Gif | 16 février 2015

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Cher Jean,
Je me disais, dans ma grande banlieue, qu’avec la neige qui couvre les hauteurs, partout, mon petit envoi n’atteindrait jamais le Jorat ou alors, peut-être, au printemps, vers le début de l’été. Une vision bien localisée, très étriquée, très timorée du train dont va le monde. Je vois parfaitement l’attrait qui s’attache aux tessons pour avoir collecté, ma vie durant, des cailloux, des insectes, des plantes, des bouts de métal, le tout sous les lazzi ou les sourires sardoniques, plus ou moins rentrés, de certains proches.

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En pj, Chrysotribax hispanicus, par exemple, dont la rencontre m’a exalté, il y a très longtemps.
Cordiales pensées.

Pierre Bergounioux

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(Ecoles à Berne 1) Lausanne-Berne

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Cher Pierre,
Purée de pois au Riau, la batterie de la Yaris ne répond pas ; la lance sur le chemin, elle consent à démarrer avant le tilleul. Je respire enfin lorsque le soleil fait son apparition à la Marjolatte.

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Bois un chocolat chaud au buffet de la gare, croise une foule de gens décidés, trop. La ville, le matin, m’inquiète ; elle réveille quelques mauvais souvenirs, Bruxelles, Rome, Paris. Et je retrouve cette peur sourde qui me raidissait, la sensation d’être enveloppé par quelque chose qui est plus que la ville, la déborde et en fait un bateau ivre, agité, sans capitaine sur le pont ; monstre ravitaillé par de fragiles embarcations sur un océan sans continent.
Les 24 adolescents que je vais accompagner à Berne tout au long de cette semaine sont à pied d’œuvre dans le hall central de la gare. Le candidat, que le groupe parlementaire a choisi pour la présidence du Conseil national, traduit en allemand le discours qui devrait convaincre les conseillers des cantons de Berne, de Schwyz et des Grisons ; la présidente du groupe traduit de son côté la présentation qu’elle fera, cet après-midi, de son parti : leur combat pour le droit au mariage de chacun avec chacun, quel que soit son sexe, et des droits que cette institution induit ; leur volonté d’accroître le contrôle de l’expérimentation animale et d’abaisser les prix des transports publics, leur désir d’améliorer la situation des demandeurs d’asile et de responsabiliser les jeunes au volant.
La train rentre à nouveau dans la brouille sitôt qu’on a tourné le dos au Léman, Fribourg remue dans le coton, Berne ne fait pas mieux. Tram jusqu’à l’Arena ; une étudiante, charmante, accueille notre groupe et nous fait découvrir les locaux ; le béton triple couche des abris PC n’a pas bougé depuis l’année dernière : couleurs fades et glacées, odeurs visqueuses.
Impossible d’éviter la litanie qui assure la bonne marche de la session : information, concertation ; bientôt élection, commission ; puis discussion et votation. Jusqu’à 21 heures 30.
Termine la journée dans une halle de curling, puis la soirée au bar du Novotel avec deux enseignants des Grisons. L’un d’eux raconte l’avalanche qu’il a déclenchée, il y a quelques semaines. Il était avec son jeune fils et sa fille qui les a sauvés en hurlant, au dernier moment, alors que l’avalanche fondait sur eux. Sans quoi ils auraient été perdus. La fille a pu rester au-dessus de la coulée, le père et le fils fuir sur les côtés. Le père se félicite aujourd’hui, – que peut-il dire d’autre de son inconscience ? – qu’ils sont vraiment de bons skieurs. Je pense en m’endormant au père d’Arthur qui a eu bien moins de chance.

Jean Prod’hom

Abrégé du jour

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Cher Pierre,
Le soleil ne nous a pas lâchés. Sandra est allée à Ferlens récupérer Arthur, elle s’en va avec les filles chez Marinette. Je rédige le billet de la veille avant de m’atteler, si j’en ai le temps, à la lecture d’Un Abrégé du monde, car j’ai à préparer ma semaine à Berne, et c’est moi qui suis au fourneau ce soir. Françoise et Lucie nous rendent visite au milieu de l’après-midi, on fait les quatre heures, on va faire le petit tour, on mange ; Lucie nous raconte Cuba. Entasse dans une valise le nécessaire pour ma semaine à Berne.

Jean Prod’hom