluence de la Thièle et de l’Aar. Il se rend à l’école à Büren, pour autant que le régime des eaux de l’Aar le permette ; il est le cadet de six enfants et ses parents vivent des produits de terre, menacés chaque année par les crues des deux rivières ; ils tiennent également une auberge Zur Galeere, où font halte les barques qui montent le chasselas du Lavaux à Soleure.
Rudolf Schneider commence un apprentissage de pharmacien qu’il interrompt pour commencer des études de médecine à Berne puis à Berlin. Il ouvre une pharmacie et un cabinet à Nidau dans l’intention de soulager les Seelandais qui souffrent de maladies chroniques et d’épidémies dont sont responsables les marais et une pratique médicale médiévale.
Schneider est âgé de 29 ans lorsqu’il se retrouve à la tête d’une association née à Nidau qui a vocation de trouver une solution aux problèmes liés aux inondations. Il rédige à 31 ans un mémoire dans lequel il démontre le lien existant entre l’état sanitaire de ses concitoyens, la misère locale et les marais ; il charge le populaire Jeremias Gotthelf d’écrire un roman pour disqualifier les guérisseurs et les charlatans, ce sera Anne-Bäbi Jowäger. il propose en outre des travaux de grande envergure, le détournement de l’Aar dans le lac de Bienne, la canalisation le la Broye, de la Thièle, l’assèchement des marais et leur mise en culture. Mais le prix de ce chantier pharaonique nécessite une concertation entre les cinq cantons directement concernés, des cantons en aval et de l’état central. Schneider s’engage donc dans une carrière politique qui le mène à Berne au Grand Conseil, au Conseil d’Etat ensuite, au Conseil national enfin ; il parvient à convaincre en 1850, avec d’autres radicaux, la toute jeune Assemblée fédérale de financer la correction des eaux du Jura, en recourant à l’article 21 de la Constitution qui lui donne le droit de participer aux travaux qui intéressent l’ensemble du pays ou une partie considérable de celui-ci.
Le chantier est ouvert en 1867, Schneider est arrivé à ses fins. Il assiste à l’ouverture du canal de Hagneck en 1878, il a 73 ans. Il meurt deux après.

Sources | Schloss Museum Nidau

Hagneck

Hagneck / 15 heures

L’inconnu qui a emprunté une barque au port de Lüscherz pour rejoindre l’île Saint-Pierre me demande une fois les pieds sur terre si je veux bien la ramener où il l’a prise. Comment refuser ?

Il pleut ce matin à Sugiez ; j’écoute au réveil, dans la pénombre derrière un store à lamelles, un universitaire allemand parler du Campo Santo de Sebald. Je reprends ensuite le chemin qui m’a conduit, il y a deux mois, de Aarberg à la zone industrielle de Studen.
Malgré le sale temps je me rends à Ins, trouve une place de parc à côté de la gare. Il est 11 heures lorsque j’enfile ma veste, je monte derrière l’église en direction du sommet du Schalterain. Il a cessé de pleuvoir, le chemin coule en pente douce jusqu’à Hagneck. Lorsque le lac de Neuchâtel puis celui de Morat ont disparu, celui de Bienne guigne et j’entends à midi sonner les cloches d’Erlach. Le vent et la pluie ont fait des dégâts, le chemin est encombré de chablis.
La colline du Budlig s’interpose devant le lac que je ne reverrai qu’à Gurzelen, du haut des pâturages et des vergers qui descendent jusqu’à Lüscherz : l’hôtellerie de l’île Saint-Pierre, vide à cette saison, a les yeux grands ouverts, le cordon de terre qui attache l’île au continent s’est rétréci depuis les pluies de la semaine passée, mais il ne rompra pas. J’entends chanter un coq à l’entrée de Lüscherz, mange une vilaine salade au bord du lac que je longe jusqu’au barrage d’Hagneck. Le train a un peu de retard, j’y monte à 15 heures 15.

Arrêt au centre commercial d’Avenches où je fais quelques courses et bois un café. Il pleuvine lorsque j’en sors. C’est sur la route de Berne que j’entrevois une solution, une réponse, une issue, une relance à laquelle je n’avais pas songé, qui a eu le mérite de tarder à venir et de me forcer à aller plus loin, à me faire patienter. Il a neigé au Riau.