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Je fonce
les paumes
mes yeux sont ceux des aveugles
le cri sous l’éteignoir
je ramène le jour
dessous les paupières
à même les os
vivants de mon crâne
et j’entends la forme d’une plainte
celle de la mer
dans le creux d’un coquillage.

Jean Prod’hom

(FP) Au tard venu les os

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Ne pas comprendre avec sincérité, ou méthodiquement, ignorer ou ne pas accepter les commodités de raison sur lesquelles les groupes s’accordent, douter de la solidité des idées partagées et de leur enchaînement, des assurances de convenance, différer les alliances malgré leurs séductions, ne pas craindre l’isolement légitime auquel condamne le courage muet. Rester en arrière pour le meilleur et pour le pire, se réjouir même de ce retard et du vent qui souffle sur le pont de nos embarcations devenu désert, du ciel qui jette des seaux d’eau sur les feux de l’ambition. Et chaque fois que cela se peut, malgré la fatigue, fermer les yeux et retrouver lorsque le jour vient, hors la mêlée, ce qu’on aurait pu manquer. 
L’idiot a les coudées franches dans les ruines que les hommes ont laissées derrière eux et la terre grandit à mesure que les générations se succèdent. A l’arrière les places sont légion, ouvrent les bras à ceux qui s’attardent. N’y règne aucune faute de goût, tout y est à nouveau permis, délicatement permis. (P)

Jean Prod’hom

Professionnalisation des enseignants

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L’un des principes sur lesquels repose l’exerce des sciences médicales affirme depuis longtemps déjà que tous les hommes ne souffrent pas des mêmes maux et qu’il serait aujourd’hui insensé de proposer le même traitement à un homme à la main coupée et à un diabétique.

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On ignore aujourd’hui sur quels principes fondamentaux repose l’organisation de notre école. On continue à trancher en tous sens, à couper, arracher ou raser, à proposer à chacun les mêmes menus, les mêmes régimes, les mêmes opérations, les mêmes exercices et les mêmes devoirs, dans un espace qui n’a pour ainsi dire pas changé depuis deux siècles. C’est, paraît-il, administrativement plus économique. Oui tant qu’on accepte de laisser tout le pouvoir au jacobin qui sommeille en nous. La centralisation administrative a pourri le rêve d’un monde plus équitable au XXème siècle, elle s’attaque désormais au monde libéral avec un succès comparable.
Qu’on se le dise une fois pour tout, il est impossible de maintenir l’idée de groupe homogène, qui est au principe de toutes les organisations scolaires actuelles, avec l’idée selon laquelle les besoins de chacun diffèrent. Vouloir mener ensemble ces deux objectifs nous condamnent à perdre sur les deux fronts. Il y a des grands écarts dont on pourrait ne pas se relever.
Les instituts de formation des enseignants me font penser à ces cirques de province que l’on parque à l’entre-saison en périphérie des villes, on s’y entraîne à l’abri des regards à moins souffrir des contradictions, en continuant notre apprentissage du grand écart, en s’initiant à la voltige, au contorsionnisme, au jonglage et à la prestidigitation. On appelle ça professionnalisation.

Jean Prod’hom