Ypérite au Bois Vuacoz

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Cher Pierre,
Ypérite au bois Vuacoz, cloque, ampoule et vésicule, boue et neige. Vais barboter sur le chemin des Dames entre Corcelles et Froideville, croiser la route des Flandres et celle des Paysans.

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Pas de ciel, les rideaux sont tirés ; seules lumières, les ruches rouge pâle de la Mussily et les phares des voitures sur la route des Paysans. Au Chauderonnet, les pommiers brisés net du verger traînent leurs dépouilles, les plaques de neige se retirent sur la pointe des pieds. À cette saison les fers à cheval ne portent pas chance, l’eau peine à s’écouler.
On le sait par ouï-dire, les beaux jours vont éponger ce trop plein, siphonner les mares, assécher les sentiers labourés par les cavaliers. Il est temps de se rappeler que mars est le mois d’avant les grandes offensives, le mois des ornières gorgées de noirceur, des tranchées d’où naît le printemps. Attendre, attendre le soleil et la première morille.

Jean Prod’hom

Zou !

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Cher Pierre,
Zou ! trois listes de ce qui m’attend, épinglées sur un panneau de sapin 220 x 70 x 15 vissé au mur, trois rubriques pour l’instant : A la mine, A la maison et Sur la page, sans considération de délais ; à moi de les définir les jours prochains pour éviter la faillite, en conjuguant flux tendus et flux poussés sans succomber au déni des circonstances.

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Sandra est montée avec les deux grands aux Paccots, Louise avec un snowboard – c’est la première fois –, Arthur avec ses skis. Je fais du feu, Lili baigne Oscar, je vais repêcher quelques photos pour Marges, Lili regarde une série.
Je me prépare à aller faire quelques courses à Oron, dresse une quatrième liste : pommes, salades, pain, pesto, pâte feuilletée, cornichons au vinaigre, lait. Je reviens avec une seule salade mais deux carottes rouges, sans pommes mais avec des poires, et une grenade. Les circonstances l’ont voulu ainsi.
La neige découvre en se retirant l’herbe qu’elle a brûlée, le soleil n’est pas loin, le printemps recolle à l’automne. Il y a du travail dans le jardin, la taille des fruitiers d’abord, celle des arbustes ensuite, et la coupe des deux boulots sortis de terre près de l’étang ; vérifier l’enclos d’Oscar, mettre de l’ordre dans le hangar, déplacer les lavandes et réaménager l’angle sud-ouest du jardin. C’est noté.
Je m’arrête chez François, un passionné de cinéma et de flippers. Il anime Flips & Cinéma, un site dans lequel il inventorie les films où apparaissent ces jeux qui ont ponctué nos fins d’après-midi, à Michel, Jacques et moi. On boit une bière et on fait un flipper.
Sandra et les grands rentrent des Paccots à un peu plus de 5 heures, Louise s’est fait mal au genou. Le médecin de service pense qu’il est préférable de passer à Epalinges. On mange sans elles. Elles rentrent enfin, il est passé 21 heures, Louise avec une entorse et une attelle, elles ont faim.

Jean Prod’hom

Gégé est à l’heure

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Cher Pierre,
Gégé est à l’heure, Gégé n’a qu’une seule parole, à l’image du bisse qui traverse la station et qu’on longe pour la dernière fois. On l’aperçoit en contrebas, Gégé se dresse devant son pullman et les alpes valaisannes ; avec ses lunettes à soleil il a fière allure ; de loin il a quelque chose de Roger Moore ; de près autre chose, quelque chose de René Char et de Monsieur Hulot.

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– Bonjour jeunesse! Ça a été cette boum?
Géré attend une réponse qui ne viendra pas ; les gamins se remettent de leur semaine les yeux fermés, des retardataires taillent leurs vignes à l’entrée de Corin, je m’endors à la sortie de Sierre.
Réveil brutal. Ma gorge se resserre au goulet de Saint-Maurice, je n’ai rien fait cette semaine de ce que je comptais faire ; des échéances pointent leur nez, tout faire pour ne pas en être victime ; agir comme le dernier des Horaces, prendre la fuite avant de me retourner et m’attaquer à chacune d’elles, séparément.
Quelques-uns de mes jeunes voisins évoquent leurs origines. Le père et la mère du premier sont nés au Mozambique, les parents de la seconde son originaires de Madère, la mère de la troisième vient d’Estonie, son père d’Italie. Enfin, le quatrième est né de la rencontre d’un Etasunien et d’une Thaïlandaise. Ces mystères ne les empêchent pas de parler avec l’accent d’ici et de skier comme des enfants du Pays-d’Enhaut. Leurs parents les reprennent devant la laiterie, d’autres festivités m’attendent au Riau.

Jean Prod’hom