Retour de la nuit au réveil

Retour de la nuit au réveil, avec les lampadaires publics et l’éclairage domestique dedans et tout autour, c’est le prix de l’horaire d’été, ce non-sens. Les filles dorment encore lorsque j’emmène Arthur au bus. Je continue jusqu’au Mont en essayant de chasser les réticences qui m’assiègent depuis quelque temps lorsque je me rends à l’école, fatigué des dysfonctionnements et des aveuglements qui minent cette institution. Elle me fait penser à un gigantesque vaisseau, plein à craquer, qui glisserait sans pilote sur une mer illimitée, sans obstacle pour l’arrêter. M’assieds dans la pénombre de la classe pour anticiper les questions qui vont se présenter ce matin. Je leur donne un nom, et ce qui me pesait s’allège. Le jour se lève.
Tente de régler une embrouille qui aurait pu infecter dans l’immédiat des relations entre adultes en proposant mes services pour accompagner des élèves au Tessin, assuré que ce coup de main se retournera plus tard jour contre moi. Quatre périodes ensuite, au cours desquelles j’essaie de ferrer le désir et la curiosité des élèves, c’est en définitive le gros et l’essentiel du travail de l’enseignant. Je ferme les yeux à midi, les rouvre à 13 heures, des élèves ont besoin de mon aide pour publier sur cocktail le billet de la semaine. Aimerait les refermer ensuite.
Je taille le pommier en espalier avant d’accompagner Lili à Mézières où j’annonce à sa maîtresse qu’elle ne fera plus de flûte à la rentrée scolaire, mais du piano à Oron. S’il n’y avait eu ces mots, cette journée n’aurait, je crois, pas existé. Mais ces mots ne la chargent d’aucune valeur, ils m’auront permis simplement de fixer les contours de ce qui fut et de ne plus rien en attendre, sinon le jour qui va suivre.

Jean

C'est de l'être presque pur

Les traits épars de la beauté sur terre en sont les principaux obstacles. En ce sens le printemps, avec la raison qui emmagasine les merveilles, est un leurre et la poésie une comptine.
C’est épuisé, vidé que des signes nous viennent du paradis et qu’une bouffée – c’est de l’être presque pur – nous avertit d’une présence. Les feuilles du décompte sont à terre, les mots se mêlent aux nuages, nos mains sont nues. L’invisible remue traversé par une transparence sans écho.
On est de la même subsance, pré ouvert à tous vents ou égaré dans le Haut-Jorat, dispersé avec tout le reste, sans opulence ni débordement, lâché sur terre, complice du rien qui s’étale, à peine une brise et l’ombre d’un abeille qui butine, pas un rêve mais le réel mis à niveau.

Jean Prod’hom

Pas de pause dans la succession des beaux jours

Pas de pause dans la succession des beaux jours, on déjeune à la véranda, les nouvelles pousses du cognassier et celle du prunier montent tout droit. Les filles se préparent, bombe, bottes et casaque, pour le concours de Curtilles que Laurence a préparé.
On roule entre Moudon et Lucens sur la route cantonale, avec la voie de chemin de fer à ses côtés, puis la Broye, le talus, le chemin côtier, la succession des bouleaux, tout droit jusqu’à ce qu’un peu avant Lucens la longue courbe de la Broye endiguée entraîne avec elle vers l’ouest le reste du paysage.
Les enfant brossent leur poney, l’harnachent et attendent leur tour en face du château. C’est le tour de Lili et de Louise, elles se régalent, se jouent des obstacles, réussissent même à monter sur le dos de leur bête sans se servir des étriers.
On revient avant midi, il fait plus de 20 degrés, les enfants commencent leurs devoirs, à contre-cœur. Pour faire passer la pilule, je me rends à Mézières acheter trois caraques, un millefeuille et un vermicelle. Me décide à tailler le cognassier, dans la foulée je transplante les groseillers au sud de l’ancien potager, sous le soleil ; ils crachotaient jusque-là, dans l’ombre du tilleul, de maigres baies. C’est peut-être un peu tard, on verra.
On repart à Curtilles en fin d’après-midi pour la proclamation des résultats, les filles sont contentes de recevoir une plaque et un flo. On rentre à 18 heures, les filles se baignent, Arthur rédige le second billet de la semaine.
Je mets du temps à m’extraire de la mine le vendredi, du temps pour y rentrer le dimanche soir, ceci exlique cela : je sors du week-end fatigué. On a passé cette nuit à l’horaire d’été, Lili peine à s’endormir.

Jean