Il y a le reste

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Il y a l’être en tant qu’être, bien sûr, le paon qui fait la roue, le paon qui tue, il y a la chambre des enfants, les squales, les réserves, les dépenses, le négociable, les aires de dépose. les quincailleries, les petits calculs.

Il y a le reste.

Mais il y a aussi ce qui vient après le tout, et après le reste du reste, lorsqu’il n’y a plus qu’un rien qui nous attache solidement à la vie : une rampe d’escaliers, un rebord de fenêtre, tes lettres, ton journal, ton absence, l’ombre d’un ancien canal, la roue d’un moulin.

Jean Prod’hom

Si tu le veux

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Le sorbier n’atteindra pas le ciel, c’est sa manière à lui de consentir sans trembler. On a beau dire et faire, quelque chose barre la route que l’homme suit, et ce quelque chose il l’y a mis, et ce quelque chose est tout autant la fin que la route qui y conduit. Qu’il soit infini ou sans issue, le chemin divise, rien ne recollera les talus.

Être de nulle part et aller nulle part, remiser les échelles, demeurer inconnu dans son aire, l’arbre plutôt que la bête, la candeur plutôt que la peur. Un verger, un enfant y cueillera un jour des fruits.

Si tu le veux.

Jean Prod’hom

Ecriture qui ne peut pas se contenter d’écrire

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L’indigent, les coudes sur la table, bataille derrière les brouillards qu’écarte le soleil de l’arrière-été, il est assis contre un arbre avec un papier et un crayon. Il ressemble à un déménageur, chemise à carreaux lie de vin, petites mains boudinées, doigts-hochets. Les enfants sont à l’école, leur mère à l’autre bout de la ville. Le chien a commencé de gros travaux qu’il ne terminera pas, il s’endort.
Nous sommes tous absents, aussi absents que ce dont on s’absente, voici ce qu’il se dit au retour, ni le vide ni le plein ne débordent de leur place, personne ne répond à nos demandes, nos vies sont des draps qu’on déplie.

Difficile de dire ce que c’est que dormir, ou voler, ou marcher, tout autant écrire où s’échangent ce que je fais de mes mains et ce que tu prends. Je cherche ce matin un peu de réconfort auprès des arbres qui m’épaulent. M’inquiète de ne pas m’être assez méfié des concessions, des pièges de la prétérition, de ne pas avoir pris assez de distance avec les propositions finales et leurs conséquences. Je quitte la cuisine.

Ecriture qui ne peut pas se contenter d’écrire.

Jean Prod’hom