Etang (Corcelles-le-Jorat)

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Je glisse toute la journée au plus près de la pente, à bonne distance de ce j’aurais, en d’autres circonstances, tenté de retenir ou d’anticiper, les choses, avant qu’elles ne disparaissent tout à fait ou afin qu’elles demeurent possibles.

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Un mot encore, clac, le drap tombe, le corps est nu, sans savoir comment cela aura été possible, bon à rien sur un sentier boueux, dans la débâcle d’un hiver qui n’aura pas eu lieu, avec une fenêtre dans le ciel qui nous appelle, ma belle et moi, vers le haut. Nous marchons en silence avec le cœur qui bat.
Je m’installe en rentrant, à la cuisine, devant des champignons de Paris, une tasse de riz, deux artichauts, deux oignons, un pot de moutarde, un œuf, de l’huile, une aubergine, deux courgettes et un poivron rouge. Et des merveilles.

Jean Prod’hom

Place du Nord (Lausanne)

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Cher Pierre,
Il a plu toute la nuit et la température a chuté, si bien que la route a retrouvé sa couleur noir bitume d’origine ; Sandra et Lili partent en fin de matinée pour un cross à Blonay ; Arthur fait sa vie à l’étage, avec presque rien, un téléphone, un ordinateur, son lit et un coca. Louise répète dans sa chambre Spleen Milonga, Les Temps modernes et Bailecito.

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L’iPad que j’ai oublié dans le TGV, il y a un mois, n’a pas été retrouvé ; je descends à la Place Centrale de Lausanne et ressors d’Art computer avec un iPad mini 4 WiFi 64GB Silver et un étui Macalli bleu. J’en profite pour faire un saut chez Payot et consulter un exemplaire de votre Carnet de notes 2011-2015. Les traces de notre correspondance sont bien réelles, ça me fait tout drôle.
Je remonte à 15 heures, Louise est prête. On rejoint sous la pluie Sandra et Lili à Palézieux. Louise et Mégane nous enchantent avec Spleen Milonga de Thierry Tisserand, Christine se joint à elles. Nous profitons, Javier et moi, de faire le point à la fin du concert. Il n’a pas cessé de pleuvoir.

Jean Prod’hom

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C’est donc de l’autre côté de la rivière

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Un vallon profond sépare la fermette de la maison aux volets verts. On aperçoit la seconde du belvédère qui surplombe le replat au milieu duquel la première a pris racine, il y a une centaine d’années, deux siècles après que les bonnes terres d’en-bas ont été colonisées et que les tard venus se sont installés là pour s’y établir. Puis, l’exode rural a eu son mot à dire, les forains qui ont relayé les paysans sur leurs terres sont aujourd’hui des retraités ou des familles sans tradition bien établie.

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C’est donc de l’autre côté de la rivière qui traverse le district du sud au nord, en face, à la même altitude ou presque, que se dresse depuis 1880 la maison de maître aux volets verts qu’une grande famille d’industriels a fait construire pour loger le directeur de l’une de ses succursales. L’usine construite en contrebas, à une centaine de mètres, profitait des grosses eaux de la rivière dont un canal prélevait une partie un peu plus haut, retenue par un bassin, faisant tourner une grande roue à aubes qui fournissait l’énergie nécessaire à la fabrication de lait condensé et de farines lactées.
Lorsque les coûts de production sont devenus trop élevés, les riches industriels ont cédé la maison du directeur, l’usine et ses dépendances à de nouveaux propriétaires, que la guerre avait enrichis et qui, pour se dédouaner, l’ont transformée en colonie de vacances pour orphelins, installant dans les hautes chambres une série de dortoirs pouvant accueillir une quarantaine d’enfants.
C’est pendant cette période que les préposés à l’entretien des alentours ont conçu et mis en place, avec l’accord des maîtres de céans, en lieu et place de l’usine qui avait été démantelée, une dizaine de volières qui ont ravi les orphelins de passage et enchantent les résidents d’aujourd’hui. Ces volières existent en effet encore. Y vivent une bonne centaine d’oiseaux au chant intraitable : canaris, inséparables, perroquets, oiseaux indigènes.
Il reste encore, du passé industriel du site, le tracé du canal qui descend de la maison de maître jusqu’au lac de rétention, qu’entoure une roselière, un parterre d’ajoncs et de bruyère ; la grande roue aussi, couchée sur le flanc, fatiguée, à l’image des nouveaux hôtes de la maison, devenue en effet, depuis une trentaine d’années, maison de repos pour personnes âgées, orphelines, handicapées ou en fin de vie.
Un chemin conduit d’un versant à l’autre de la vallée, en pente douce d’abord jusqu’au hameau des Tailles, avant de plonger dans les bois de feuillus jusqu’à la Sorge que bordent sur un épais lit de tourbe des sapins blancs et des épicéas. Un petit ouvrage, étroit, qu’on appelle le pont à Eiffel, en raison de sa structure d’acier, la franchit. ; on n’a nul besoin de l’emprunter lorsque les eaux sont basses. Le sentier remonte d’un coup ensuite, en petits virolets qu’on n’oublie pas, mais dont les communaux ont facilité l’utilisation en fixant, dans la pente, des sections de traverses de chemin de fer retenues par des fers à béton. L’effort que nécessite l’ascension n’offre guère le loisir, la première fois, d’apercevoir la vieille fontaine évidée à la hache, posée là à mi parcours ; c’est le dernier signe de la présence de l’homme. Ce chemin était autrefois emprunté autant par les gens des villages des alentours que par les gens de passage, les journaliers ou les vagabonds aux mains vides. Il ne tient aujourd’hui qu’à un fil.

Jean Prod’hom