Je n'ai pas l'heure d'été à la bonne

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Cher Pierre,
Je n’ai décidément pas l’heure d’été à la bonne ; il y a d’abord les inconvénients liés à mon ignorance du moment et de l’heure, on a beau me répéter que ces changements auront lieu les derniers dimanches de mars et d’octobre, rien n’y fait, je ne m’y habitue pas. Aujourd’hui encore, nous voulions, Arthur et moi, partir à 8 heures pour les Diablerets, nous avions mis le réveil à 7 heures pour être sur les pistes à 9. Total, nous sommes arrivés à 10 heures, pris un abonnement d’une journée plutôt que d’une demi. Nous avons été les pigeons.

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J’ai le sentiment, dans ce cas comme dans tant d’autres, que trop de choses se sont faites et se font encore dans notre dos, pour servir un sous-ensemble du collectif.
Les oeufs d’Isenau, que j’ai connus neufs en 1974, alors qu’on passait des vacances à la Gentiane, ont pris un coup de vieux ; un employé m’indique qu’ils devraient être changés en 2017. Ce qui ne nous a pas empêchés de trouver un peu de soleil en arrivant, avec la Palette d’Isenau dans la brouille.
On skie une bonne heure, Arthur est content de ses nouveaux skis. Mais le vent souffle, on décide de basculer sur les Meillerets et de rejoindre Bretaye et les Chamossaires. C’est la neige et la pluie qui nous accueillent ; courageux, on skie jusqu’à près de 3 heures, sans soleil, mais avec Jacky Lagger en récompense, sous un chapiteau vide à Bretaye, il neige, on écoute deux chansons, skis au pieds. J’ai un faible pour cet homme, son parcours dont je ne sais rien, son allure, sa bienveillance rugueuse.
On ramasse au retour Lucie à Epalinges ; je fais revenir un morceau d’épaule de porc que je termine dans une cocotte, râpe des carottes rouges dans laquelle je glisse des fruits de grenade ; fais cuire du riz.
Sandra et les enfants présentent à Lucie les travaux prévus dans la maison ; elle a lu Aude Seigne, on parle un peu des Chroniques de l’Occident nomade. Louise fait une tarte aux pommes.
Ecoute Comme un poisson dans l’eau, première chanson de l’album Spectacle heureux. Et puis bonne nuit.

Jean Prod’hom

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KO debout

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Cher Pierre,
KO debout ! en faisant, cet après-midi, un usage immodéré de la tronçonneuse pour tailler la haie vive au levant du jardin, les trois bouleaux près de l’étang -qui ont bien pris 4 mètres en deux ans-, et les repousses dans le talus qui longe le parking ; j’en sors défait, sans même m’être occupé du saule déplacé il y a trois oui quatre ans, trop imposant pour que j’aie le courage, aujourd’hui, de le tronçonner et de le débiter, avec le corollaire qu’il aura, dans quelques années, pris du poids et de l’envergure, et qu’il me faudra alors plus d’énergie encore que celle qui m’a manqué cet après-midi, pour m’atteler à un type de tâches qui me rebutent chaque année davantage.

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J’ai retrouvé Fl à Ropraz, au milieu de la matinée. On se chargera de mettre en place le bureau des inscriptions, du contrôle et des résultats de la course du 3 mai. Je lui annonce que je devrai le quitter en début d’après-midi puisque je suis de piquet au Salon du livre de Genève. Il n’est pas intéressé par le poste de secrétaire du club, occupé à d’autres tâches au sein d’une société de gymnastique. Je vais donc vraisemblablement rempiler pour une année. Lis les deux premières parties de Jours sans événements de Gil Jouanard.
Il est 5 heures, je conduis Lili à Carrouge pour un anniversaire, Arthur revient de Lausanne. Je fais réchauffer des restes. Louis et Sandra partent ensuite au cinéma pour Oron, je regarde Stalker sur l’ordinateur, avec Arthur qui craque 10 minutes avant la fin. Récupère Lili à 10 heures 30, Sandra et Louise nous rejoignent peu après.
Le ballet cesse, on se retrouve tous les cinq un bref instant avant d’aller nous coucher. Demain, je monte skier avec Arthur aux Diablerets.

Jean Prod’hom

Les trois chevreuils

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Cher Pierre,
Les trois chevreuils qui broutent ce matin dans le pré au-dessus de la Moille aux Blanc semblent ne pas s’étonner de ma présence à la lisière du bois ; mais il suffit que je fasse mine de m’approcher pour qu’ils déguerpissent aussitôt. Ils confirment mon impression de faire juste en commençant la journée par une balade.

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Je descends à Treytorrens en trois fois : m’arrête en effet au bord du lac de Bret, dans le miroir duquel les arbres plongent leurs branches noires, tourmentées ; fais une halte au cimetière de Chexbres avant de descendre la corniche ; bois enfin un café à Cully où je relis les dernières pages du Causse en hiver de Gil Jouanard.
Il est 10 heures, Anne-Hélène et Yves sont là, on babille un instant sur la terrasse avant de commencer nos travaux. Mais les choses ne débutent vraiment que lorsque mes acolytes prennent les choses en main ; ils ne m’entendent pas, ils fonctionnent ensemble depuis des années. C’est un plaisir de ne pas les comprendre et de me retrouver sur la touche, la fenêtre qui donne sur le lac est ouverte.
Je repars avec quelques photos et des instructions pour Grignan : présenter à Christine l’état de nos travaux, obtenir son accord. Il me faudra encore établir comment fixer aux murs le support sur lequel reposeront les photographies, noter les dimensions des locaux. Il est près de 14 heures lorsqu’on interrompt les essais, on file à Rivaz manger une pizza, les forsythias sont en fleurs.

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Toute cette histoire m’inquiète, ses dimensions d’abord ; il y a ensuite tellement à faire, à penser, ne rien oublier, anticiper ; il y a enfin des décisions à prendre dans des domaines où je ne suis pas à l’aise.
Je m’arrête à Oron où je fais les achats pour les repas de ce soir, samedi, dimanche et lundi, le soleil est revenu. Au Riau j’embarque Sandra pour le petit tour. Elle est allée discuter des plans de la salle de bains, me raconte tout dans le détail. L’ensevelissement du papa de F aura lieu lundi après-midi, celui de la maman de M, mercredi après-midi, l’étau se resserre.
Je me suis simplifié la vie, on mangera ce soir des délices au fromage, des pommes de terre duchesse précuites, une salade de fruits. On parle du crash de l’A320 dans les Alpes, des dispositifs de sécurité, de la pression sociale et des dépressions individuelles, de ce que la concurrence effrénée provoque, des marges et des portes étroites. On ne sait pas trop quoi dire.

Jean Prod’hom