Monsieur ne reviendrait pas

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Monsieur ne reviendrait pas ; il s’était donné d’un coup tout l’avenir qui s’étendait devant lui, un avenir équipotent au passé sur lequel il ne se retournerait pas, sans chicane ni resserrement, bien décidé à le considérer aussi longtemps que sa nuit ne serait pas tombée sur la succession des causes et des conséquences, sur le bal des aubes et des crépuscules. Ne le dérangez pas.

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Il y avait donc une autre manière d’être dans la partie, dans sa grande largeur. Monsieur s’est tu, il n’y aura pas de dernier mot.
Je m’en rappelle, j’étais venu à bout le l’étroit sentier qui menait au col, considérant d’un coup le nouveau monde qui s’ouvrait sous mes yeux. Je me suis assis dans l’herbe rase, le dos appuyé à la pente, devant le ciel et l’étendue qui se prolongeaient bien au-delà de l’horizon auquel ils semblaient suspendus. Le temps a passé, j’ai hésité, j’aurais pu rester, me suis levé enfin. Avec l’étrange sentiment de trahir quelque chose que j’abrégeais, de renoncer à ce qu’il me faudrait, quoi qu’il en soit, recommencer un jour, en me consolant à l’idée que d’autres chances me seraient octroyées, aussi longtemps que j’aurais la force de reprendre une nouvelle ascension, de l’autre côté de la vallée, d’emprunter le chemin qui rejoint le col où la pointe de l’aiguille acérée touche l’horizon.

Jean Prod’hom

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Mottier C (Mont-sur-Lausanne)

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Décor de film muet pour personne seule ; des filets d’eau perlent en deltas sur les carreaux des deux fenêtres du petit salon ; seuls chants, ceux de la gouttière de zinc percée et des vieux radiateurs. La corbeille à bois est vide, sur le rebord de la cheminée traînent un morceau de hêtre cironné et une écorce de frêne tuilée, sur le manteau une aquarelle. Dehors les couleurs n’ont pas résisté, elles se sont assombries à force de mélanges, les crépis de l’ancienne remise gorgés d’eau font une pâte épaisse, le rimmel coule le long du chemin à double ornière. C’est un temps à salamandre, petites algues dans ses yeux d’airelles.

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Jean Prod’hom

Saint-Prex

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Elle ne m’en a jamais autant dit ; fallait-il encore que je l’entende. C’était en réalité impossible pour la simple et bonne raison que nous ne faisions qu’un.

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Il aura fallu qu’elle meure et que le temps passe pour que nous fassions deux, et que j’apprenne à lire par-delà son absence, sur les lèvres et dans les yeux de celle qui aura été bien plus qu’une mère, ce quelque chose qui n’a jamais été dit, qui ne pouvait être dit, j’entends le secret de tout un chacun, celui qu’elle a laissé filer entre ses doigts pour aller plus loin, parce qu’il faut bien un jour renoncer à l’impossible qui nous fait vivre et qui ira nourrir la vie de nos enfants, les enfants de nos enfants, ceux du passé et ceux de l’avenir.

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G. Gloor de l’entreprise W. A. Schnegg, photographe à Chauderon, avertit celle qui deviendra ma mère, dans un mot du 18 juin 1951, qu’elle passera à Saint-Prex le jeudi 21 pour lui montrer les photos qui sont toutes bonnes. Elle sera là vers 13 heures, à moins qu’il ne pleuve. Que les élèves qui souhaitent des copies soient prévenus et apportent de l’argent, c’est 25 à 30 centimes la copie. En cas de pluie elle les enverra par la poste.

Jean Prod’hom