Il y a la seconde vie des roulottes

Il y a la seconde vie des roulottes
les tables rondes
le tuilage
il y a les paragraphes justifiés de l’enfer
la transition démographique
les rebibes du rabot
il y a ce qui fait tenir debout
la vérité qui se dérobe
il y a la cuillère restée dans la tasse

Jean Prod’hom

Laver cette coulée de boue

Bien peu d’humeurs résistent aux noces visqueuses du noir et du blanc. Elles y succombent pourtant lorsqu’elles entendent le bruit étouffé du bâton dans les cendres, en prenant un air pâle, tandis que les glaires du brouillard et les grands corbeaux vont à lents coups d’ailes semer leur poison ailleurs. Puits et tombes profanés, entonnoirs sans mémoire, c’est une peau morte qui double le ciel et tapisse nos palais, blanche et froide comme une tripe. Tout, il manque soudain tout, et d’un coup. Où est celui qui lavera cette coulée de boue et nous convaincra qu’un suaire ça s’égoutte et qu’une poche déchirée ça se ravale ?


Aux margelles des fourrés brûlés, les merles ont assuré la permanence et sifflent les mesures d’urgence. Les corps laiteux des bouleaux s’étirent hors du bitume. Une silhouette suivie d’une ombre indécise passe la lisière de cette veillée funèbre. Revient l’heure des pâmoisons : les idées sèchent, on s’amollit au feu profond. Oh ça oui, et sans aller jusqu’en Corse. Il est temps encore de prendre le chemin en marche, de suivre les signes qui tombent du ciel, le jaune des citrons, l’orange des sorbiers, le vin sur la treille, le lierre, le gui, les mousses dans la rivière et la rouille du hêtre. Les fruits se hâtent de remonter sur l’arbre, la vieille de Pra Massin fait une lessive, les poules rattrapent le temps perdu, Au printemps on repeindra les volets. N’est-ce pas ? Et tu réponds : peut-être.




Jean Prod’hom

Qui administrera l'onction au dernier des prêtres ?

Le déclin brutal et accéléré du nombre de prêtres incardinés dans les évêchés suisses n’est plus une prédiction. Leur nombre a diminué de près de la moitié en 30 ans et leur âge moyen se situe à 65 ans, celui des prêtres en activité à 57. C’est ce que nous révèle l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI).
Les nouvelles ordinations ne compensent plus en effet les décès, les prêtres qui meurent sont trois fois plus nombreux que ceux qui sont ordonnés. Pas de renouvellement naturel donc, et le manque de vocations n’incitent guère à l’optimisme. Au cours des 10 dernières années, seules 143 ordinations ont été enregistrées contre 500 décès. Rien à espérer décidément de ce côté-ci.
Pour répondre à cette pénurie, des solutions ont été mises en place, on a recruté des prêtres étrangers, des assistants au bénéfice d’une formation, complète ou sommaire, des auxiliaires sans formation, avec les problèmes d’adaptation qui s’ensuivent. Rien n’y a fait, le nombre d’étudiants en théologie et de collaborateurs de fortune continue de diminuer. Il n’y aura pas de miracle.
Cette situation ne semblait pourtant pas inéluctable, à preuve le chiffre de la vitalité étonnante des prêtres. En 2010, on signale en effet 146 cas d’abus sexuels, commis par 125 agents pastoraux dans les six diocèses suisses ; on compte également, mais c’est moins officiel, plus de 150 enfants de prêtres non-reconnus. Selon des sources fiables, 20 à 30% des prêtres ont aujourd’hui une vie amoureuse en Europe, 50% en Amérique latine et jusqu’à 80 à 90% en Afrique !
Tant que Rome s’évertuera à condamner les prêtres au célibat, elle contribuera sans doute à cette baisse effrayante des effectifs sans bénéficier des héritages symboliques qui ont conduit tant de fils à devenir des pères, tant d’enfants de riches à s’enrichir et d’enfants pauvres à désespérer. Plus de 30 papes n’ont-ils pas été les dignes rejetons de papes ou de prêtres ? Quant à l’innombrable progéniture naturelle des évêques et des curés, on a renoncé à en faire le compte exact.
Quel beau métier ! Mais qui administrera l’extrême onction au dernier des prêtres ? Un homme travaillant au noir ? Un prêtre défroqué ?

Jean Prod’hom