Il est dix heures

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(Poèmes de Monsieur)

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Il est dix heures, la fenêtre est grand ouverte. J’ai sorti mon kit mains libres, somnole dans la chambre, m’aventure immobile jusqu’au jardin, jeux d’enfants et visages transparents.

Un coq chante. Me voici à nouveau sur le seuil, qui déborde, les murs et les détours n’auront compté pour rien. Me voilà de retour, après toute une vie, comme je me l’étais promis, un peu ivre sous le drap blanc.

Ne pas bouger, ne pas respirer, se noyer dans le vent de mai, plus léger que le grain de l’ivraie.

Jean Prod’hom

Plusieurs pensionnaires ont quitté l'établissement

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Ce dimanche matin, il y a peu de voitures au parking ; dans un angle de la cafétéria, une jeune employée, blouse blanche, anime un atelier de pâtisserie, deux résidentes y participent.

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Plusieurs pensionnaires ont quitté l’établissement un peu après 10 heures, avec un membre de leur famille, ou un vieil ami, ils reviendront en fin d’après-midi. Les plus fatigués somnolent dans leur chambre, ils n’ont plus personne, à quoi bon ? Ceux qui en ont encore la force s’en réjouissent, s’abandonnant aux rayons du soleil qui fait un grand arc de cercle devant leur fenêtre grand ouverte, les rideaux vont et viennent, s’entrouvrent et laissent monter jusqu’à eux la lente rumeur des eaux hautes de la Sorge.
Arthur et Edmond jouent au jardin d’hiver où ils se sont, la veille, donné rendez-vous. Malgré les efforts que chacun a dû déployer, ils sont à leur poste, comme tous les dimanches matin, accoudés à la table ronde ; ils font une partie de bâtonnets. lancent les dés à leur tour, mais seul le premier déplace les pièces. 
Le chat Calou cligne de l’œil, niché dans la paille miel et or placée dans une corbeille en osier que matelassent les restes d’un vieux sac de jute. Paille, pelage, jute et osier ne font qu’un sur le rebord de la fenêtre, à côté de la boîte aux lettres ; ils ont, avec les vieux dans leur drap blanc, une place à part dans le concert des nations, ils n’attendent ni ne demandent rien. 

Jean Prod’hom

Non pas que celui qui a goûté à ses fruits

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La liberté invite celui qui en rêve, à se rendre en des lieux où personne ne l’attend, ni ne cherche à le retenir ; elle ne s’obtient qu’à coups de contre-temps.

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Non pas que celui qui a goûté à ses fruits soit condamné à faire bande à part, bien au contraire ; il lui revient de se laisser glisser à l’arrière du cortège et de recueillir ce que celui-ci a abandonné. Car c’est de ce dont personne n’a voulu, de ses dépouilles que l’homme libre s’équipe et fait son lit, en compagnie de ceux qui ont préféré se faire oublier ; ils ravaudent ensemble ce qui aurait pu advenir, le possible, sans que personne ne les envie. En ce sens, mais à l’inverse, les avant-garde ne sont que les porte-drapeaux du régime de la plus extrême dépendance, obligées de souffler à ceux qui les suivent le refrain d’une triste rengaine bientôt cent fois répétée.
C’est le lendemainde la Saint-Valentin que l’amoureux offre des fleurs à son amoureuse, cet idiot est toujours un peu à la ramasse ; mais s’il prend du retard, ce n’est pas avec sa belle mais avec l’histoire.

Jean Prod’hom