Dimanche 18 décembre 2011

Le froid et l’obscurité à même la rue, les lèvres bleues, tombeau usé ceint d’un vilain tablier, c’est une mauvaise journée pour ceux qui n’ont plus rien, bien froide et bien misérable, la faim creuse leur mine. Pauvre petite  ! La neige aux belles boucles virevolte autour de son cou depuis la veille, elle est assise dans un coin, immobile et affaissée sur elle-même, le froid l’a saisie et accompagne ses mauvais rêves. Elle ne bouge pas sous l’avant-toit, au travers duquel souffle le vent, paille et chiffons inutiles, elle regarde les gouttières. A côté un grand poêle de fer blanc abandonné, orné de boules de fer et surmonté d’un couvercle, une boîte d’allumettes vide. Mais qu’y a-t-il donc  ! Une lueur s’effondre, l’oie de glace saute de son plat et roule sur le plancher, des images montent, montent le long des vitres épaisses, ce ne sont que des étoiles qui tombent en gesticulant.
Plus loin, entre deux maisons aux façades aveugles se faufile une nouvelle et froide matinée. On a retiré les échelles du ciel, le froid et l’obscurité s’avancent sourire aux lèvres… Sur le muret un tas, morte, morte de froid à l’aube. Petit cadavre en paquet posé sur le muret.

La Petite Fille aux allumettes, Hans Christian Andersen
Théâtre du Jorat
Mise en scène  : Gérard Demierre

Jean Prod’hom