La Péchause

Bussy-Chardonney / 14 heures

Cette pédagogie du jeu est une erreur bien à l’image, hélas, de notre civilisation aujourd’hui dominée par le haschich: par la chaîne du travail d’une part, et en pendant, d’autre part, par la jouissance passive, la recherche du plaisir, quelle qu’en soit la valeur morale ou vitale; d’une civilisation qui semble avoir consommé le divorce entre les gestes ancestraux de l’individu – pour assurer son alimentation, son abri et la perpétuation de l’espèce – et la machine artificielle sans âme, montée par une technique ingénieuse certes, mais socialement aveugle et déséquilibrée.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Conséquences pédagogiques

Au-dessus des disparus (Célestin Freinet L)

Riau Graubon / 14 heures

Une sorte de grande loi dominera notre essai constructif: le souci éducatif essentiel doit être de réaliser dans la famille si possible, du moins à l’école et autour de l’école, un monde qui soit vraiment à la mesure de l’enfant, évoluant à son rythme, répondant à ses besoins, et dans lequel il pourra se livrer aux travaux-jeux qui sont susceptibles de répondre au maximum aux aspirations naturelles et fonctionnelles de son être. […]
Nous tâcherons de ne plus nous laisser entraîner aux activités abstraitement imposées qui suscitent et nécessitent ces jeux de détente compensatrice qui sont comme l’antichambre des jeux à gagner et des jeux-haschich.
Voilà ce que je pourrais appeler tout mon programme pédagogique. Il est certes assez différent des conceptions aujourd’hui courantes, dont la nouveauté fait illusion.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Conséquences pédagogiques

La Molleyre (Célestin Freinet XLIX)

Corcelles-le-Jorat / 9 heures

– Ah! oui, il s’agissait bien de cela!… Vous croyez que quelqu’un dans les tranchées, cherchait, parmi les pages d’un livre, un raisonnement apaisant ou une pensée féconde?… Sauf quelques très rares spécimens de philosophes obstinés, que je n’ai d’ailleurs jamais rencontrés parmi les poilus du rang, la masse des malheureux soldats lisaient comme ils buvaient, comme ils buvaient ou jouaient aux cartes, pour endormir un instant l’esprit et essayer de vivre encore, ne serait-ce par par le rêve et l’illusion.
C’est ce qui explique que ces hommes lisaient n’importe quoi, pourvu qu’une intrigue prenante les empoignât et, les tenant habilement en haleine, les entraînât, au prix même des aventures les plus rocambolesques, dans un monde où l’on se plonge comme dans un rêve qui permet de faire passer le temps et d’oublier. […] Ce qu’on demande au bon roman, comme à la bonne gnole, comme à la pipe soignée, c’est d’endormir délicieusement l’esprit et de nous ouvrir d’autres horizons…
– Qui peuvent être beaux!…
– Beaux ou laids, l’essentiel c’est qu’ils soient autres et moins barbares!… Haschich! Haschich!

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Le jeu-haschich