Dimanche 8 janvier 2012

Il se tient en retrait, bien à l’arrière des haies, passe lointain derrière l’horizon, se coupe du vent pour mieux s’imposer massif et entier. Il gonfle, s’élargit avant de se défaire, cela ne dure pas, c’est un autre, entre force et douceur. Le céleste ne se livre pas autrement, il passe éloigné, ne se dit pas, il est cette nécessité qui va et vient, et revient. Que d’échappées encore pour en être. Le monde est à l’envers, le céleste est bel et bien la règle, cette énigme qui passe sur nos têtes, lavé des fantômes, avec des mots qui, le soir, se font et se défont comme des nuages.


Jean Prod’hom

On l'aura compris

On l’aura compris : ce que je cherche à faire surgir, tant avec l’espace all over des trajectoires animales qu’avec celui, rhizomatique, des déploiements, c’est de fournir des contre-exemples aux logiques de filiation et d’enracinement, c’est de dire, en quelque sorte, que le pays se dépayse de lui-même et que c’est ainsi, mystérieusement, qu’il devient ressemblant.

Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement, Seuil, 2011

Lignes d'errance

Ce livre dont l’auteur a eu l’idée il y a 30 ans et qu’il a rédigé du printemps 2008 à l’automne 2010, ce livre lu ici en une vingtaine de jours, il est temps de l’éloigner sous une pile ou dans une bibliothèque, de l’oublier un peu pour le reprendre un jour délivré de la passion. Plus tard.
Il n’en demeure pas moins et pour l’instant que ce que le lecteur a eu en vue – et qui habite certainement, il ne peut s’empêcher de le croire, les pages de ce livre miraculeux –, n’a pas cessé de le désorienter en l’obligeant à confondre comme jamais faits et circonstances, amples et fortuites, à en balayer l’atmosphère, à différer l’intégration des choses qui ne furent jusque-là que les locataires de zones aux contours indistincts, imméritantes, silencieuses.
Ni l’auteur ni le lecteur n’en ont voulu la fin, une fin qu’ils ont placée pour s’en protéger bien au-delà de toute fin. C’est elle désormais qui les tire ailleurs, sans qu’ils sachent exactement où, sur un autre versant et dans la constellation d’éléments qui affleurent continûment sous leurs pas.
Ce livre, à l’image de ces deux ou trois livres qu’on aurait souhaité écrire, donne l’assurance que les choses comme les êtres trouvent leur sens au carrefour des lignes d’errance – belle alternative aux lignes de désir et aux lignes de fuite – à condition que celui qui veut bien les filer s’extirpe hors de chez lui, hors la fosse où il s’enlise, s’ébroue afin de décoller les adhérences convenues de ce qui se dit à voix haute et qui enfouissent des secrets, en tendant l’oreille aux bruissements de ce qui pointe son nez sous la rumeur et auquel on ne croit pas vraiment, avatar d’une volonté de vivre à laquelle on veut pouvoir prêter ses mots, réalité qui n’est encore qu’un rêve, celui d’un avenir gros de somnolences étranges et d’explorations aventureuses.

Jean Prod’hom