Bois des Censières

Lausanne / 10 heures

Après cela, Lié-tseu conclut qu’il n’avait encore rien appris. Il rentra chez lui et ne sortit plus pendant trois ans. Il remplaça sa femme à la cuisine, il nourrit les cochons comme si c’eussent été des hommes et remplit indifféremment toutes les tâches ménagères. Il cessa de ciseler et de polir pour retourner à la simplicité première, reposant en lui-même comme une motte de terre, se maintenant scellé au milieu de l’agitation, et resta uni de la sorte jusqu’à la fin de ses jours.

Jean François Billeter, Tchouang-Tseu

La Corde

Riau Graubon, 6 heures

L’homme est un être de nature soumis à l’étrange nécessité de se faire violence pour se socialiser et qui, quand il y est parvenu, éprouve la plus grande peine à intégrer les forces de la nature qui agissent en lui. Sa subjectivité est pour lui-même une énigme.


Jean François Billeter, Tchouang-Tseu

Chemin des Censières

Lausanne / 18 heures

Les chevaux et les buffles ont quatre pattes: voilà ce que j’appelle le ciel; mettre un licou au cheval, percer le museau du buffle, voilà ce que j’appelle l’humain. C’est pour cela que je dis, poursuit le seigneur de la Mer du nord: veille à ce que l’humain ne détruise pas le céleste en toi, veille à ce que l’intentionnel (kou) ne détruise pas le nécessaire (ming).

Jean François Billeter, Tchouang-Tseu