Tu marches sous la pluie

Tu marches sous la pluie avec pour seuls repères les feux tremblants des réverbères qui bordent la route cantonale et les lacets qu’empruntent quelques voitures pressées, qui se croisent et s’entrecroisent dans la nuit. Tu vois juste assez pour distinguer, loin devant, ton domicile, quelque chose de sombre qui ne bouge pas, quelque chose qui est en lien avec le sol sur lequel tu poses les pieds et que tu n’entames pas. Tu as beau faire aller tes jambes, tu n’avances pas, ton buste demeure immobile, la bête est silencieuse.
Tu ne feras pas long feu sur le dos de cette immense baleine qui tourne lentement sur elle-même avant de replonger dans la nuit d’huile sans provoquer le moindre remous. Tu sens bien que le temps ne se mesure pas à l’espace parcouru, mais est l’effet d’un battement obstiné, celui de tes jambes qui vont et viennent autour de tes hanches dans un vide sidéral. Oui, tu es vivant et tu pédales bien droit sur le dos de Moby Dick.

Jean Prod’hom

De l'alibi

S’en remettre aux justifications et aux tours de passe-passe qui les épaulent pour méconnaître ce qui fut, c’est renoncer aux maigres pouvoirs mis à notre disposition pour avancer dans la lumière de ce qui fait de nous des passagers nus, et en découdre. Je vous le demande, comment ne pas se détourner de ces gens qui condamnent ainsi la liberté et le courage en idolâtrant la silhouette de ce qui aurait été si les circonstances avaient soigneusement suivi leurs exigences ?
Quelle peine pour ces usagers du juste monde, ces justiciers oublieux des vertus, prudence et tempérance, courage et justice ? Il y a du parjure chez ces gens-là, et violation des plus vieux serments. Ils tentent de faire main basse sur le réel en punaisant son reflet sur l’envers d’un décor dans une pièce de circonstance aux accents du cinéma-vérité.
J’envie pourtant parfois ces habiles prestidigitateurs qui vont d’un pied assuré, affranchis bercés par les raisons et les chants paresseux, héros qui échangent délires contre dédires. Je voudrais qu’à leur aveuglement puisse répondre mon pardon.

Jean Prod’hom

Refrain



Au bout des jours
encore des jours
il pleut enfin
mais pourquoi est-ce si long ?

solitude légère
à l’aube blanche
qui nous tient ?
qui nous guette et s’accroche ?

rien au bout
une image
le grain d’une consolation
et la poussière d’une voix


La Ligne droite | Georges Moustaki / Barbara

Jean Prod’hom