Arrêt de bus du Riau (Corcelles-le-Jorat)

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Ils sont plusieurs à penser que le ciel ne tient plus ses engagements et que les saisons trahissent leurs attentes. Les modèles sont devenus des caricatures. Beaucoup exigent même un caporal pour surveiller leur succession. Je crois, à la réflexion, qu’elles nous rappellent qu’elles ne renonceront pour rien au monde à la part de liberté qui leur a été octroyée et à laquelle nous pourrions être tentés de renoncer.

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Il a quinze ans, pas de place pour lui ici. Il songe à sa tante d’Alcochete et à ses copains de quartier. Il s’appelle, je crois, João Fernando Pinto Ferreira ; il rêve du soleil, de Porto et de Braga, d’une virée à mobylette entre Sombrado et Cabanelas.

Le collège est fermé, la nuit s’installe. Un merle chante à l’extrémité de la branche d’un érable. A côté d’un lampion qu’on n’allumera pas.

Jean Prod’hom

Corcellettes (Grandson)

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Cher Pierre,
Mars hésite: Bullet est dans la neige, Vugelles-La-Mothe dans le gris, Champagne dans la boue. J’ai déposé les filles à Valeyres-sous-Montagny et longe le lac jusqu’à Corcellettes. Les poules d’eau n’ont pas desserré leur manteau et le camping de Belle-Rive est à l’abandon. Un chasseur de Mauborget campe au café, plaisante avec la sommelière et un bûcheron d’Onnens.

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Je jette, en les écoutant d’une oreille, la matière de la seconde partie d’un texte que je dois rendre à la fin du mois, rapproche des morceaux, en éloigne d’autres. Le chasseur parle du lynx qu’il a aperçu à deux reprises au Soliat, des sangliers qui ont labouré les pâturages, ajoute que leurs ravages ne seront pas sans conséquences : des huitante génisses qu’il a l’habitude de garder l’été à la montagne, il en laissera vingt en plaine, pas assez d’herbe.
Trop de signes de mon côté, il va me falloir élaguer, resserrer, abréger, réduire: passer de six à trois milles signes. Je diffère cette opération à des jours meilleurs.
J’ouvre un message dans lequel Claude me parle d’un collectif – Le Cran Littéraire – dont les Editions Antipodes font partie, association pour la promotion de la littérature en Suisse. Une artiste-plasticienne, qui a lu Marges, serait intéressée par une performance autour de ce bouquin. Claude me propose qu’on se rencontre un de ces prochains jeudis. Je vais illico faire un tour sur les sites de cette artiste et de cette association – liée à La Nouvelle Librairie La Proue et Le Courrier.
Pour autant que cette artiste assure l’aspect performatif de la performance, je ne vois aucun inconvénient. Mieux, tout cela est imprévu, forcément amusant ; sans compter que, s’il se réalise, cet événement n’aura lieu qu’en automne prochain.
Lorsque je quitte Ma p’tite folie – c’est le nom du café – le poêle à bois est chargé jusqu’à la gueule, il fait bon et les conversations sont animées. Dehors il fait toujours aussi cru mais la neige a reculé, on voit même un coin de ciel bleu sur Neuchâtel. Et si le blanc, le gris et le noir se superposent sur les pentes du Jura, c’est désormais plus haut qu’ils déroulent leur ruban.
www.lesmarges.net

Jean Prod’hom

Avant qu'on m'accueille ici

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(Poèmes de Monsieur)

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Avant qu’on m’accueille ici, à bonne distance du ghetto urbain où se négocient nos sursis, je suis retourné dans les endroits qui ont nourri les peurs que j’ai voulu fuir et qui m’en rendaient captif. Il fallait bien qu’un jour mourir réintègre vivre au voisinage des bois et des clairières ; c’est là sur le seuil, dans la passe que l’horizon soudain s’est élargi.

Froissements de semelles sur la neige, claquement de portière, le bus démarre. Calou sommeille sur un coussin au pied du lit, les tulipes rouges ont perdu leurs pétales. La nuit tombe, l’écran de la télévision donne à sa manière des nouvelles du monde.

Je me souviens de la Haute Engadine, les montagnes se dressaient sous le ciel flambant neuf et nous, couchés dans la mousse et le trèfle, entourés de linaigrettes, nous regardions la paix descendre des sommets, en chute libre, et nous la sentions respirer dans le ventre de la terre.

Jean Prod’hom