Je ne suis qu’un abord, sans appui

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Trier, écarter, déplacer. Repousser les limites de l’incompréhension aussi longtemps que je le peux. Un rais de lumière, une oscillation, un bruit de clé, voici que le poème se met en branle, s’organise à mes dépens, danse les yeux fermés, dans le lointain d’abord avant de se glisser sous mes pieds.
Un poème n’est pas un poème, il est ce qui te livre au hasard et à toi-même, t’oblige à puiser ailleurs, à te transporter là où tu ne songeais pas aller, au milieu de ces blancs et de ce vide qui donnent vie aux choses, libérées soudain. Rien à quoi se tenir, au milieu de rien, tout se tient. Tu le disais :

Je ne suis qu’un abord, sans appui.

Mais ça je ne l’ai su que plus tard, au passage des cigognes. Confiance et fidélité.

Jean Prod’hom

T'en confier l'écriture

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Le quartier est bouclé, la raison sans faille. Pas une brique d’air à Taulignan, difficile de soulever un coin du voile, il pleut.

L’eau coule en bas les génoises, pas de chenaux mais des dentelles, d’où ruissellent en torsades une ribambelle d’éclats de verre.

T’en confier l’écriture.

Jean Prod’hom

Écrire c'est te différer

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Écrire c’est te différer. En restant où tu es.

Démêler, affranchir, déprendre. En redonnant à chaque chose la place qui lui revient, à chacun son visage et son tourment. De l’avoir fait occuper la place où écrivant je n’étais pas, avec dehors ce qui s’impatientait dedans.

C’est le printemps du monde que traverse le canal d’Aulières, les têtes sont vides.

Jean Prod’hom