Il y a les annotations manuscrites

Il y a les annotations manuscrites
les patissons
les mises au point
il y a les pupitres de commande
les relations qu’entretiennent le monde des questions et le monde des réponses
les deux foyers de l’ellipse
ton corps brûlant
il y a les épiceries ouvertes le dimanche
il y a les polochons

Jean Prod’hom

Au temps où nous n'étions pas là

L’impuissance de l’homme à faire tenir les choses ensemble le pousse à prêter l’hostilité des lieux qui le mettent en porte-à-faux à un plan que l’architecte aurait oublié d’appliquer, si bien que l’homme avide de beauté les fuirait, les abandonnerait à leur sort, celui plus mystérieux encore de n’en avoir aucun. Gustave Roud écrit : « Cela ressemble au tumulte sonore des instruments d’orchestre avant le chef à son pupitre. »
Leur disqualification est ce qu’il nous reste. Ce sont à eux qu’il nous est donné de nous mesurer, morceau par morceau, jusqu’à ce que l’averse de nos poussières mélange ses doigts à ceux de ces lieux en perdition. Tout devient alors plus clair, aussi clair que la lumière au temps où nous n’étions pas là. Et nous devenons l’hôte d’un instant avant d’en être expulsé comme il se doit.
Les musiciens et le chef ont déserté la partie, le monde n’est plus à l’image de l’Orphée ou du Phocion de Poussin. Sans prix, hors de prix.

Jean Prod’hom

L'anticyclone nous assure de beaux jours

L’anticyclone nous assure de beaux jours et le mardi me procure de belles heures lorsque les taches administratives et scolaires ne l’encombrent pas. Visionne le film réalisé par Alain Tanner et Jean-Pierre Goretta dans le cadre de l’émisssion Continents sans visa consacré aux événements de mai 68 à Paris, une merveille tournée en juin 68, floraison de naïvetés mêlées à d’âpres morceaux de doctrine.
Relis dans le jardin le Haut-Jorat de Gustave Roud (1949).
Ecoute la radio en faisant à manger, pas longtemps, le ton des journaliste m’exaspère. Plutôt que de démonter les discours, ils tentent par tous les moyens de démonter les hommes qu’ils ont invités, lesquels n’ont eu d’autres solutions que de se former à l’art du contrôle de soi pour que ces entretiens ne se terminent pas en échauffourées, comme dans les cours d’école.
On mange, Arthur, Lili et moi à la véranda, Louise est à la piscine. Un bout d’après-midi à ma disposition, je rédige et publie sur lesmarges.net le billet du jour. Sandra nettoie les ruches vides depuis cet hiver.
Mézières est fermée aux voitures qui viennent de Peney et vont à Oron, il faut passer par Carrouge pour entrer dans le village. C’est ce que je fais et vais lire les 50 premières pages de Dark, le roman policier de Claude Merle qu’Arthur se propose de présenter à ses camarades.
On se retrouve tous à table après l’entraînement du mousse, j’ai hâte de me coucher. On a certes repoussé la nuit d’une heure, mais la mienne vient toujours un peu plus tôt et me donne l’impression que les jours n’ont pas été taillés à ma mesure.

Jean