Châtillens

Châtillens / 20 heures

Brouillard et pluie depuis la bibliothèque, je passe grâce à l’INA la matinée avec Dürrenmatt, Sollers, Robbe-Grillet, Curtis, Yourcenar; avec le Thésée de Robert Graves aussi. Pluie encore, Oscar n’est pas décidé à sortir, je dois l’y pousser. Je règle les radiateurs à la hausse.

Le Journal de Pontormo, dont m’a parlé Sylvie, est arrivé à midi; une petite quarantaine de pages venues de nulle part, écrites entre 1554 et 1556 à Florence alors qu’il décore l’abside de San Lorenzo. La vie d’artiste est dure, elle tourne autour du pain, du temps qu’il fait, des amis, du travail obstiné. Pontormo mourra en 1557,

le 30 janvier 1555 j’ai commencé les reins de cette figure qui pleure l’enfant.
le 31 j’ai fait un peu du pan du vêtement qui l’habille, il a fait mauvais temps et j’ai souffert pendant deux jours du ventre et des boyaux. La lune a fait le premier quartier.
le 2 février samedi soir et vendredi j’ai mangé un chou et ces deux mêmes soirs, j’ai soupé 16 onces de pain et comme je n’ai pas eu à souffrir du froid en travaillant je n’ai pas eu forcément mal au ventre et à l’estomac. Le temps est moite et pluvieux. 

Les Grandes Traversées au cinéma à Oron: une mère se bat contre un cancer, son mari s’attelle à rénover la salle à manger familiale, leur fille leur annonce qu’elle est enceinte pour la seconde fois, l’un de leurs trois fils, David Maye, filme. Elle meurt. Je retire mes lunettes, j’y vois presque plus clair. Dehors il pleut encore.
C’est la diaspora au Riau: Lili chez May, Arthur dans un refuge, Sandra et Louise à Lausanne. Poulet, pâtes et les dernières pages de l’extraordinaire journal de Pontormo. Je redécouvre après cinquante ans les tartines au cenovis.

Boscéaz

Orbe / 17 heures

Entame la tèche de bois stocké à l’est du hangar, balade avec Oscar. Recherches autour de Préfargier, de Tannenhof et Montmirail. Lili téléphone, elle mange au réfectoire.

Le prix du meuble d’imprimeur au Chien bleu me paraît bien élevé; tombe sur Anne-Hélène, à deux pas du Tranquille, on discute arrosoirs et vaisselle. Françoise me refile Les Physiciens de Dürenmatt.

Visite du site de Boscéaz avec l’équipe d’Iss Services qui avait oublié, comme la guide, que je serais des leurs: Vous êtes le responsable des alarmes? La nuit tombe, deux chevreuils broutent autour des quatre maisonnettes qui abritent les mosaïques: Mars, le labyrinthe, l’oiseleur, c’est beau.

Préfargier

Marin-Epagnier / 12 heures

Cortège de petits nains ce matin, à cinq heures, et un cœur qui n’en fait qu’à sa tête. Balade avec Oscar, deux chevreuils quittent leur lit de ronces, trois autres se régalent dans un morceau du jour sur le chemin de la Moille-aux-Frênes. Mon cœur se remet en place, résolution.

Verveine et boulange au restaurant de l’Hôtel de Ville de Cudrefin, puis exploration de l’immense parc de Préfargier désert, avec au milieu une pierre qui rappelle la vie de l’habile et généreux commerçant AUGUSTE FRED MEURON. Belle maison calcaire jaune d’or; tranchets de silex, pointes de flèches, de javelots, ciseaux, couteaux, peignes, gouges, grattoirs serrent les coudes dans deux petites armoires vitrées, ramassés dans les environs par Louis Mosimann, l’infirmier en chef de la maison de santé depuis 1863.

Verveine à la Capsule; sur le tableau noir, la pensée du jour, hésitante: Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Aux murs un poisson rouge, un hippocampe, un bateau à voile et une ancre. Une adolescente parle de l’asile à un ami qui est venu la voir: Tu vois Préfargier, c’est comme un aimant, si tu y vas une seule fois, c’est sûr que tu reviendras toujours.

Le camping de la Tène est désert; les démolisseurs arrivent au bout, le cabanon est en miettes, la Thielle coule large. Je fais une halte à Montmirail. Au débarcadère du Landeron, j’apprends que tous les dimanches un bateau part de Bienne à 9 heures 45 et arrive à Morat à 13 heures. Retour à 14 heures 30, arrivée à Bienne à 17 heures 30.