Miettes

Nos villages coulent et rejoignent en aval les villes qui les aspirent.
Ils sont encore en soi mais ils ne sont plus pour soi, villages pour personne, à peine des amers qui scandent le grand espace globalisé.

Chacun est tenu de demeurer en équilibre sur un étroit chemin situé à égale distance du ventre de la mère et du désir du père, un chemin creusé par des forces opposées à égale distance du passé et de l’avenir, centripètes et centrifuges, le long duquel il lui appartient de marcher comme un funambule. J’en connais trop qui ont joué l’un contre l’autre.

– Qui es-tu ? demande l’égaré à l’homme décidé qui le regarde dans le miroir.
– Ton père et ta mère ! Et toi, qui es-tu ?
L’égaré scrute le visage de son vis-à-vis, ses yeux se plissent…
– Je suis celui qui s’éloigne de l’un et de l’autre et, ce faisant, s’en rapproche.

Jean Prod’hom