4X4

L’idée l’emballe, pas l’idée de l’adultère car c’est un homme à principes, mais rejoindre la chambre 807 du Lausanne-Palace, où l’attendrait sa maîtresse, en 4×4, ça aurait quand même une sacrée allure.

Jean Prod’hom
18 avril 2009

XXXVII



A entendre tous les jeudis soir le récit des petites souffrances que s’échangent les habitués du café, j’en viens à me demander si un gros pépin autour duquel graviterait toute une vie ne vaudrait pas mieux qu’une série sans fin de petits qui la rongeraient morceau par morceau?
Je crains pourtant qu’il n’y ait pas de juste milieu et que nous soyons condamnés notre vie durant, au mieux et au pire, à passer d’un gros pépin initial à des petits, et de petits à un gros pépin final. J’aurais voulu négocier avec la providence, mais c’est une histoire d’avant la providence.

Jean Prod’hom

De manque en manque c’est tout



Chaque phrase conduit à une impasse dont est grosse la phrase qui suit. Celle-ci tente de la contourner sans y parvenir jamais, condamnée à se heurter à un nouveau manque. On en appelle alors à une troisième phrase qui charrie le tout, et ainsi de suite: c’est l’effet gigogne.

On parle, on dit, on écrit de manque en manque avec le secret espoir de tout dire, par petites touches. Et on n’y arrive pas.

Le texte est le souvenir d’un manque inaugural qui a essaimé en chacune de ses parties et en chacune des parties de ses parties. Il a l’allure d’une courbe de Koch réalisée dans la nuit dont on n’aurait ni la force ni les moyens de polir les angles et les segments, une courbe de Koch qui partirait en vrille.

Le fruit prolonge le rameau, le rameau la branche. Mais que devient le fruit? – Il ne prolonge rien, il recommence tout.

Egaré sur une petite place au coeur d’un labyrinthe d’où fleurissent d’innombrables allées aux ramifications sans fin. Elles conduisent chacune à une impasse chargée d’obscurité. Il suffit de lever les yeux pour voir le ciel, c’est tout.

Jean Prod’hom