Par quoi se fait le jour

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La mer traverse le milieu du tableau, fine lamelle de zinc retenant le bleu du ciel. Dessous du gris à perte de vue, quelques taches de couleurs vives au premier plan. Les bateaux sur leurs béquilles ne bronchent pas, leur ventre grince. Les goélands ont mis en pièces la bande son, du silence à perte de vue.

Mais sitôt que la lune aura tourné le dos, le vent ramènera la vague et la mer se redéroulera.

Par quoi se fait le jour.

Jean Prod’hom

Petite cuisine

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Envolé le mistral, sur la place on réapprend à parler, un maraîcher décharge une camionnette. Lui parviennent d’en haut, fenêtre ouverte, les voix d’un enfant et de sa mère mêlées aux nouvelles du monde que distille un antique transistor.

Petite cuisine où règnent le pain et les pâtes.

La veilleuse du tourment vacille, mais sous la peau de cuir un cœur bat.

Jean Prod’hom

Et puis : quoi

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Le bonhomme sortait de son chapeau, le soir, deux ou trois choses dont il avait maintenu la tête hors de l’eau et qu’il avait roulées tout le jour à l’arrière de ses paupières. Elles s’affichaient animées derrière les miennes. Mais incapable de saisir dans mes mains, du premier coup, ces larges ensembles, je répétais à voix haute le nom de leurs parties à la lueur d’une lampe de poche, juste avant qu’une coulée d’encre ne les emporte, noire, une coulée sur lesquelles on soufflait, parce que c’est ainsi que les enfants inventent leurs vies, que les choses se précipitent les unes vers les autres, à tout hasard.

Et puis : quoi ?

Le banc est sous le couvert, les imprimés s’empilent sur la table, l’eau est coupée, l’atelier désert, l’épreuve passée. La lune est seule dans le ciel.

Jean Prod’hom