
Il y a la demi-lune
les chambres d’hôtel
la respiration des gros actionnaires
il y a le thym
la neige qui épaissit le silence
les vieux qui tiennent inexplicablement debout
il y a les fourrés
la nuit la nuit
le jour le jour
Jean Prod’hom

Il y a la demi-lune
les chambres d’hôtel
la respiration des gros actionnaires
il y a le thym
la neige qui épaissit le silence
les vieux qui tiennent inexplicablement debout
il y a les fourrés
la nuit la nuit
le jour le jour
Jean Prod’hom

En revenant cette nuit de la fête du premier août organisée à la Moille-aux-Frênes, on voyait les étoiles et ça sentait le foin. Mais parce que la fête nationale tombe cette année un lundi et en raison de décisions administratives, j’ai vécu dimanche comme un samedi et pris lundi pour un dimanche.
Je suis à la Mussilly lorsque le soleil se glisse dans les allées creusées par les chemins, et de fines poussières d’or piquent de gros grains le vert encore sombre des bois. J’avance comme un grand, fier même, heureux d’être accueilli par les oiseaux tandis que le gros de l’espèce fermente dans son clos. Vanité des vanités, un peu trop fier si bien que les choses se retournent et que je me sens soudain incapable de me glisser dans le lit du jour, inquiet de ne pas être à la hauteur et mis en demeure de répondre de ma présence. Devenu d’un coup petit parmi les grands, fautif et présomptueux, je réplique, balbutie. Que dire à celui qui m’interroge et qui avance dos au mur des origines, sans avance et sans retard, sans lassitude, au tempo de l’eau et du vent ? Pourquoi ai-je donc hier soir tourné le dos à la nuit ? Puis-je saisir quoi que ce soit du jour en gardant les yeux ouverts et de la nuit en dormant ? Serais-je donc de ceux que la nuit lasse ?
Cette voix n’avait pas tout à fait tort de m’interroger de la sorte mais je ne la suivis pas et pris un chemin de traverse qui suffit à me mettre à bonne distance d’une discussion juste mais sans fin.

Pendant ce temps le jour s’était installé, j’ai longé l’allée qui conduit au cimetière où l’on avait préparé une nouvelle fosse, poursuivi ma promenade en me réjouissant de ces paysages d’un seul tenant dont on fait, pour passer le temps, des puzzles de 1000 pièces. En remontant du Torel, la pirouette et l’andéneuse avaient préparé les lignes d’une page sur laquelle, comme d’habitude, rien ne serait écrit.
Jean Prod’hom

L’affaire eut lieu, dit-on, le premier août 1291 sur les rives du Lac des Quatre-Cantons et, comme chaque année, on s’est tous retrouvés hier soir autour d’un feu de joie pour commémorer les miracles de cette vieille alliance. On a chanté à tue-tête l’Hymne national, je me suis enflammé, à mes côté Jean-Rémy chantait en playback.

Sur nos monts, quand le soleil
Annonce un brillant réveil,
Et prédit d’un plus beau jour le retour,
Les beautés de la patrie
Parlent à l’âme attendrie;
Au ciel montent plus joyeux
Les accents d’un coeur pieux,
Les accents émus d’un coeur pieux…
C’est à cet instant précis que j’ai eu la malencontreuse idée de marcher sur le lacet de la chaussure de Jean-Rémy qui m’a lancé un regard noir en serrant les dents. Ça y est, j’étais fait, j’allais devoir répondre de cette incivilité. Par bonheur je dispose d’une excellente assurance juridique. Ainsi ici, ainsi ce pays...

Jean Prod’hom