Cuisine (Célestin Freinet XXXVIII)

Riau Graubon / 12 heures

Selon moi, les enfants sont donc poussés à leurs travaux-jeux par les mêmes besoins et les mêmes tendances qui justifient le travail adulte. […]
On pourrait ramener tous ces besoins au seul besoin central […] Il s’agit du besoin universel de conserver la vie, de la rendre aussi puissante que possible, et de la transmettre pour la continuer.
Conserver la vie implique d’une part la nécessité de s’alimenter. D’où les gestes du grimpeur, du cueilleur, du chasseur, du pêcheur, de l’éleveur aussi: courses, sauts, lutte, usage de la pierre, du bâton, de la massue, des lianes et des cordes; les gestes de l’individu qui doit se défendre contre les animaux: instinct de l’abri, dans ce qu’il a parfois de magique aussi, recherche de grottes, des cachettes, constructions clôturées et fermées, ponts; la lutte enfin contre les individus qui viennent vous ravir la nourriture, ou qu’il faut attaquer pour la leur ravir.
Le besoin de rendre la vie aussi puissante que possible pousse à l’intégration de l’individu dans le groupe social qui s’agglomère, se soude, pour lutter, se défendre, attaquer, se perpétuer collectivement, et réagir collectivement aussi contre les menaces permanentes, et souvent mystérieuses des éléments.
Le besoin enfin de transmettre la vie et de la continuer est à l’origine de l’instinct puissant de la maternité, de l’instinct plus diffus de la paternité, de la vie et de l’évolution de la famille.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Les jeux-travaux

 

Garage (Célestin Freinet XXXVII)

Riau Graubon / 10 heures
Si nous voulons ressouder puissamment la nature humaine, il nous faut, à cette profondeur, tâcher de réaliser une activité idéale que nous appellerons travail-jeu pour bien montrer qu’elle est les deux à la fois, répondant aux multiples exigences qui nous font d’ordinaire supporter l’un et rechercher l’autre. […]
La méconnaissance de cette filiation, la séparation aujourd’hui consommée entre jeu et travail, ont une portée humaine, dont on ne sait plus mesurer l’importance tragique. Cette méconnaissance, cette séparation sont à l’origine de la dégradation catastrophique du travail humain, et nous en subissons le spectacle et conséquences. Si le travail n’est qu’une peine, s’il ne nous est pas substantiel, si le nouveau dieu, si fallacieusement prometteur, est le jeu, il est normal qu’on en vienne à fuir le travail ou du moins, si on y est contraint, à l’accepter passivement comme un mal nécessaire, et seulement parce qu’il permet la satisfaction de certains besoins, la faveur de nouvelles jouissances.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Le travail-jeu

Jardin (Célestin Freinet XXXVI)

Riau Graubon / 9 heures

Rentrons en effet… Nous avons quelque honte à vous faire perdre ainsi votre temps…
– Croyez-vous que j’étais venu ici pour faucher sans souffler, comme une machine, ou comme les valets des machines? Ce sont les citadins sans compréhension ni philosophie qui ont cette conception du travail. Ils se prennent à frapper, à scier ou à faucher sans arrêt afin d’avoir plus vite terminé, parce qu’ils ont l’habitude d’un travail aride et mort, dont il faut se débarrasser au plus tôt, comme de ces purges qu’on avale nerveusement en fermant les yeux… Un mauvais moment à passer… On se fatigue davantage, c’est vrai, mais dès qu’on a fini on rentre et on peut s’occuper autrement…
S’occuper autrement! Se distraire, s’amuser! Voilà bien les caractéristiques, dans notre civilisation, de cette séparation du travail et de la vie, de l’effort considéré comme une punition, comme une regrettable nécessité dont nous devons nous appliquer à réduire l’emprise.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Un puissant besoin de travail