Les premiers jours de printemps

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Cher Pierre,
Les premiers jours de printemps, souvent, virent au gris à l’aube, même si, au même moment, le ciel vire au bleu. A cause de l’humidité.

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Lis au réveil les premières pages de L’Oeil de la terre, que Gil Jouanard a fait paraître en 1994 chez Fata Morgana. Les pages qu’il consacre à Jean Follain et à Canisy sont radieuses ; celle dans laquelle il règle ses comptes avec René Char et certains de ses épigones ne réjouira pas tous mes amis ; il met à part, pour les consoler, les Matinaux et Fureur et mystère.
Ses réflexions sur la nature du poème me ramènent naturellement à ce brouillon qui traîne sur le bureau de mon ordinateur : trop long, si bien que je retire ce que je peux retirer facilement, à tel point que je finis par voir en transparence la carcasse ; m’interrompt avant qu’il n’y ait plus rien, j’y reviendrai après-demain. Quant aux cinq poèmes qu’on me demande de joindre à cet envoi, ils ne seront pas à strictement parlé des poèmes, mais plus modestement cinq textes d’humeur différente dont la coexistence devrait faire entendre l’un des restes de ce qui reste lorsque tout a été dit.

Jean-Claude Hesselbarth

On braise entre 11 et 12 au soleil, Edouard cuisine dedans. Je cherche les fruits secs du laurier et de la glycine ; Françoise me parle de Riant-Mont, de Zappelli, des Jaton, des Jaquier, de la boulangerie remplacée aujourd’hui par un salon de coiffure. La boulangère de Riant-Mont 2 vendait sa marchandise du lundi au samedi soir ; c’est donc son mari qui était chargé des courses pour la maisonnée, un mari un peu poète qui aurait confié un jour à Françoise : c’est même moi qui achète les hottes à nichons de ma femme.
Je monte chez Hessel à 14 heures 30, il boutique. On s’assied, il est insatiable ; de rien il tire un fil qu’il ne lâche pas, revient en arrière pour repartir de plus belle ; mais il me parle aussi du temps qui lui est nécessaire pour disposer de quelques heures. Il me charge de sortir et d’arroser un bougainvillier et un jasmin assoiffés depuis plusieurs mois, je remplis ma tâche, sans me cacher que ce serait un miracle s’ils reprennent. J’en profite pour faire une photo des trois arrosoirs qui serrent les coudes sous l’évier et vais jeter un coup d’oeil au bassin au fond du jardin. Au retour, on parle de choses et d’autres, un peu de peinture, de Stéphane et de Martine. Lily rentre lorsque je dois les quitter. Mais ils m’invitent à les rejoindre ce soir pour manger avec Alain.
Christine m’accueille dans sa galerie avec suffisamment de délicatesse pour que je sois en mesure, assez rapidement, de surmonter les doutes qui m’assaillent. On se retrouve deux heures plus tard avec un plan de bataille pour les deux salles qu’on occuperait en septembre prochain : dans la première – où devraient avoir lieu les lectures – 5 ou 6 polyptyques, une table étroite de 3 mètres 60 où seraient déposées côte à côte les boîtes avec le texte correspondant ; sur des parallélépipèdes rectangles répartis au hasard 4 ou 5 récipients, transparents, contenant 1, 2 ou 3 tessons.
Dans la seconde, une longue table de 4 mètres dont on pourrait faire le tour et sur laquelle seraient posées 5 ou 6 casses d’imprimerie ; au mur 5 ou 6 polyptyques ; et face à l’entrée une table basse d’un peu plus de 2 mètres sur laquelle seraient jetés du sable et les tessons des hauts de casse.
Je rejoins Lily, Hessel et Alain pour une belle soirée, on mange et on rit. Hessel raconte leurs virées en vélomoteur, Lily revient sur les raisons pour lesquelles elle et sa petite équipe ont fondé l’Association Jean-Claude Hesselbarth. Je repasserai demain pour leur amener l’enregistrement du discours de Philippe Jaccottet, Liliane me remettra en échange des copies de quelques-uns des films qu’elle a réalisés.
Ah oui, j’oubliais, on a décidé avec Christine que l’événement à Terres d’écritures s’intitulerait – jusqu’à nouvel ordre : A défaut de prière, ramasse une pierre. Et qu’elle aurait lieu les samedi et dimanche 12 et 13, 19 et 20 septembre 2015. Au boulot!

Jean Prod’hom

A l’impression d’avoir couru tout le matin

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Cher Pierre,
A l’impression d’avoir couru tout le matin derrière ce que je m’étais promis de faire, succède celle de voir s’éloigner ce que j’aurais pu entreprendre si j’avais mieux estimé mes forces. Je prends conscience de tout cela lorsque j’essaie de rassembler les images du jour, que je peine non seulement à retrouver mais encore à rogner et à placer dans l’ordre de leur succession.

Jean-Claude Hesselbarth

Je suis parvenu pourtant à boucler l’essentiel à midi, au Grenier à sel, d’où j’ai pu envoyer à Joëlle les photographies que m’a fait parvenir la journaliste de Montélimar, le texte que j’ai rédigé la veille au soir pour ce site et le communiqué de presse que m’a expédié Nicolas.
Je croise Lily dans son jardin, le weekend de Pâques a bien entamé Hesselbarth qui reprend pourtant du tonus. Je passerai demain après-midi avant de rejoindre Christine à Terres d’écritures.
Redescends à Colonzelle par le manège, jette un coup d’oeil discret sous les chênes, guigne sur les rives sablonneuses du Lez, au cas où des morilles me feraient signe. Croise une piéride qui remonte le chemin, elle s’échappe, je me tourne dans tous les sens, elle a disparu. Une douzaine d’abeilles se désaltèrent dans une flaque ; bruit de sanglier dans le sous-bois, c’est un merle qui remue les feuilles mortes et qui s’envole. Salue les pervenches observées la veille, fais une halte contre la pile du pont de l’ancienne ligne reliant Pierrelatte à Nyons, à côté de deux pissenlits solaires. L’eau du Lez qui se gargarisait plus haut paresse, un lézard vert pâle se faufile entre les ronces, les chardons rouges de l’été passé ont séché.
Il suffisait de se donner la peine de le dire. Et cette journée qui manquait de tout retrouve une allure, sept coups au clocher de l’église de Colonzelle, on n’apercevra bientôt plus les boules de gui, l’écriture a un indéniable pouvoir de réhabilitation.
Je téléphone au Riau, pas de nouvelles d’Arthur qui s’entraîne en Valais. Sandra, qui est le maître d’oeuvre des prochaines transformations de la maison, ramène mes histoires à de justes proportions : elle me raconte l’architecte, le menuisier et le maçon. Quant à Lili et Louise, ravies de leur journée à Thierrens, elles me racontent la belle histoire de Peony et de Stella.

Jean Prod’hom

A propos de Tessons

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Littérature romande : Avez-vous l’âme d’un collectionneur?

JP : Amateur de collecte certainement, mais étranger depuis toujours à l’idée de collection. Un rien les distingue, invisible, mais tout les sépare : la seconde suppose une clôture, la première un peu de cet égarement qui oblige celui qui s’y livre à guigner du côté de l’imprévu.
Ainsi, ces morceaux de terre cuite, que je ramasse depuis plus de 25 ans, m’ont permis de connaître des lieux dont je n’aurais jamais entendu parler, ils sont aussi à l’origine d’aventures que je n’aurais jamais osé imaginer ; ce livre, Tessons, est l’une des dernières en date.
Mais j’ai eu comme chaque enfant, bien sûr, quelques velléités à rassembler dans un album de timbres la totalité du monde, toutes les espèces de coquillages au fond d’une armoire. Sans grande conviction.
Cette collecte ne m’aura jamais empêché de l’interrompre, de regarder autour de moi, de faire des rencontres, bien au contraire ; j’ai ramassé d’autres reliefs que les hommes abandonnent et que la mer, le sable et le vent ont usés, abrasés, embellis: pierres, plastiques, bois, fers. Mais, je l’avoue, avec mon d’assiduité que les tessons. Ces restes constituent ce que j’appellerai, pour reprendre le titre d’un petit livre de Pierre Bergounioux, un Abrégé du monde. Quant à Pascal Rebetez, le courageux éditeur de Tessons, il m’a invité à en dire un peu plus, je lui en sais gré.

Est-ce l’empreinte humaine qui vous a poussé dans ce choix ?

Disons d’abord que je n’ai pas choisi. Dans ce genre d’aventure, obscures, ce n’est qu’à la fin que quelque chose s’éclaire à la lumière de ce qu’on a fait, trouvé, pensé ; il n’y avait donc aucune raison que je me mette à ramasser ces « merdouilles », comme le disent si poétiquement David Cuendet et Laurent Flutsch. Ce n’est qu’un concours de petites circonstances, j’en ai levé de sérieuses par après que j’évoque dans ce livre.
Mais disons tout de même que la nature double du tesson n’aura pas été pour rien dans mon obstination, à moins que celle-ci ne m’ait permis de penser celle-là.
On le sait, les oeuvres de la nature se mêlent, parfois, à celles de l’homme pour faire naître des merveilles, les artistes en sont les ouvriers. Artiste je ne le suis pas, j’ai simplement laissé faire ; c’est ce qui m’a occupé. Et j’ai essayé d’être présent au moment voulu, lorsqu’il n’y avait plus qu’à les cueillir dans les laisses de mer ou sur les berges des lacs et des ruisseaux, abandonnés, loin de tout.
Que personne – ou presque – ne s’y soit intéressé m’aura permis de vivre plus de 25 ans sans rivaux, ce n’est pas rien, 25 ans à l’abri des batailles.
J’ai été, pour dire la vérité, plusieurs fois tenté d’en faire quelque chose ; j’en ai fabriqué des faux, j’en ai peint, j’ai cherché à accélérer leur rédemption en les plongeant dans des bains d’eau salée ou dans les cascades des rivières du Jorat. Sans succès. Ces pierres, j’ai dû l’accepter, se sont faites sans moi, ce livre en témoigne, sans manquer de m’aider à vivre et à penser. On ne se moque pas, c’est vrai.
Et lorsque Pascal Rebetez m’a proposé de raconter tout cela, il m’a suffi de choisir quelques-unes de ces pierres, recueillies sur la bande indécise qui unit – et sépare – la terre et la mer et de donner une forme aux songeries qui m’ont accompagné pendant tout ce temps. Ce n’est tout compte fait pas grand chose : une petite cinquantaine de pierres, une petite cinquantaine de proses qu’il m’a fallu rogner pour les apparier à ce qui les avait motivées, les polir avec le risque bien réel qu’il ne reste plus grand chose à la fin, presque rien, à l’image de ces objets oubliés du monde qui recèlent une dignité et une beauté mystérieuse.

Les tessons sont de parfaits représentants du temps qui passe : on les trouve lavés par les flots, les rivières. Y a-t-il nostalgie dans leur découverte ?

Il y a d’abord une joie, celle de rencontrer quelque chose qui me semble, chaque fois, m’avoir donné rendez-vous ; il y aussi le plaisir de les tenir dans la main, de suivre du doigt leur courbe, de me pencher sur leur motif, de reconnaître la lente usure de ces formes éclatées qui trouvent, à un certain moment, leur éclat. J’ai décidé de les retirer des laisses où ils ont été jetés et où ils ont fleuri avant que la mer et le sable qui les ont faits les fassent disparaître.
Alors? nostalgie aucune. Ou alors la nostalgie de cette époque rêvée où l’homme avait le temps, ou le prenait, de considérer les miracles par lesquels nous somme faits et défaits. Ces pierres sont nées dans le fracas, bols jetés, assiettes brisées, rejetées, abandonnées ; elles ont vécu oubliées en marge des règnes ; et c’est là qu’offrant leur flanc à la mer, au sable et au vent, sans rien dire, certaines d’entre elles ont su devenir une comme nulle autre pareille avant de retourner au sable. La vie de l’homme n’est pas différente de celle de ces pierres.

Vous dites ne pas collectionner, mais vous ne conservez pas moins précieusement ces tessons. Vous les exposez même dans les musées à l’occasion. Alors, avez-vous un côté Petit Poucet ?

Je répondrai en deux fois. D’abord le petit Poucet, une histoire qui me ravit. Petit Poucet, nous l’avons tous été et nous le demeurons ; à mesure que l’on s’éloigne de là où l’on vient, il devient en effet toujours plus difficile d’y retourner et il convient, comme Poucet nous l’a appris, de prendre quelques précautions.
Mais comme toutes les histoires qui imposent leur évidence – revenir sur ses pas en ramassant les cailloux qu’on a semés –, elles passent sous silence la moitié de ce qu’il faut entendre. Poucet va grandir et sera invité à aller de l’avant, il faut bien un jour quitter le giron, et il ne sert plus à rien de laisser derrière soi des cailloux, nous devons les jeter devant nous pour établir ce gué sans lequel on resterait sur la même rive sans rien comprendre de ce qui reste à comprendre.
Si donc ces tessons me permettent de revenir sur mes pas, ils sont aussi ces pierres jetées dans la rivière pour rejoindre des paysages inconnus, là où il n’y a personne pour me rassurer et dans lesquels il a bien fallu que je me risque si je voulais m’approcher un peu de ce qu’on ne m’a pas dit. En ce sens, ce livre aura été important, il m’aura permis de rassembler ce qui ne reviendra pas, mais aussi de découvrir, écrivant, devant moi, ce que je ne soupçonnais pas.
Quant à leur exposition, n’exagérons rien ; si ces tessons ont effectivement trouvé une place dans le musée romain de Lausanne-Vidy, apprenez qu’ils n’en occupent pas le naos, mais le vestibule.
Fierté tout de même, naturellement, fierté que ces petits paradis portatifs soient arrivés jusque-là et que j’aie pu contribuer à leur reconnaissance. Mais amusement surtout, amusement qu’ils se retrouvent à deux pas des vieux briscards de cette illustre maison, fibules, tuiles et verres soufflés, identifiés, étiquetés, classés sous clé ; mais à deux pas aussi du lac, prêts à prendre la poudre d’escampette, là, tout près, dans le sable et sous le vent, sur les rives du Léman.
Ce ne sont pas non plus des pièces reconnues par les amoureux de l’art, quand bien même ces tessons vont être exposés dans une galerie d’art, à Grignan : Terres d’écritures.
C’est la faculté de ces pierres de faire bonne figure sur les seuils, entre mer et terre, entre deux eaux, à égale distance des science et des arts, qui me ravit. Je n’aurais pas pu espérer mieux. Mais je m’égare, il ne faudrait pas qu’on se méprenne, ni eux ni moi ne nous prenons vraiment au sérieux : ridentes in vestibulo.

Vous avez été assistant en philosophie : y a -t-il un lien unissant la marche, l’écriture, la philosophie et votre passion très spécifique ?

Faudrait d’abord s’entendre sur le mot de passion. Mais certainement. La lecture de Nietzsche a été par exemple importante, les questions de l’affirmation, de l’acceptation, de la métaphore et de la métamorphose, et naturellement celle plus générale du fragment ; elles m’ont fait entrevoir un autre continent que, lorsque j’ai quitté la Faculté, je me suis mis à vivre de l’intérieur, avec le langage et le monde dans lesquels nous sommes immergés, pour mieux comprendre et pouvoir en sortir. Et je vois mal d’autre chemin que l’écriture.
Par ailleurs, je ne suis pas sorti indemne de la lecture de René Girard, mais je n’en dirai pas plus, c’est si loin. J’ai dit mes dettes : Quignard, Perec, Dhôtel ; il faudrait en citer d’autres.. Nos vies ne sont pas compartimentées comme semblent le ressasser nos vieilles encyclopédies. Disons que je ne vois pas comment on peu y voir clair, c’est-à-dire penser, sans marcher, observer, rêver, écrire. Sans sortir et rentrer, s’asseoir à une table et donner une forme à ce qu’on traverse et qui nous traverse. Tout ça ne fait qu’un.

Les photographies des tessons qui ornent votre livre sont très réussies : comment avez-vous procédé au choix ?
J’ai cru pouvoir choisir, au même titre que j’ai cru pouvoir classer ces objets. Impossible, c’est donc dire que beaucoup d’autres auraient pu figurer dans ce livre. Disons que ceux qui y figurent logent dans un meuble d’imprimerie, et que la première casse est la plus prisée. Après 25 ans, certains tessons ont su s’y installer, pour des raisons souvent secondes. Une centaine de tessons peut-être. C’est parmi eux, surtout, que j’ai plongé la main. De fil en aiguille il en est resté une cinquantaine, dont le choix a obéi, dans certaines circonstances, à des raisons si fragiles que je n’ose en parler.
La présence de certains me paraissait incontournable, j’ai aidé d’autres, plus timides, à s’imposer. C’est le rôle des textes qui les accompagnent de faire entendre quelques-unes des raisons de leur présence et les événements qui ont présidé à leur découverte.
Mais j’ai choisi surtout deux extraordinaires photographes, Geoffrey Cottenceau et Romain Rousset, et Chatty Ecoffey, une graphiste de talent.

Vous écrivez quotidiennement sur votre blog (www.lesmarges.net). Quelles différences voyez-vous entre l’éphémère du support informatique et celui figé du papier pour un texte publié ?

Et bien je ne vois pas bien, c’est pour cela que j’écris, pour y voir un peu plus clair. Mais cette activité quotidienne me conduit à penser que, si j’écris, c’est d’abord pour donner forme à une ou deux choses qui se présentent chaque jour, les ficeler en leur donnant un nom et une allure, pour mieux m’en débarrasser. Et être assez libre le lendemain pour recommencer. Le blog s’y prête bien, c’est ce qu’on peut appeler, après François Bon, l’effet fosse à bitume. Mais le blog a aussi ses inconvénients.
Il s’est trouvé un éditeur assez courageux pour nous lancer dans l’aventure papier, je ne le regrette pas, mais cette aventure va certainement m’obliger à donner une réponse plus solide à la question que vous me posez. D’autant plus qu’un second éditeur m’a proposé de réunir sur du papier un certain nombre des textes publiés depuis 2008 sur lesmarges.net.
Mais disons-le tout net, sans l’avènement du numérique, je n’aurais jamais écrit ; je l’ai fait, en temps presque réel, pendant près de 7 ans, sans jamais rien demander à quiconque, avant que ceux du papier s’avisent que j’écrivais une ou deux choses qui pourraient les intéresser.
Je ne sais donc pas ce qui va se passer, j’ai quelques projets, nés sur le net, que je voudrais reprendre, mais cela demande du temps, et je ne sais si je suis assez vaillant pour mener de front ces deux modes d’écriture. En attendant, j’ai créé sur mon site une rubrique atelier qui me devrait me permettre, pendant quelque temps, de ménager la chèvre et le chou.
J’ajouterai que l’écriture quotidienne sur lesmarges.net n’est pas sans rappeler ma cueillette de tessons : je ramasse avant la nuit ce quelque chose que seule l’écriture est apte à sauver de l’oubli en lui donnant une forme et un peu de cette lumière susceptible d’éclairer les jours suivants, là où on n’est jamais allé, comme sur un gué, de proche en proche. Et je ne suis pas sûr que je puisse m’en passer.

Vous avez un nouveau projet de publication aux éditions Antipodes. Pourriez-vous nous en dire plus à ce propos ?

Il s’agit d’un recueil de billets écrits entre 2008 et 2014, il devrait faire voir un certain nombre de balises le long d’un chemin qui continue. Dans des paysages variés. Le livre est dans la boîte. Il dit en substance que nous ne sommes pas fait d’une seule pièce, mais d’un ensemble de perceptions aussi nombreuses que les feuillets ce ce livre dont parle Borges, aux nombres de pages infini et où aucune page n’est la première, aucune n’est la dernière.
Et lorsque je mourrai, ce n’est pas, j’ose l’espérer et j’y travaille, un vase qui se brisera, mais les morceaux d’un vase incomplet brisé depuis longtemps, dont un soi toujours plus ténu et fugace aura assuré le poli et qui rejoindront ceux qui l’ont nourri.