Pas sûr qu’au milieu du siècle passé

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Cher Pierre,
Pas sûr qu’au milieu du siècle passé, Lausanne ait bénéficié, s’il en existe, des meilleurs urbanistes ; les collines de la Cité, de Bourg et de Saint-Laurent n’ont peut-être, à la décharge de ces voyants financés par l’état, guère facilité la gestion de son centre, de ses espaces verts, de ses places publique. Si bien qu’à Lausanne, où j’ai passé un bon tiers de mon existence, je n’y retourne guère.

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Mais rares sont les agglomérations de plus de 300 000 habitants qui peuvent se targuer d’avoir conservé un cours d’eau à ciel ouvert, c’est le cas de la Vuachère.
Il y a quelque mois, nous avions suivi, Olivier et moi, le sentier qui la longe, parfois de tout près, de son embouchure dans le Léman à la Perraudette. Nous avons prolongé cette balade ce matin jusqu’à la Sallaz. J’ai éprouvé à nouveau cet étrange sentiment d’être à l’intérieur d’un monde disparu, depuis longtemps déjà, mais dont ce vallon à la végétation sombre et primitive, plus impénétrable à certains endroits que celle qui annonce l’entrée des enfers, offre un accès privilégié.
Il aura certes fallu, pour que les eaux du Flon viennent épauler celles de la Vuachère, que les meilleurs ingénieurs consolident ses rives, les aménagent pour faire revenir les bêtes et qu’on découvre, au fond de son lit de molasse des truites et une fraîcheur qui rappelle celle du paradis. Et lorsqu’on traverse en coup de vent la ville pour se rendre de Lausanne à Pully, de Chailly à Sauvabelin, on ne songe pas un instant que tout au fond de ce vallon, aussi noir que l’encre, qui se dérobe aux yeux de celui qui n’y descend pas, coule une eau minérale, loin du torrent de boue tiède qui nous emporte en surface.
Pour que la fraîcheur vous monte à la tête, une paire de tongs suffit.

Jean Prod’hom

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L’air était frais ce matin

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Cher Pierre,
L’air était frais ce matin, je suis parti à un peu plus de 9 heures du Riau, sans bien savoir où je m’arrêterais ; j’ai fait la causette avec l’apprenti de la forge de Ropraz, avec François qui avait de la visite, avec Alain enfin, remonté contre l’exposition des photos de Roud au Musée Eugène Burnand ; c’est cette conversation qui a décidé de ma destination.

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J’ai emprunté, dessous la Moille, le pont qui cambe la route de Berne, plongé dans l’ombre du vallon de la Bressonne ; je me suis trempé les pieds, l’ai descendue sur une cinquantaine de mètres, peu décidé à quitter son lit. Et plutôt que d’emprunter le sentier dont les lacets conduisent à la Louchyre, je suis monté droit dans la pente et longé la lisière avant de piquer sur le réservoir. Les églantiers sont en fleurs ; des cerises, chétives, se colorent. De là-haut, Ferlens et le Borgeau ont une autre allure. Ai rejoint enfin, sous la chaleur, la Chapelle de Vucherens en passant par la Gotte ; puis traversé le village jusqu’à la route de Mézières. Je n’ai rencontré personne depuis Ropraz.
Ils sont quelques-uns sur la terrasse du restaurant des Trois-Suisses où je bois une bière et attends Sandra et les filles ; c’est jour d’audition à Palézieux. En attendant le tour de Louise qui jouera à 18 heures, je vais guigner dans la salle polyvalente où a lieu une grande kermesse ; c’est l’Association de l’Atelier des enfants qui l’organise pour soutenir les actions de l’association Taller de los Ninos, dont Christiane Ramseyer est la secrétaire générale au Pérou. C’est la voix de celle-ci que j’entends dans la salle, je finis par m’y asseoir, emballé par la présentation de son travail et de celui des 80 personnes qui l’épaulent dans les bidonvilles de la banlieue de Lima.

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Lili a beaucoup progressé et prend toujours davantage de plaisir au piano ; Louise, très fière d’avoir joué avec des filles plus âgées qu’elle, sort emballée de cette audition. On rentre, Arthur est à Gryon jusqu’à demain. Edelweiss et Fleur passent la soirée avec nous, devant le match de foot entre Barcelone et Turin. Depuis le début des travaux, les chats, on ne les avait pas beaucoup vus.

Jean Prod’hom

(FP) Devant la ferme de Roud à Carrouge

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Cher Pierre,
Il est inconvenant de vouloir tirer quoi que ce soit des outils, des reliques, de la maison d’un poète. J’ai fait une halte pourtant, ce matin, devant la ferme de Roud à Carrouge, l’eau coulait dans les deux fontaines.

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Mais de savoir que quelqu’un y fut, tout à la fois étranger et proche, que ce quelqu’un prit acte, autant qu’il le put, de sa condition et des alentours, qu’il la quitta chaque jour pour rejoindre le chemin de la Louchyre, de Ferlens ou la route de Missy, donne au monde dans lequel je suis une substance singulière ; une manière d’être, de se livrer ; une durée, une réalité qui s’ouvre et me soulève. Me voici embarqué et je sens la brise fraîche du matin que diffuse la maison vide du poète sise aux quatre vents.
Je longe le chemin qu’il a emprunté tout à l’heure, ça aurait pu être ailleurs et le fait d’un autre poète –, mais c’est ici, sur la route d’Hermenches, Prahins ou Molondin, c’est ici qu’il a creusé son absence et mon attente. (P)

Jean Prod’hom