Je ne le dirai pas épagomène

Capture d’écran 2015-04-05 à 11.01.08

Je ne le dirai pas épagomène à strictement parler, même si je sais que chacun de nos jours l’est, si on n’y prend garde, bien plus qu’on ne l’imagine.

IMG_7113

On a déjeuné à la véranda, Sandra et les enfants sont descendus au marché, j’ai rattrapé le temps perdu : rédaction du billet de la veille, envoi des photographies d’arrosoirs à Dominique, demande à Christine d’un modèle de dossier de presse. Je suis allé ensuite chercher mes deux paires de lunettes à Oron, j’ai acheté un gigot d’agneau ; puis coupe de cheveux chez Gremaud. J’ai fait quelques achats à la Coop pour ce soir, demain et après-demain, j’ai lu le journal au café de Châtillens.
Il est près de 16 heures lorsque je mets le feu aux dépouilles des tailles faites avant Pâques et que les enfants ont mis en tas à côté du hangar. A 18 heures tout est en cendres. Me reste à préparer le repas, à cocher ce qui n’est plus à faire et à ordonner ce qui l’est encore: rien de bien neuf.
N’étaient des soirées, des moments et des rencontres qui ne riment à rien, on serait, c’est sûr et sans le savoir, bien malheureux.

IMG_6898

Jean Prod’hom

Réveil à 8 heures

Capture d’écran 2015-04-05 à 11.01.24

Réveil à 8 heures, je réunis mes affaires et pousse Édouard jusqu’à Viviers ; un café en ville, à deux pas du Grand Séminaire, avant de le déposer devant l’Office de tourisme, à l’extrémité du pont qui franchit le Rhône. J’apprends par le journal que le double de la grotte Chauvet sera inauguré aujourd’hui, une belle histoire qui se termine. J’emprunte l’autoroute jusqu’à Grenoble où je bifurque pour la Chartreuse ; aperçois les premières vaches de la saison dans un pré au-dessus de Saint-Laurent-du-Pont. 

IMG_3294

Je fais une première halte à l’entrée de la forêt domaniale de la Grande Chartreuse et du tunnel de Fouvroirie. J’y apprends que la porte de Jarjatte a été démolie en 1856, autorisant l’accès au couvent. Quant à la route qui longeait le Guiers mort elle a été abandonnée au profit d’un tunnel inauguré en 1995. Trois ponts franchissent la rivière en aval du barrage en bois qui fournissait, dès 1333, la force motrice aux martinets et aux soufflets des maîtres de forges du couvent des Chartreux. Le plus vieux des trois date de 1203.
Du patrimoine industriel dont les bâtiments ont abrité tout au long de l’histoire des scieurs et des travailleurs du fer, il ne reste que des ruines. On y fabriquait encore, il y a moins d’un siècle, des limes et des baleines de soutien-gorge, m’indiquent, en salivant, deux ouvriers qui fument des cigarettes dans un container. Ils travaillent pour une entreprise qui a loué l’une des immenses halles de ce complexe qui menace de s’écrouler.

IMG_7090

Quelques centaines de mètres en amont, la pierre est blanche ; j’entre dans une cour traversée par une double voie ferrée, étroite, propriété de la société Vincat, sise Tour Manhattan, Paris la Défense ; ça fait drôle de lire ces mots ici. Cette société exploite, sous les anciennes terres des Chartreux, la carrière souterraine de la Perelle. Un carrier, douché, frais rasé, m’apprend que les 30 ouvriers qui travaillent sur ce site sortent du fond d’une galerie de plus d’un kilomètre du calcaire argileux (70% / 30%), dont ils attaquent le filon depuis en-haut. Ils l’emmènent dans des wagonnets dans une usine située de l’autre côté de la rivière et en tirent du ciment prompt. Le carrier, qui n’est pas un mineur – régime des retraites oblige –, a terminé sa journée, il a commencé à 6 heures. 
Discute encore avec un passionné de chemin de fer industriel et son amie, il vient de Lyon, elle vient du coin. C’est sa passion, sait tout des mines et des chemins de fer, écrit dans des revues. Impossible de le retenir, inutile aussi, j’ai trop de questions, il me donne l’adresse de son site, j’irai voir. Nous ne pourrons pas entrer dans la galerie, mais le miracle à lieu, les portes d’acier s’ouvrent et deux locomotives miniatures sortent de la montagne, toute blanches, sans les 19 wagons chargés de ciment qu’elle tire parfois, mais avec un container jaune d’où sortent trois hommes souriants. 
Je fais une halte devant le grand Som pour manger un morceau. Reçois quelques messages de Sandra, je remonte désormais le Guiers vif. Me réjouis de tous les retrouver, elle, les enfants, Oscar. 
Col du Granier, Chambéry, Genève. La circulation me met à trois reprises de très méchante humeur; ça bouchonne à Aubonne, je passe par Lavigny et Bussigny ; ça bouchonne à Bussigny, je passe par Cheseaux ; ça bouchonne à Cheseaux, je passe par Morrens. Je retrouve en fin Sandra et les enfants, il est plus de 18 heures. Pas le courage de faire à manger, on va fêter nos retrouvailles au motel des Fleurs de Servion. Je reçois un mail de Françoise : Edouard est arrivé à Aiguebelle.

Jean Prod’hom

Croche noire pointée croche

Capture d’écran 2015-04-05 à 11.01.45

Cher Pierre,
Croche noire pointée croche, croche noire pointée croche, ni sifflement, ni cri, ni chant, un roucoulement, dit-on, celui de la tourterelle, mat et liquide, un « l » plutôt qu’un « r », rond, dont on peine à repérer la provenance. C’est à cet oiseau de madrigal que revient aujourd’hui la tâche de rappeler à l’homme, depuis que nous avons exigé du coq qu’il se taise, ses reniements et ses lâchetés. Les tourterelles le font sans déchirer les âmes, avec douceur, sans heurter les consciences. Il faut dire qu’elles restent sur le qui vive, elles ont en effet bien compris qu’elles étaient en sursis, que certains pourraient juger qu’elles font trop de bruit et ordonner qu’on leur coupe la tête.

Jean-Claude Hesselbarth

On quitte Colonzelle pour Nyons à un peu plus de 8 heures. Je tire de l’argent au bancomat , on boit un café ; Françoise et Edouard vont faire leurs emplettes dans la vieille ville, chacun de leur côté, je descends du mien sur la rive droite de l’Eygues ; impossible de le remonter au-delà du moulin, beaucoup trop d’eau. Les micocouliers, les érables, même les houx ont déclenché leurs opérations de séduction. Du vieux pont roman en haut de la ville, le regard remonte l’esse de l’Eygues, il en devine un second, un troisième et le sentier qui les longe, jusqu’à Curnier où l’Ennuye mêle ses eaux à son aînée. On aimerait aller voir de plus près.
Mais c’est sur l’autre rive qu’Edouard nous emmène. On laisse la voiture sur l’aire de Toulonne, on grimpe jusqu’au ravin entre Taillas et Grèzes qu’on suit jusqu’au col de Roux ; une bonne heure de marche sous le soleil, avant de pique-niquer au pied de chênes rabougris, qui se partagent le les collines avec des buis ardents, le jaune des genêts, les piques des genièvres et le blanc des épines noires. On croise deux colonies de chenilles processionnaires, il y a des restes de neige sur la montagne d’Angèle: le texte qui s’efface est illisible. On redescend par le centre équestre de la Garde, les chevaux sont en liberté. On aperçoit Condorcet et les dernières fleurs des amandiers. Le morceau de terre cuite, égaré sur le premier raidillon et glissé dans ma poche, a bien supporté la balade ; il a même, de frottement en frottement, commencé son travail d’usure et d’épure.
On boit une bière sur une terrasse à Nyons avant de rentrer à Colonzelle. Douche. Fais un saut à Grignan pour remettre une copie du discours de Philippe à Lily, Hessel prépare une salade de fruits.
On mange sur la terrasse, il fait bon, je reçois un message de Joëlle, un billet sur Jean-Claude Hesselbarth paraîtra demain dans 24heures.

Jean Prod’hom