Moille-aux-Blanc (Corcelles-le-Jorat)

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Hier, alors que le jour se levait dans le préau encore désert de l’école, merles, mésanges et moineaux se sont donné le mot pour lancer la saison.

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Mais la neige a fait ce matin encore une sortie, discrète, légère et aérienne ; les flocons se sont montrés si légers dans l’air sec qu’ils semblaient s’attarder, attendre que les rejoignent les flocons qui les suivaient, revenaient même sur leurs pas ; ils ont improvisé un ballet, duvet d’oie et fleurs d’aubépine, qui s’est prolongé toute la matinée, riant de la gravité qui attache l’homme à la terre en inversant la pente sur laquelle roulent leurs jours.
Lorsque je suis remonté de la patte d’oie, les moineaux et les mésanges chantaient, comme hier matin, dans les branches nues des cerisiers et des pommiers, comme si cette giboulée les réjouissait, bien décidés à ne pas revenir sur leur décision d’annoncer sans plus tarder leurs noces prochaines.
A 13 heures, le soleil a repris son travail autour des fruitiers du verger, repoussant un peu plus la neige loin de leur pied, définissant le cercle d’ombre de leur frondaison au zénith de l’été.

Jean Prod’hom

Le Popu (Vers-chez-les Blanc)

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A Riant-Mont d’où, gamins, nous ne sortions guère, lorsque les talus exhaussés par la Louve sur sa rive droite avaient usé nos petites volontés et que nous souhaitions retrouver un aplomb que nos courses à flanc de coteau avaient mis à mal, nous montions la rue du Valentin jusqu’au terrain de football de la Colline.

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Il s’étendait devant une jolie école, où nous avions fait chacun, quelques années auparavant, nos premiers pas loin de notre mère, petite marmite gagnée sur la pente, herbe rase limitée au sud par les locatifs bordant l’avenue Vinet.
C’était notre Santiago Bernabéu à nous, où l’on se retrouvait les beaux jours, après les quatre heures ou le mercredi après-midi, ceux d’en-haut et ceux d’en-bas, Fincat, Lomette, les frères Jaquier, Papilloud et les autres, pour des parties qui nous menaient si loin qu’il n’était pas rare que nous devions dégringoler à la hâte le Valentin, avec la nuit qui nous talonnait sans pouvoir s’arrêter.
On y était à la fois dans une arche et dans un ventre, les hauts treillis nous autorisaient à toutes les maladresses ; ils nous dispensaient de prendre les précautions habituelles, pour que nos ballons ne nous échappent pas une fois encore, comme partout ailleurs, et ne soient pas, roulant, roulant roulant, à l’origine d’une catastrophe à laquelle ne pouvaient s’empêcher d’incliner nos esprits inquiets.

Jean Prod’hom

Il est dix heures

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(Poèmes de Monsieur)

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Il est dix heures, la fenêtre est grand ouverte. J’ai sorti mon kit mains libres, somnole dans la chambre, m’aventure immobile jusqu’au jardin, jeux d’enfants et visages transparents.

Un coq chante. Me voici à nouveau sur le seuil, qui déborde, les murs et les détours n’auront compté pour rien. Me voilà de retour, après toute une vie, comme je me l’étais promis, un peu ivre sous le drap blanc.

Ne pas bouger, ne pas respirer, se noyer dans le vent de mai, plus léger que le grain de l’ivraie.

Jean Prod’hom