Vallon de Van (Salvan)

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Cher Pierre,
En hiver, les voitures ne montent pas ni à Van d’en Haut ni à Van d’en Bas ; et puis l’auberge fait relâche aujourd’hui. Si bien que je ne rencontre personne sur la route fermée à la circulation, étroite et enneigée. Si, une vieille dame que je dépasse et qui avance au pas pour ménager son cœur, puis un couple et leur jeune enfant que je croise et qui ne se consolent pas de la fermeture de l’auberge : adieu la tarte aux myrtilles !

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Des avalanches grondent sur les pentes du Luisin et le foehn tourne au vent. Il pleuvine lorsque je m’assieds dehors sur le banc de l’auberge, on entend en contrebas le ronflement de la Salanfe. Il y a plus d’un mètre de neige sur les toits de ces anciens mayens qui sommeillent en hiver comme autrefois, impossible de tracer des pistes sur des pentes bien trop raides. 
Les barbes des vieux mélèzes mettent un peu de vert-de-gris sur le gaufré du paysage, blanc traversé d’encre noire. Le bruit de crécelle d’un gros geai fait taire les conversations des mésanges, Oscar tremble, il a froid. Je reviens par le même chemin, en prenant garde de ne pas glisser, comme à l’aller, dans les deux galeries percées au milieu du siècle passé, plongées dans la nuit et recouvertes de glace vive. 
A la bifurcation qui monte au col de la Matze, je lis sur un panneau jaune un nom qui fait rêver : Planajeur. Je le répète comme un mantra, et ce sont d’autres vallons, lumineux, qui me reviennent en mémoire, répondant tous à l’appel de ce nom, sans pente et sans fin.

Jean Prod’hom

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Véranda (Corcelles-le-Jorat)

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La vie-propre est un livre que chacun respectivement lit toujours pour la première fois ! Vécu sur le moment et au fur et à mesure, le devenir en train de devenir garde cet aspect impair et aventureux, qui tient à l’heure incertaine. Avec sa mortalité inéluctable et sa mort indéfiniment ajournable, compris entre sa frontière natale, qui est définitive, et sa frontière létale, qui est élastique et flottante, le temps entr’ouvert de notre vie n’est-il pas une aventure ?

Vladimir Jankélévitch

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Ecrire en-deçà des sous-entendus, tenir en laisse l’implicite, se dégager de la polémique, en sachant que la poésie ne ressemble que très rarement à la poésie et que le rassemblement ou l’éclatement de ce qui se joue dans le temps sur la page congédie tout espoir : le futur se fait et se défait à chaque instant.

Jean Prod’hom

Rue des Glaciers (Lausanne)

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Place du village. Bertrand sort de la laiterie, j’y entre. Il monte tout à l’heure aux Rasses avec sa famille, je monte après-demain aux Marécottes avec la mienne. Salutations chez toi, salutations chez moi. Salut, salut. Les cloches sonnent. Check ! On rit.

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Matinée à Riant-Mont, à la Colline d’abord : je commence par un examen attentif des murets, de la pelouse, de la piste cendrée, des treillis ; de la pente qui conduit de la cour de l’école au terrain de foot, je note la disparition des cages de but. Sur le fond rien n’a changé depuis les années 1960. Je guigne sur le parc de la belle propriété à l’ouest, le ballon y est allé mourir une ou deux fois : un arrosoir, des feuilles mortes, quelques années et l’abandon chevillé à la mauvaise saison.
Rue des Glaciers ensuite, Petit Valentin et Riant-Mont. On devine à la verticale l’avenue de la Borde, vertigineux, le réseau des chemins qui conduisent à l’ancien lit de la Louve demeure incompréhensible pour ceux qui, comme moi, sont nés au bas du quartier.
Le Petit Parc porte aujourd’hui le nom pompeux de Square de Riant-Mont ; la caisse à sable et la balançoire ont disparu, des jeux en kit les ont remplacées. Les trois tilleuls, le vinaigrier, la fontaine sont d’époque.
Midi à Vevey avec Françoise et Édouard. Après-midi à Cully avec Stéphane. Soirée en famille avec Joëlle et Yves.
On écrit, peut-être, parce qu’on a renoncé a vouloir tout dire.

Jean Prod’hom