Il y a la parité des conventions le silence des portes fermées celui des portes ouvertes il y a les déserteurs le houx quand il n’y a vraiment plus rien la compagnie des escrocs le sauvetage en mer l’entrain des chiffonniers il y a la démesure
Avec ou sans, pour ou contre, à côté, à notre insu ou à nos dépens, c’est ce à quoi le langage prépose chacun d’entre nous, en cadastrant la confusion sur laquelle il a fondu et en rendant toujours plus étrange le commencement qui recommence sans nous.
Du campement nous entendons des éléphants dans la forêt Je garde un homme avec moi pour porter le grand kodak A douze mètres je distingue mal une grande bête A côté d’elle il me semble voir un petit Ils sont dans l’eau marécageuse Littéralement je les entends se gargariser Le soleil éclaire en plein la tête et le poitrail de la grande femelle maintenant irritée Quelle photo intéressante a pu prendre l’homme de sang-froid qui se tenait à côté de moi
Blaise Cendrars, Chasse à l’éléphant (IV) , Kodak-Document, Stock,1924
Nous entendons un troupeau Il est dans une clairière Les herbes et les broussailles y atteignent cinq à six mètres de haut Il s’y trouve aussi des espaces restreints dénudés Je fais rester mes trois hommes sur place chacun braquant son Bell-Howel Et je m’avance seul avec mon petit kodak Il n’y a rien d’aussi drôle que de voir s’élever s’abaisser se relever encore Se contourner en tous sens Les troupes d’éléphants Dont la tête et tout le corps immense demeurent cachés
Blaise Cendrars, Chasse à l’éléphant (VIII) , Kodak-Document, Stock, 1924
Au moment de mettre sous presse le présent volume, nous recevons des Editions Stock une lettre dont nous extrayons le passage suivant. Paris, le 25, mars 1943… A la parution de Kodak de Blaise Cendrars nous avons reçu un « papier timbré » de la maison américaine « Kodak C° » qui nous expliquait que nous avions sans droit pris comme titre d’un de nos ouvrages le nom de sa firme. Sur notre objection que ce nom était celui d’un objet courant dans le commerce, que d’ailleurs cela ne pouvait lui faire que de la publicité, elle nous a répondu par une consultation d’après laquelle elle est propriétaire du nom « Kodak » et que l’emploi à tort et à travers de ce mot, loin de lui servir de publicité, lui nuisait au contraire en l’écartant des emplois précis de produits vendus par sa firme. « Il n’y avait qu’à s’incliner mais la « Kodak C° » a été assez aimable pour ne pas exiger le retrait du livre en librairie. Elle nous a demandé seulement l’engagement qu’en cas de réimpression le titre serait changé. Nous en faisons donc une condition expresse de notre cession. Vous pourrez, bien entendu, mentionner le titre Kodak à titre bibliographique, comme nous vous le demandons ci-dessus, mais le titre général des morceaux publiés par vous dans votre volume devra être changé. »
A la réception de cette lettre j’avais bien pensé débaptiser mes poèmes et intituler « Kodak » par exemple « Pathé-Baby », mais j’ai craint que la puissante « Kodak C° Ltd », au capital de je ne sais combien de millions de dollars, m’accuse cette fois-ci de concurrence déloyale. Pauvres poètes, travaillons. Qu’importe un titre. La poésie n’est pas dans un titre mais dans un fait, et comme en fait ces poèmes, que j’ai conçus comme des photographies verbales, forment un documentaire, je les intitulerai dorénavant Documentaires. Leur ancien sous-titre. C’est peut-être aujourd’hui un genre nouveau.
Dans la journée c’était un paysage lunaire avec des entonnoirs de mines qui se chevauchaient , sa raffinerie de sucre qui qui avait été soufflée, son calvaire dont le Christ pendait la tête en bas, raccroché par un pied à sa croix, ce qui me valut, à moi, trente jours de prison, non pas pour y être allé voir en plein jour, mais pour en avoir fait une photo. (Certes, les sergents étaient jaloux de mon ascendant sur les hommes. J’avais le droit d’avoir un Kodak, mais il m’en était interdit de m’en servir. Et lieutenant, capitaine, commandant, colonel confirmèrent cette interprétation pour totaliser autant de jours de prison. la prison, on ne la faisait pas tant qu’on était en première ligne. Mais l’on était mal noté et, quelque part à l’arrière, bien au chaud dans un bureau, un scribouillard portait le motif dans un registre. La connerie de tout ça ! D’autant que cela ne m’a pas empêché de tirer des photos jusqu’au dernier jour.
Blaise Cendrars, La Main coupée, Denoël, 1946
A moins de trouver un moyen de financement dans les toutes prochaines semaines, l’entreprise Kodak pourrait être contrainte de déposer le bilan selon le Wall Street Journal après plus de 130 années d’existence.
En effet, l’entreprise américaine doit trouver 1 milliard de dollars très rapidement afin de se refinancer sans quoi elle devra fermer ses portes et licencier près de 19 000 employés à travers le monde. En 1960, elle employait près de 80 000 personnes.
Le Monde numérique, 6 janvier 2012
La fin de la merveilleuse aventure d’une entreprise américaine
L’avenir pique du nez Kodak icône Kodak fleuron Kodak faillite faillite faillite au tournant du millénaire
Kodak a raté le train 19.000 personnes à Rochester sous le chapitre 11 de la loi effondrement plongeon adieu Dow Jones New York Stock Exchange Meeschaert Capital Markets Wall Street salut les clubs faillite faillite faillite
fin de l’histoire boursière ils n’y croyaient plus devancés par des fabricants de grille-pains à court de liquidités rattrapés par le déclin sans imagerie pour survivre vendeurs de tapis l’adieu aux profits sans propriété intellectuelle Moody’s baisse la note solvabilité Caa3 niveau le plus bas en-deça de la survie
quand une société vend sa propriété intellectuelle on sait que sa fin est proche proche très proche